
On se souvient de son engagement en faveur des droits des animaux (un album des Smiths s'appelle Meat Is Murder, et Morrissey refuse la traditionnelle présence de stands à burgers dans et autour des salles où il se produit) et, en général, de sa grande gueule. Morrissey, sur Years of Refusal, ne s'arrête pas une seconde, ridiculisant ses détracteurs tout en y ajoutant une sérieuse dose d'auto-ironie. Mais cette fois, il ne faut pas nécessairement se focaliser sur les paroles pour apprécier l'album, tant Morrissey a réussi à se renouveler, avec son album le plus rock depuis toujours, en fait.
Produit par feu Jerry Fill (Green Day et l'intégralité du punk californien), Years of Refusal est souvent musclé (Something Is Squeezing My Skull, Black Cloud, le carrément grunge All You Need Is Me), parfois limite indus (le rythme de Mama Lay Softly On The Riverbed) mais reste un album de Morrissey, avec ses syllabes bien séparées pour qu'on ne rate rien des bons mots du maître. Morceaux choisis : "I know by now you think I should have straightened myself out / Thank you good day" (Skull), "It's not your birthday anymore / did you really think we meant / all those syrupy, sentimental things / that we said?" (It's Not Your Birthday Anymore, violemment pompeux) ou diverses variations sur Morrissey lui-même (All You Need Is Me, I'm Ok By Myself, One Day Goodbye Will Be Farewell et surtout le poignant You Were Good In Your Time).
On l'aura compris, Morrissey ne fait - une fois de plus - pas dans la dentelle, et fournit le bâton avec lequel on adorerait le frapper. Mais que cela ne tienne, on pardonne facilement les quelques défauts de Years of Refusal (production un peu trop bourrine, recyclage de deux morceaux déjà présents sur le best of) parce qu'on aura toujours besoin de Morrissey, et que Years Of Refusal est un de ses meilleurs albums solo.
