mardi 4 mars 2008

The Gutter Twins - Saturnalia


Il aura fallu un bon paquet d'années avant la concrétisation sur disque des Gutter Twins, à savoir deux hommes qu'on ne présente plus (parce que si on le fait, ça prend une page) : Greg Dulli et Mark Lanegan. Dulli s'était fait plutôt discret ces derniers temps ; quant à Lanegan, et en plus d'assister fidèlement Queens Of The Stone Age, il a sorti en 2006 un sublime album avec Isobel Campbell, dont la suite est attendue cette année.

Saturnalia (déjà tout un programme) commence très fort, sans aucun temps d'adaptation, avec le fascinant The Station. Dense, inquiétant, il résume bien la suite. Lanegan et Dulli se partagent les voix, avec un équilibre subtil et terriblement efficace.

Très vite, on est plongé dans une impression d'éternité. L'album est comme suspendu dans le temps, n'appartenant à aucun genre, si ce n'est la personnalité des auteurs. Parfois, les morceaux sont dominés par les violons, alors qu'à d'autre moments, on jurerait retrouver les Screaming Trees. Une touche plus moderne arrive à la fin, avec des beats à la Radiohead post-OK Computer (Each To Each), même si le solo de guitare lorgne clairement vers les seventies.

Il est quasi inutile d'évoquer les performances vocales des deux hommes, tant on sait qu'elles ne peuvent être que sublimes. Lanegan et Dulli se partagent parfaitement le gâteau, sans aucune dominance. Simplement fantastique. De même, ils apportent ce caractère intemporel aux paroles, qui parlent d'amour (mais comme Nick Cave peut parfois le faire) au moyen de références bibliques et classiques (Seven Stories Underground s'inspirant de Dante).

Un album d'une classe immense, parce que très personnel, et carrément dangereux. Avec les carrières que ces deux hommes ont connu, ils auraient très bien pu se la jouer safe, un peu comme les Queens précités. Á l'inverse, Saturnalia est unique, et le restera forcément.

The Clash – London Calling (1979)

TheClashLondonCallingalbumcoverRéduire The Clash au mouvement punk de 76-77 serait une grave erreur. Sans aucune critique quant à leur influence respective, un morceau de Clash comporte plus d'idées que la carrière entière (courte, mais quand même) des Sex Pistols. London Calling, leur troisième album, est aussi leur plus célèbre, et le pivot de leur évolution.

Il débute par l'iconique morceau titre, un des tous grands classiques du punk et du rock en général. Mais c'est un des rares morceaux directs d'un album qui tire dans tous les sens, souvent avec une grande réussite. On connaît son rythme implacable, la voix de Joe Strummer, qui chante comme si sa vie en dépendait (une constante) et ses paroles. Personne ne défendra la working class comme lui, comme eux. Un groupe en qui on pouvait croire, notion totalement disparue de nos jours.

Musicalement, Clash s'éloigne d'un certain nihilisme prôné par d'autres formations de l'époque. Leurs racines sont clairement dans le rock 'n roll classique (Brand New Cadillac) mais ajoutent, de manière innovatrice, beaucoup de cuivres, pavant le chemin pour un style musical toujours présent aujourd'hui (avec plus ou moins de réussite) : le ska. Rudy Can't Fail, The Right Profile en sont d'excellents exemples. De même, on peut perçevoir des éléments reggae (Guns Of Brixton), qui iront plus tard jusqu'à constituer la majeure partie d'un (triple) album, Sandinista!.

Clash ne recule devant rien, quitte à surprendre, voire aliéner. L'album est fort long (dix-neuf morceaux) et fort varié, comme peuvent encore en témoigner le mélodique et réflexif Lost In The Supermarket ou The Card Cheat, où se cotoyent piano et trompette. Punk, peut-être, mais si peu réducteur. Le puissant Train In Vain conclut un album phare, monumental.

London Calling peut avoir des défauts, ils n'ont pas d'importance. Parce que son statut les transcende. Il est trop important, trop crucial dans l'histoire et la compréhension non seulement du rock, mais de la société elle-même, pour s'arrêter à ces aspects. Tout ça sans même évoquer la pochette.


Clampdown

samedi 1 mars 2008

Girls In Hawaii - Plan Your Escape

Beaucoup de bien a été dit de Girls In Hawaii, fer de lance d'une scène wallonne dont la médiatisation était digne du NME. Après une première campagne assez réussie, les voilà à l'heure du second album, et donc d'une certaine confirmation, voire d'un élargissement de leur public, ce qui pourrait effectivement se passer.

Plan Your Escape est un album frustrant à écouter, et à chroniquer. D'abord, parce qu'il est bon. Subtil, riche, il ferait presque (presque) oublier la disparition de Grandaddy, influence majeure et point de référence constant. Mais il est donc frustrant parce que ses petits défauts sont tellement proéminents qu'ils déforcent grandement un album qui aurait pu être excellent.

Premier, et plus important, point de discorde, tout ce qui concerne la voix. Je n'ai jamais considéré le fait de savoir chanter juste comme un problème, mais là... Le chanteur a tellement peu confiance en sa voix qu'elle est systématiquement enfouie, filtrée, déformée, à un tel point que c'en est franchement irritant. La lo-fi, c'est bien, les carences dissimulées, déjà nettement moins. Mais le pire, c'est quand on arrive à comprendre ce qu'il raconte, on le regrette amèrement, et encore, on ne parlera que peu du mauvais accent. Tout le monde ne sait pas chanter juste, ni chanter en bon anglais, mais tout le monde n'essaie pas.

C'est d'autant plus dommage que musicalement, l'album se tient. L'instrumentation est fort variée, et chacun de six membres apporte sa contribution via une myriade d'instruments. Oui, l'album est un peu long et assez peu rythmé, mais c'est le point de vue choisi par le groupe, qui est tout à fait respectable. On pourra quand même regretter le fait que les seize morceaux donnent, au fur et à mesure, un certain sentiment de déjà entendu. Grasshopper, l'instrumental Road To Luna et le final Plan Your Escape sont d'heureuses exceptions.

Doit-on mettre tout cela sur le compte du légendaire complexe d'infériorité des groupes wallons. Non, parce que musicalement, GIH n'a rien de wallon, les cloisonner dans un mouvement artificiel serait tout à fait ridicule. On espère – vraiment – que les défauts de l'album seront pensés et améliorés pour la suite, parce que Girls In Hawaii a toujours un gros potentiel. Á cause de ses défauts (voix et caractère répétitif), Plan Your Escape est une grande occasion manquée, mais un album très correct, fourmillant de bonnes idées.

Girls In Hawaii - Plan Your Escape

Beaucoup de bien a été dit de Girls In Hawaii, fer de lance d'une scène wallonne dont la médiatisation était digne du NME. Après une première campagne assez réussie, les voilà à l'heure du second album, et donc d'une certaine confirmation, voire d'un élargissement de leur public, ce qui pourrait effectivement se passer.

Plan Your Escape est un album frustrant à écouter, et à chroniquer. D'abord, parce qu'il est bon. Subtil, riche, il ferait presque (presque) oublier la disparition de Grandaddy, influence majeure et point de référence constant. Mais il est donc frustrant parce que ses petits défauts sont tellement proéminents qu'ils déforcent grandement un album qui aurait pu être excellent.

Premier, et plus important, point de discorde, tout ce qui concerne la voix. Je n'ai jamais considéré le fait de savoir chanter juste comme un problème, mais là... Le chanteur a tellement peu confiance en sa voix qu'elle est systématiquement enfouie, filtrée, déformée, à un tel point que c'en est franchement irritant. La lo-fi, c'est bien, les carences dissimulées, déjà nettement moins. Mais le pire, c'est quand on arrive à comprendre ce qu'il raconte, on le regrette amèrement, et encore, on ne parlera que peu du mauvais accent. Tout le monde ne sait pas chanter juste, ni chanter en bon anglais, mais tout le monde n'essaie pas.

C'est d'autant plus dommage que musicalement, l'album se tient. L'instrumentation est fort variée, et chacun de six membres apporte sa contribution via une myriade d'instruments. Oui, l'album est un peu long et assez peu rythmé, mais c'est le point de vue choisi par le groupe, qui est tout à fait respectable. On pourra quand même regretter le fait que les seize morceaux donnent, au fur et à mesure, un certain sentiment de déjà entendu. Grasshopper, l'instrumental Road To Luna et le final Plan Your Escape sont d'heureuses exceptions.

Doit-on mettre tout cela sur le compte du légendaire complexe d'infériorité des groupes wallons. Non, parce que musicalement, GIH n'a rien de wallon, les cloisonner dans un mouvement artificiel serait tout à fait ridicule. On espère – vraiment – que les défauts de l'album seront pensés et améliorés pour la suite, parce que Girls In Hawaii a toujours un gros potentiel. Á cause de ses défauts (voix et caractère répétitif), Plan Your Escape est une grande occasion manquée, mais un album très correct, fourmillant de bonnes idées.