Spotify : Pinkerton Deluxe Edition
samedi 13 novembre 2010
Weezer - Pinkerton (1996, Deluxe Edition)
Spotify : Pinkerton Deluxe Edition
dimanche 19 septembre 2010
The Beatles - Revolver (1966)
Oui, bon, je suis un peu en retard. Les remasters sont sortis il y a maintenant plus d'un an, et je ne suis qu'à la moitié de la série. Qu'importe, parce que maintenant, on arrive à ce qui est peut-être la plus exceptionnelle série de quatre albums de l'histoire de la musique enregistrée. Depuis leurs débuts, les Beatles ont sans cesse progressé, passant de reprises aux compositions persos, de mélodies pop aux expériences bien plus complexes, de chansons d'amour à ... autre chose. Revolver représente le moment précis où les Beatles détruisent sans aucune hésitation les canons pop de l'époque pour faire non seulement un des meilleurs albums de tous les temps, mais aussi un des plus importants. Pour preuve : l'organe officiel du Saint Siège, L'Osservatore Romano, l'a nommé meilleur album pop de tous le temps, en février 2010. Beat THAT, Radiohead.
Comme de coutume à l'époque, l'album fut précédé d'un 45 tours. On reparlera des morceaux lors de la chronique de Past Masters 2, mais il s'agissait peut-être du 7" le plus important du groupe (bien que Strawberry Fields Forever/Penny Lane lui dispute l'honneur) : Paperback Writer, son riff acéré et sa basse puissante annonce le heavy metal, alors que Rain est souvent cité comme meilleure face B ever.
Revolver est un album très varié, sans réelle cohérence entre les morceaux. Il faut dire que les albums concepts n'existaient pas encore, et vu la vitesse à laquelle il fallait sortir des disques, à l'époque, la cohésion n'était pas vraiment la première préoccupation de musiciens et producteurs. Cependant, on peut dire que si Rubber Soul était plutôt ancré dans le folk, Revolver est résolument rock. Les compositions de John Lennon sont généralement emmenées par des guitares mises en avant comme jamais auparavant : She Said She Said et And Your Bird Can Sing préfigurent, avec Paperback Writer, un combo plus rock, par exemple celui de Revolution. Mais les Beatles n'ont de toute façon jamais été un simple groupe rock, il y en avait déjà assez sur le marché. Revolver n'est pas l'album de John Lennon, malgré ses excellentes contributions : outre les deux morceaux précités, on peut aussi parler de l'explicite Dr Robert (le Dr Greenthumb de Cypress Hill, trente-cinq ans avant, et pour des drogues nettement plus efficaces) ou I'm Only Sleeping, complainte probablement liée aux substances récréatives en question.
C'est par contre l'album où George Harrison embrasse un rôle proéminent de compositeur, à tel point qu'on lui offre le premier morceau de l'album, le sarcastique Taxman. Le ton Harrison était né : des influences indiennes plus ou moins marquées (comme sur le très hippie Love You To), et des paroles mettant en évidence la confusion de son auteur (I Want to Tell You) ou son engagement politique, avec donc ce Taxman critiquant très directement les impôts anglais qui, il est vrai, empochaient 90% des bénéfices du groupe. Taxman est emmené par un riff vicieux et un McCartney au four et au moulin (lead guitar, basse, terrible solo). Car oui, cette fois, c'est Paul McCartney qui est la star de l'album. Son premier morceau, Eleanor Rigby, est juste somptueux. Comme son hit précédent, Yesterday, il est le seul Beatle présent sur l'enregistrement, la musique étant fournie par deux quatuors à cordes. Musicalement, Eleanor Rigby est un fantastique exemple de la transformation (progressive, mais effective) de simple groupe pop en entité expérimentale. Cela se ressent aussi au niveau des paroles. Les deux protagonistes de l'histoire se sentent seuls : Eleanor assiste à un mariage qui ne sera jamais le sien, et meurt dans l'indifférence, alors que le Père MacKenzie donne son sermon, chaque semaine, dans une église vide. Le célèbre refrain n'apporte aucune résolution heureuse : "Ah, look at all the lonely people, where do they all belong". Pourtant, le 45 tours se retrouvera quand même au sommet des charts anglais, devenant le hit single le plus sombre de l'époque.
Quand McCartney veut faire dans le marrant, il écrit une pure chanson pour enfants, la donne à Ringo, et ça fait Yellow Submarine. Comme gimmick, elle est très bien, mais c'est de loin le morceau le moins intéressant de l'album, destiné à faire chanter des enfants de 6 ans pour les 36 générations à venir. Mais quand McCartney veut faire autre chose, son génie explose. For No One, une chanson baroque poignante sur la fin d'une relation ("She no longer needs you"), aux antipodes des mélodies d'amour des débuts du Fab Four. Good Day Sunshine, l'archétype du tube estival, enjoué, positif, et qui ne comporte même pas de guitare. Got to Get You Into My Life, avec l'incorporation d'une section de cuivres sur un morceau qui parle, évidemment, de marijuana. Ou encore, et surtout, Here There and Everywhere, une des plus belles mélodies jamais écrites et qui est, quant à elle, une pure chanson d'amour. Et dont la magnificence dépasse les mots.
Mais si une création dépasse les mots, c'est bel et bien le dernier morceau de l'album, Tomorrow Never Knows. On est en 1966, et le groupe qui représente encore la quintessence du groupe pop pond trois minutes de bruit magnifique, fait de samples, de drones, de la voix de Lennon passée à travers un cabinet Leslie, de guitares inversées, d'une batterie irrégulière totalement barrée, de paroles qui ne laissent aucun doute sur les substances consommées par ses créateurs. Tomorrow Never Knows est un coup d'oeil dans le futur, un cas excessivement rare dans l'histoire. Les Beatles ont posé les jalons de la house, du hip-hop, et que sais-je encore. Il suffit d'écouter Setting Sun des Chemical Brothers : la batterie est exactement la même. Dans les mois à venir, le groupe sortira ce qui reste encore leur album le plus célèbre, puis pétera complètement un plomb, avant de sortir... leur meilleur album. Quelle folie.
samedi 6 février 2010
The Beatles - Rubber Soul (1965)
vendredi 9 octobre 2009
The Beatles – Past Masters Vol. 1 (1988)

Love Me Do commence la compilation, une version différente avec Ringo Starr derrière les fûts, et une basse plus puissante. Cette version est nettement plus dynamique que celle du premier album, dès leur premier single, les Beatles ont réussi à faire ce que personne n'avait fait avant eux. From Me To You, sympathique, leur offre leur tout premier numéro 1, mais montre clairement les limites du remaster stéréo : les voix ne sont audibles que du côté droit, ce qui donne une impression vraiment dérangeante. Comme c'est généralement le cas pour les premiers albums (au moins les quatre premiers), on préférera les monos, tout en regrettant qu'ils ne soient disponibles que dans un boxset très limité et assez cher.
Les deux morceaux de bravoure de l'album sont She Loves You et I Wanna Hold Your Hand, deux popsongs inouïes de perfection sonore. Les "yeah yeah yeah" de She Loves You auront probablement toujours une implication dans les chansons pop de l'année 2115, et le rythme imprimé par le duo McCartney/Starr est toujours impressionnant aujourd'hui. Ces deux extraits exceptionnels sont aussi repris en allemand, ce qui fait sourire une fois ou deux. Le reste de l'album n'est pas désagréable, bien sûr, mais n'arrive plus à ce niveau, même si le riff dantesque (et les expériences de feedback) de I Feel Fine et le rock n roll pied au plancher de I'm Down s'y rapprochent. Forcément indispensable, cette demi-compile clôture donc une époque, même si la transition avec Rubber Soul pouvait déjà se faire sentir.
mercredi 30 septembre 2009
The Beatles – Help! (1965)

Des Beatles-groupe rock 'n roll propret, on ne retiendra ici que les fillers (enfin, façon de parler) The Night Before, Another Girl et Tell Me What You See ou encore l'obligatoire morceau lourdingue chanté par Ringo Starr (Act Naturally). De même, on retiendra les qualités de It's Only Love et I've Just Seen a Face, qui change de rythme de manière totalement inattendue, un des premiers exmeples d'une technique qui sera souvent utilisée dans le futur. Le reste est phénoménal. Help!, le morceau titre, est la pop song parfaite, si ce n'est pour les paroles : Lennon appelle clairement à l'aide, déjà troublé par la célébrité et tout ce qui l'entoure. Il le restera pour les quinze années à venir. Le rythme est frénétique, et ouvre la voie au rock 2.0 : Ticket To Ride.
Lennon avait fièrement remarqué que Ticket To Ride était la première chanson heavy metal, et il n'a peut-être pas tort. La batterie de Ringo est proprement ahurissante, tout comme la basse drone de MCCartney. Macca qui se paie le luxe de jouer de la lead guitar, et quelle guitare. Ticket To Ride est un des plus grands morceaux de l'histoire du rock 'n roll, et un des plus importants. 44 ans après, et aussi cliché que cela puisse être, il n'a pas pris une ride. Ailleurs, Lennon continue à tirer son inspiration de Bob Dylan, et le magnifie : You've Got To Hide Your Love Away reste un classique éternel. Et tant qu'on parle de classique éternel...
Plus de trois mille versions connues, Yesterday est la chanson la plus reprise de tous les temps. La légende raconte que Paul McCartney a composé toute la mélodie dans un rêve, s'est rapidement levé pour l'enregistrer, avant de se lever le lendemain totalement paniqué : et s'il avait plagié un autre morceau sans s'en rendre compte? Il a bien du se rendre à l'évidence : non, Yesterday est à lui. Tellement à lui qu'il est le seul Beatle présent sur l'enregistrement, accompagné d'un quatuor à cordes. Inutile d'en parler davantage, Yesterday et ses deux parties emmêlées est un morceau simplement magnifique de retenue et de lyrisme, qui mérite, lui, d'être dans le top 3 des morceaux des Beatles les plus connus (je suis nettement plus sceptique par rapport à Let It Be et Hey Jude, mais on y reviendra).
Aussi superbe est-il, Yesterday marque la fin d'une époque. Les connaissances bien inspirées du groupe vont bientôt leur faire connaître les joies de certaines substances récréatives, alors qu'ils vont prendre un contrôle de plus en plus complet de leur création artistique (parce que mettre Dizzy Miss Lizzy juste après Yesterday, c'est lourd). C'est ainsi que le prochain album, Rubber Soul, entame la quintette des albums extraterrestres, qui devraient sans doute se trouver dans n'importe quel top 10, si on ne trouvait pas que 5 sur 10, c'est quand même un peu beaucoup. Mais avant Rubber Soul, je clôturerai cette page avec le premier disque de Past Masters, compilation des faces B et morceaux hors album.
vendredi 25 septembre 2009
The Beatles – Beatles For Sale (1964)

Par exemple, le style de composition de John Lennon tend maintenant à quitter les classiques compositions d'amour. Il est plus incisif, parfois plus sombre. No Reply, I'm a Loser, n'auraient jamais pu se retrouver plus tôt dans leur discographie. Ce dernier morceau prouve d'ailleurs que Lennon a été influencé par un compositeur dont on entendra encore parler, un certain Bob Dylan. I Don't Wanna Spoil The Party revendique des influences country, alors que Eight Days A Week est le morceau que l'histoire retiendra comme l'extrait de choix. Il est intéressant de noter qu'avec ce morceau, les Beatles (et George Martin) ont commencé à multiplier les prises pour expérimenter. Ces expérimentations allaient bien sûr être la base même des futures compositions du groupe.
Les reprises sont généralement assez peu mémorables, notamment Mr Moonlight, souvent considérée comme la plus mauvaise performance enregistrée des Beatles. La voix de Lennon avait définitivement besoin de repos. Heureusement, il assure totalement Rock 'N Roll Music (Chuck Berry). Macca, quant à lui, n'a pas fourni grand chose ici, même si What You're Doing et Every Little Thing sont assez sous-évaluées. Il allait bientôt écrire un ou deux trucs sympas pour Help!, de toute façon.
Beatles for Sale restera donc un des seuls albums mineurs des Beatles, et surtout, il marque la première fois que leur nouvel album est moins bon que le précédent. Mais au vu de ce qui va suivre, cela n'a pas beaucoup d'importance.
vendredi 18 septembre 2009
The Beatles – A Hard Day’s Night (1964)

Mais c'est peut-être les morceaux de McCartney qui impressionnent le plus. And I Love Her est proche de la perfection, alors que Things We Said Today a une telle recherche mélodique qu'on pourrait écrire un morceau à partir de chaque ligne. Même si McCartney s'occupait plutôt des morceaux "calmes", il a écrit Can't Buy Me Love (Ringo!), l'autre grand classique rock 'n roll de cet album. Dès ce moment, de toute façon, ce ne sont plus les morceaux "connus" qui font la différence. Chaque morceau vaut la peine d'être (ré)écouté, car le groupe est vraiment en pleine possession de leurs pouvoirs de poprockers mélodiques. Ils continueront encore pendant deux albums, avant de devenir, bien sûr, totalement dingues.
A Hard Day's Night, qui pêche peut-être par une seconde face moins percutante, est donc le premier excellent album du groupe. Ils feront plus bizarre, plus expérimental, et sans doute meilleur, mais en ce qui concerne la pop song parfaite, elle est ici. Pas d'inquiétude cependant : si vous l'avez ratée, elle reviendra.
lundi 14 septembre 2009
The Beatles – With The Beatles (1963)

On ne s'y attardera donc pas trop, même s'il comprend tout de même quelques passages intéressants, dont le mémorable All My Loving, montrant déjà le sens inné de la mélodie qui sera la marque de Paul McCartney pour les années à venir. En fin d'album, le superbe And I Love Her préfigure un certain Yesterday, et on notera aussi le méconnu Not a Second Time. Sinon, on remarque vite que l'album a été conçu comme photocopie de Please Please Me, avec Roll Over Beethoven pour "faire" Twist and Shout, par exemple.
Mais il faut tenir compte du fait que c'est tout de même le second album du groupe en six mois et qu'à l'époque, on alternait albums et singles : les Beatles venaient de sortir l'excellent She Loves You, alors que le non moins fantastique I Wanna Hold Your Hand allait suivre un mois après. On reparlera des morceaux non-albums lorsqu'on parlera des Past Masters, bien sûr. With The Beatles restera toujours connu comme le second album des Beatles, sans doute le moins intéressant, mais la rampe de lancement vers l'album qui définira la Beatlemania, A Hard Day's Night.
jeudi 10 septembre 2009
The Beatles – Please Please Me (1963)

En quelques mots, le contexte de Please Please Me est simple. L'industrie du disque est fort différente de maintenant, et voulait à l'époque capitaliser sur un jeune groupe qui créait des vagues, notamment grâce à leurs shows en résidence au Cavern Club de Liverpool. C'est donc tout naturellement que l'album correspond à leur setlist de l'époque, et qu'il a été largement enregistré live en studio. Le succès est immense : trente semaines numéro 1 des charts britanniques, et le point de départ d'une légende, qui est aujourd'hui remise à neuf grâce aux remasters mono et stereo.
Au risque de commetre un blasphème, je ne suis pas un grand amateur des premiers albums. Please Please Me semble être reconnu comme le meilleur de la période "rock 'n roll" du groupe, et c'est vrai qu'il est intéressant à plusieurs égards. Mais il est très très loin d'attendre l'invraisemblable brillance que le Fab Four atteindra à plusieurs reprises quelques années plus tard. En fait, la principale qualité de l'album n'est même pas musicale, c'est ce qu'il représente : pour la première fois, un groupe de musiciens "pop" sort un album sur lequel ils chantent (tous, même), jouent de leurs propres instruments (avec notamment une section rythmique McCartney/Starr très solide) et composent une majorité de morceaux (huit sur quatorze). Ce qui n'était pas évident du tout à l'époque.
Parlons tout de même un peu de musique. Forcément, c'est brut et primitif, on est tout de même en 1963. Et même s'il ne faudra que quelques années pour que les Beatles (et certains de leurs pairs, n'oublions pas) révolutionnent la musique populaire, ici, c'est le début. On sent un groupe qui se cherche, notamment au niveau des voix : les cinq premiers morceaux voient quatre lead vocalistes différents se succéder. Quatre vocalistes qui d'ailleurs, chantent juste. De même, les contraintes de production et de marketing font que les compositions personnelles ne doivent pas s'éloigner trop des reprises. Il n'empêche que les toutes premières compositions estampillées Lennon/McCartney (pas encore de compos de Harrison) sont souvent meilleures que les reprises, et comprennent déjà quelques éclairs de génie, comme la ligne de piano de Misery, ou le rythme probablement indécent de Love Me Do (batterie jouée par Andy White, la version Ringo étant encore plus puissante).
I Saw Her Standing There et Please Please Me sont sans doute les deux autres originaux qui sortent du lot, mais c'est la reprise finale qui restera le morceau de choix de l'album. Enregistré en toute fin de session, Twist and Shout est électrique, et aussi puissant qu'un morceau pop pouvait être à l'époque. La voix de John Lennon, qui était préservée jusque là, se rapproche de la rupture, et montre à quel point ces quatre-là possédaient des talents complémentaires hors pair. On n'avait encore rien vu.
mardi 24 février 2009
Blur – Leisure (1991)
Avant d'écouter Leisure, premier album de Blur sorti en 1991, il faut se replonger dans un contexte vieux de presque vingt ans : la scène britannique pleurait toujours la mort des Smiths et se consolait avec le baggy des Stone Roses et Happy Mondays et le shoegaze de My Bloody Valentine. Quelque part du côté de Manchester, un gamin nommé Noel Gallagher attendait son heure, tandis qu'aux USA, l'explosion de Seattle était imminente. C'est donc clairement sous influence que Damon Albarn, Graham Coxon, Alex James et Dave Rowntree, déjà partiellement produits par Stephen Street, commencèrent leur carrière discographique avec le single She's So High, qui était déjà tellement caractéristique, avec un riff déjà classique.
Leisure est probablement le moins bon album de Blur, seuls ceux qui seront allergiques aux expériences futures le contrediront. Ce qui est assez énorme en soi : quel groupe peut se dire que leur premier album est leur moins bon? (Suggestions à l'adresse habituelle.) Rien n'est à jeter ici, même si on sent parfois le poids des années : Bang est directement à inscrire dans la lignée des Roses et Mondays précités, en y ajoutant un de ces refrains qui seront une des spécialités du groupe. De même, la ligne de snythé de Repetition est trop... répétitive. L'album est d'autant plus intéressant à réécouter quand on le recontextualise en tenant en compte ce qu'on sait de Blur, 18 ans après. On trouve déjà une basse dominante, des éléments bruyants mais sporadiques (Slow Down, Fool), et la voix typiquement posh/neurasthénique d'Albarn. Encore plus étonnant, les expérimentations de Blur ou 13 trouvent déjà leur source dans un morceau comme Sing (apparemment une grande influence du dernier Coldplay, avec Satriani, je suppose). Seule différence majeure avec la suite, les chansons ne veulent pas dire grand chose. Mais oooh, ça va vite changer...
Il ne manque finalement que les grandes chansons (même si, She's So High...) mais Modern Life Is Rubbish n'est pas loin. Plus qu'un guilty pleasure, Leisure est un chouette album, et une introduction aussi passionnante qu'étonnante d'un des meilleurs groupes des 90s. Certains morceaux (Wear Me Down!) mériteraient en tout cas d'être revisités lors des concerts de réunion cet été.
mercredi 2 avril 2008
AC/DC – Back In Black (1980)
Un fait pour débuter. Back In Black est, derrière Thriller, l'album original le plus vendu de tous les temps. Et vu que l'album approche de sa fin inéluctable, il le restera. Je ne prends pas ça comme critère de qualité (le disque le plus vendu, toutes catégories confondues est le Greatest Hits des Eagles, ce qui remet les choses en perspective), mais de distribution : énormément de monde a écouté (ou en tout cas possède, ce qui est autre chose) l'album phare d'AC/DC, succès aussi énorme qu'improbable.
En 1980, AC/DC avait déjà un bon paquet de hits derrière eux, avec notamment l'album Highway To Hell, et un vocaliste exceptionnel, Bon Scott. On connaît la suite : Scott meurt, et est remplacé par Brian Johnson. Back In Black est un hommage à Bon Scott, mais beaucoup d'autres choses aussi.
L'intro mythique, pour commencer. Les cloches, simultanément hommage au chanteur mais aussi annonciatrice de chaos. Un riff, lent, lancinant, qui fait à lui tout seul qu'Angus Young a sa page dans l'encyclopédie des tous grands. AC/DC n'a jamais eu besoin de jouer fort (Iron Maiden), vite (Motörhead), ou de manière malsaine (Black Sabbath) : ils ont leur propre genre, mélange de riffs, de la voix, hmm, particulière de Brian Johnson, et les paroles plus double-entendre qu'une conversation ouija entre Freud et sa mère.
Hells Bells, le premier morceau en question est juste un riff, donc, mais quel riff. AC/DC a repris la racine du rock n roll, le blues, en y ajoutant – forcément – l'électricité et un nombre incalculable de métaphore sexuelles (You Shook Me All Night Long, Let Me Put My Love Into You (!!!) voire parfois sexistes (What You Do For Money Honey).
Mais ne reprendre que ça serait assez réducteur : au creux de l'album, un discret morceau traîne son riff monumental : Back In Black. Continuons le thème : le moment où Johnson commence à chanter est carrément un des moments les plus orgasmiques du rock 'n roll. Et c'est bien ce qu'AC/DC a apporté : rien grand chose de complexe, ni de bien sérieux (z'avez déjà vu Angus Young?). Mais une dose maximal de plaisir et d'enthousiasme, combiné avec un sens de l'accroche inouï; et inégalé.
Oh, bien sûr, ils vivent depuis des années sur leur légende (même si on annonce un nouvel album en 2008), on parle plus de l'accessoire que de l'essentiel (les canons et les cloches, n'importe quel jeu de mot avec “balle” dedans – regardez la pochette du leur dernier dvd), mais quelle légende : AC/DC a créé, et continuera à créer, des groupes qui auront plus ou moins compris l'idéal de Angus, Malcolm, bon, Brian et les autres : rock n' roll ain't noise pollution. Back In Black est la référence.
Hells Bells
mardi 4 mars 2008
The Clash – London Calling (1979)
Réduire The Clash au mouvement punk de 76-77 serait une grave erreur. Sans aucune critique quant à leur influence respective, un morceau de Clash comporte plus d'idées que la carrière entière (courte, mais quand même) des Sex Pistols. London Calling, leur troisième album, est aussi leur plus célèbre, et le pivot de leur évolution.
Il débute par l'iconique morceau titre, un des tous grands classiques du punk et du rock en général. Mais c'est un des rares morceaux directs d'un album qui tire dans tous les sens, souvent avec une grande réussite. On connaît son rythme implacable, la voix de Joe Strummer, qui chante comme si sa vie en dépendait (une constante) et ses paroles. Personne ne défendra la working class comme lui, comme eux. Un groupe en qui on pouvait croire, notion totalement disparue de nos jours.
Musicalement, Clash s'éloigne d'un certain nihilisme prôné par d'autres formations de l'époque. Leurs racines sont clairement dans le rock 'n roll classique (Brand New Cadillac) mais ajoutent, de manière innovatrice, beaucoup de cuivres, pavant le chemin pour un style musical toujours présent aujourd'hui (avec plus ou moins de réussite) : le ska. Rudy Can't Fail, The Right Profile en sont d'excellents exemples. De même, on peut perçevoir des éléments reggae (Guns Of Brixton), qui iront plus tard jusqu'à constituer la majeure partie d'un (triple) album, Sandinista!.
Clash ne recule devant rien, quitte à surprendre, voire aliéner. L'album est fort long (dix-neuf morceaux) et fort varié, comme peuvent encore en témoigner le mélodique et réflexif Lost In The Supermarket ou The Card Cheat, où se cotoyent piano et trompette. Punk, peut-être, mais si peu réducteur. Le puissant Train In Vain conclut un album phare, monumental.
London Calling peut avoir des défauts, ils n'ont pas d'importance. Parce que son statut les transcende. Il est trop important, trop crucial dans l'histoire et la compréhension non seulement du rock, mais de la société elle-même, pour s'arrêter à ces aspects. Tout ça sans même évoquer la pochette.
Clampdown
mercredi 20 février 2008
Nirvana – Nevermind (1991)
Chaque génération a son moment. Voici le mien. Nirvana n'est pas le meilleur groupe de tous le temps, a pas mal plagié à droite et à gauche, mais a réussi à toucher profondément un nombre incalculable d'adolescents de l'époque, pour qui la première vision du clip de Smells Like Teen Spirit restera un des moments les importants de leur vie.
C'est, on le sait, Smells Like Teen Spirit qui ouvre Nevermind. Que dire qui n'a pas été dit et redit, de l'intro légendaire (peut-être, mais sans doute pas, empruntée à Boston), aux paroles qui exprimaient l'angoisse, la peur à la perfection en passant par la brutalité de la production, crue, minimaliste. Derrière les fûts, pour la première fois chez Nirvana, un certain Dave Grohl, qui deviendra ironiquement un plus grande star que Kurt Cobain l'aura été de son vivant. Parce que, qu'on le veuille ou non, Nirvana, c'est Cobain.
Il n'était peut-être pas un grand chanteur, ni un virtuose de la guitare. Mais il a réussi à faire passer ses sentiments, son âme, à travers de son oeuvre, et peu de musiciens auront réussi à la faire à ce point. La ligne mélodique de Come As You Are est un bon exemple : extrêmement simple, augmentée par un leger effet, elle reste une des mélodies les plus reconnaissables des années 90. C'est d'ailleurs cet effet qui donne un étrange sentiment de malaise, amplifié par le chant décharné de Cobain.
Nevermind n'est pas loin d'être l'album parfait. Il n'y a en tout cas rien à jeter, et plus de quinze ans après, il sonne toujours très frais. Le génie, car génie il y a eu, de Cobain a été d'allier musique puissante, aux influences punk/metal/hardcore à une sensibilité pop : on se souvient des morceaux de Nirvana parce que les mélodies rentrent en tête et n'y sortent plus jamais, en tout cas pour Nevermind. Oui, il s'est fortement inspiré, pour ne citer qu'eux, des Pixies. Mais, aussi immense puisse être la bande de Black Francis, Nirvana était le groupe du peuple. Et lls auront réussi à amener un type de musique peu commerciale à ce peuple, qui en redemandera pendant des années.
Nevermind comporte toute une série de morceaux cinglants, et assez violents, même si tout est relatif : il est probable qu'il aura servi de porte d'accès aux influences de Cobain, comme Black Flag ou Hüsker Dü. Reste que l'album est somme tout assez modéré, à l'exception de Territorial Pissings : Cobain changera tout ça avec le suivant (et dernier) In Utero. Breed allie à la perfection les considérations punk et pop, les yeah yeah yeahs du refrain rappelant une des autres influences majeures de Cobain , les Beatles. Sur le plan des paroles, les psys amateurs pouvaient déjà s'y donner à coeur joie, comme sur Lithium : “I found my friends / They're in my head / I shaved my head / But I'm not sad”.
L'album se clôture avec Something In The Way, musicalement calme mais atmosphériquement intense, et résumant somme toute bien Nevermind : un disque dense, qui n'a pas nécessairement besoin d'exprimer sa violence pour la faire ressentir. Tous les thèmes présents ici seront redéfinis pour In Utero, où l'âme de Cobain sera définitivement mise à nu. Les prémices du chef d'oeuvre de Kurt Cobain sont ici, et resteront à jamais inoubliables.
Breed
jeudi 6 décembre 2007
Muse – Origin Of Symmetry (2001)
Muse, de manière assez surprenante, est devenu un groupe majeur en Europe, et a même réussi à s'exporter avec succès. Cela peut s'expliquer par le caractère assez... mou du dernier album, mais en 2001, ils ont sorti un très bon opus, un des meilleurs des années 00, du rock british, etc etc, le tout en sortant de l'ombre de Radiohead, dans lequel s'était enfermé le premier album, Showbiz.
Origin Of Symmetry ne fait pas de concessions, contrairement au Muse que l'on connaît actuellement (Starlight???). Deux des trois premiers morceaux durent plus de six minutes, et comprennent, dans le désordre, des voix élastiques, des claviers tordus, un jeu de guitare très intrigant ainsi qu'une section rythmique très puissante. New Born commence calmement, avec un piano, avant de littéralement exploser avec une guitare filtrée bruyantissime. La basse de Chris Wolstenholme, arme secrète de Muse, enfonce le clou très fort. Le morceau est complexe, mais moins que Space Dementia qui sonne exactement comme son titre le fait croire. Avec les effets spéciaux des vieilles séries de SF. Et, évidemment, un break de piano music-hall. Forcément...
La première moitié de l'album est une usine à hits (enfin, hits, dans un monde utopique). Hyper Music est porté par un riff machiavélique plus lourd que Sabbath, alors qu'on pardonnera facilement l'emprunt de la ligne de basse de Sexy Boy (Air) : Plug-In Baby est parfait, le riff vaut bien le top 10 des meilleures intros de tous les temps. En plus, même si le morceau parle d'une guitare, les Freudiens ont quelque chose à se mettre sous la dent. Citizen Erased? On recommence, riff de folie, ligne de basse qui tue, batterie puissante, et ce n'était que l'intro : quand le morceau démarre, la terre tremble. Mais comme ça dure 7 minutes 19, elle a le temps de se refaire une santé, avant de définitivement s'écrouler sur elle-même. Jouissif, et un des rares albums où les claviers sont supportables. Les voix aigües, c'est limite, mais bon, on passe. Quoique Micro Cuts, c'est un petit peu over the top quand même.
Il faut attendre le neuvième morceau pour avoir un peu de calme, avec le flamenquesque Screenager. Le bizarre continue, avec Darkshines qui pourrait sortir d'un western façon Robert Rodriguez, avant que l'inattendue reprise de Feeling Good, euh, surprenne. Megalomania finit l'album dans le calme, mais un calme menaçant.
Peu, très peu de déchets dans Origin Of Symmetry qui sera très certainement toujours la quintessence de Muse, tout en étant vraiment un très bon album. Alors, que Muse devienne n'importe quoi, fasse des shows à la U2 période Pop, cela n'a pas trop d'importance, quand on sait que quoi qu'il arrive, on aura toujours Origin Of Symmetry pour se souvenir. Leur BloodSugarSexMagik, en quelque sorte.
samedi 1 décembre 2007
Jeff Buckley – Grace (1994)
Grace, qui est sorti en plein boom alternatif, montre un chanteur exceptionnel, de la trempe des plus grands. Capable de passer d'un murmure inaudible à des aigus Mercuriens, il habite littéralement chaque morceau, des originaux Grace et Last Goodbye aux reprises Lilac Wine et Corpus Christi Carol, hymne du quinzième siècle. Il aurait pu être un vocaliste rock extraordinaire, et c'est finalement le seul reproche qu'on peut faire à Grace. C'est un album AOR, adult-oriented rock, qui ne prend pas de risques, et qui sonne très classique. En somme, des bonnes chansons, effectivement élevées par une prestation vocale hors du commun, mais qui restent relativement apprivoisées, à l'exception peut-être du Led Zeppien Eternal Life.
Reste que pour ne pas être ému par sa version d'Hallelujah, il faut être mort.
Hallelujah
lundi 26 novembre 2007
Green Day – Dookie (1994)
Treize ans après, tout cela a certes vieilli, mais se laisse gentiment réécouter. On sourit aux paroles, qui traitent, évidemment, des soucis adolescents du public cible, et en fait, de Green Day eux-même, encore bien loin des duos avec U2. On apprécie les riffs, simples et efficaces et on se rend compte que malgré son nom stupide, Tré Cool est un excellent batteur punk.
Basket Case (évidemment), Welcome To Paradise, She, Longview sont autant d'hymnes générationnels, un peu surévalués mais tellement sympatiques. On est clairement du côté radio-friendly du punk, mais FOD envoie bien la sauce quand il le faut. Ceci dit, même si Dookie reste une référence, les trois albums suivants révèleront un groupe meilleur, et un talent de compositeur certain pour Billie Joe Armstrong.
Tout en espérant que le nouvel album sera moins boursouflé qu'American Idiot, on réécoutera Dookie pendant de longues années encore. Ce qui ne sera pas vraiment le cas de Chocolate Starfish And The Hot-Dog Flavoured Water, si?
Welcome to Paradise
vendredi 23 novembre 2007
Bob Dylan – Blood On The Tracks (1974)
Blood On The Tracks est un album de blues/folk, dominé évidemment par la guitare acoustique et la voix nasale de Dylan, aidé par une instrumentatation discrète mais efficace. Les morceaux sont tous liés thématiquement, et tournent autour de l'amour, et de ce qui en découle, ou du moins les aspects négatifs. Dylan se montre en très grande forme lyrique, comme en attestent Shelter From The Storm, où l'épique Lily, Rosemary And The Jack Of Hearts et sa narration complexe ; alors que le doux You're A Big Girl Now est plus tranquille et simple.
Shelter From The Storm
dimanche 11 novembre 2007
Radiohead – Hail To The Thief (2003)
Si l'on veut chercher une différence majeure entre HTTT et les deux albums précédents, ce serait peut-être une recherche mélodique plus poussée. Une majorité des morceaux ici sont basés sur une mélodie, quelque chose d'accrocheur et d'attachant, qui les rend plus... humains, peut-être. Where I End And You Begin en est un bon exemple, et comprend aussi une utilisation intéressante des Ondes Martenot par le bidouilleur en chef Jonny Greenwood. Ce qui n'empêche pas les expériences bizarres, comme We Suck Young Blood, emmené par un piano et rythmé par des claquements de mains, ou The Gloaming, entièrement manipulé en post-production.
Le premier single n'arrive qu'en neuvième place sur l'album, et c'est peut-être là sa faiblesse ultime. Est-il trop long, trop dense? Rien n'est à jeter, certes, mais il aurait peut-être mieux valu reléguer deux-trois morceaux en faces B (là où se trouvent déjà quelques perles). De même, après les derniers albums, il est étonnant, voire un peu gênant, d'entendre des morceaux relativement simples et accrocheurs, comme, justement, There There. Rien de mal à ça, et Radiohead continuera d'ailleurs la tendance dans le prochain album, In Rainbows, après que Thom Yorke ait exorcisé ses démons numériques sur The Eraser. I Will pousse d'ailleurs la simplicité jusqu'à son quasi-paroxysme, nous montrant une nouvelle facette du groupe, tout cela après six albums. Mais dans une schizophrénie typique, Myxomatosis envoie une basse trafiquée directement là où ça fait mal et ferait presque... danser. A Wolf At The Door clôture l'album, avec un Thom Yorke toujours inquiétant et mystifiant.
Hail To The Thief n'a pas l'importance des quatre albums précédents, c'est indéniable. Ce qui n'empêche pas son excellence, et surtout, son importance personnelle pour Radiohead, qui semble avoir trouve son équilibre. Même s'il continueront certainement à surprendre à chaque nouvelle sortie, comme pour le récent In Rainbows, qui aura attendu quatre longues années avant de voir le jour.
jeudi 8 novembre 2007
Radiohead – Amnesiac (2001)
Amnesiac, et ce n'est pas un reproche, est nettement moins cohérent. Alors qu'un fil conducteur semblait relier chaque point de Kid A, ici rien ne semble associer deux morceaux qui se suivent comme Pyramid Song et Pulk/Pull Revolving Doors, par exemple. Le thème "guitares" est aussi traité différemment : certains en sont totalement dépourvus, d'autres sont construits autour, comme Knives Out et I Might Be Wrong. Certains extraits d'Amnesiac sont les plus obscurs jamais composés par le groupe, d'autres sont nettement plus accessibles. Knives Out est certainement le morceau le plus commercial, si l'on peut dire, depuis Karma Police.
Amnesiac est très énigmatique, comme l'anti-Blair basique You And Whose Army, chanté par un Thom Yorke à la bouche pâteuse, sur une base instrumentale apparemment enregistrée sous trois mètres d'ouate, ou Packt Like Sardines In A Crushd Tin Box qui semble, quant à lui, tiré de Kid A. Schizophrène, l'album offre des morceaux de brillance totale, comme le coda de I Might Be Wrong, pendant lequel on ne peut simplement plus respirer, ou le final Life Is A Glasshouse, encore très différent, et enregistré avec le jazzman Humphrey Lyttleton. Dans le même genre, Dollars And Cents est augmenté de la présence de cordes, qui prépare peut-être étrangement le dernier In Rainbows. Mais il est aussi possible que le groupe ait été un peu loin, Hunting Bears et Like Spinning Plates poussent l'exploration sonore au maximum. C'était probablement le but, il est atteint, mais ces morceaux nous font plus gratter le crâne qu'autre chose. Et fatalement, tout cela ne ressemble à rien avec ce que Radiohead a pu faire auparavant.
Il s'agit très certainement de l'album le plus étrange de Radiohead, ce qui n'est pas peu dire. On pourrait même s'avancer en affirmant que Kid A n'a fait que préparer l'arrivée d'Amnesiac, sans quoi il aurait été totalement impossible à comprendre. L'évolution du groupe ne s'arrêta pas là, évidemment, mais l'album suivant, Hail To The Thief, n'aura pas le même impact que cet incroyable duo. Mais c'était impossible.
Un vrai cauchemar de chroniqueur, cet album, mais une classe et une inventivité folle.
I Might Be Wrong
Life In A Glasshouse
lundi 29 octobre 2007
Radiohead – Kid A (2000)
On avait quitté Radiohead en 1997, suite à deux événements majeurs : OK Computer, et, dans la tournée qui a suivi un concert mémorable à Rock Werchter. Puis, secret et silence, jusqu'à l'annonce d'une tournée non sponsorisée, sans aucun album à vendre. Ils sont venus de nouveau à Werchter, mais sous chapiteau, pour ce qui fut une des expériences les plus surréelles de ma vie. Lors de ce concert, on a pu entendre quantité d'inédits, qui ne ressemblaient absolument pas à ce qu'on connaissait du groupe. Quelques semaines plus tard, la première partie de ces enregistrements voyait le jour.
Everything In Its Right Place avait déjà frappé tous les esprits lors des concerts, avec son intro traînante à l'orgue, et une fin qui part dans tous les sens : Jonny Greenwood samplant et manipulant en temps réel la voix de Thom Yorke. Déjà, après quelques minutes, on se retrouve déjà face à un des plus grands morceaux du groupe. Kid A, la "chanson" suit, est en fait une sorte de collage musical étrange, influencé par quelques terroristes des circuits imprimés à la Aphex Twin ou Squarepusher. Voix complètement sous acide, basse puissante, mais absence complète de structure reconnaissable, et de guitares. C'est ce qui avait choqué à l'époque : on savait Radiohead de nature expérimentale, mais de là à quasi virer les guitares, il fallait le faire...
The National Anthem tient debout grâce, comme souvent, à la basse de Colin Greenwood, et alors que le morceau semble somme toute assez classique, il se finit en free jazz complètement à la masse, avant que le cousin d'Exit Music (For A Film), How To Disappear Completely, montre pour la première fois qua la technologie peut aussi transporter des émotions. Optimistic foule un terrain déjà plus connu, avec, il semble, une guitare quelque part derrière. Mais le morceau en lui-même, et les percussions tribales font vite comprendre qu'on n'est plus vraiment avec le groupe de Creep...
Et que dire d'Idioteque, le morceau qui avait scotché tout le monde sur place en concert. Un immense beat techno, une manipulation sonore grandiose, des paroles typiquement parano et un autre grand moment. Le sombre Motion Picture Soundtrack clôt un album choquant, peut-être moins maintenant quand on connaît les trois albums qui ont suivi, mais Kid A reste toujours un monument, et LA référence en matière de réinvention sonore. Alors que des tonnes de groupes se revendiquaient de Radiohead, ils ont décidé de se réinventer, s'attirant un immense respect et élargissant leur audience.
Everything In Its Right Place
Idioteque