vendredi 6 juin 2008

Weezer - Weezer


Un nouvel album de Weezer, c'est avant tout un plongeon dans le psyché de Rivers Cuomo, auteur/compositeur/geek en chef, qui a décidé de ne pas donner de nom à l'album, pour la troisième fois. Après le bleu, le vert, voici donc le rouge. Ensuite, c'est aussi une interrogation après les relatives (et moins relatives) déceptions des précédents. On n'a pas spécialement envie que Weezer revienne au style des débuts, mais faire mieux que Beverly Hills, ça serait bien quand même.

Troublemaker, annoncé erronément comme premier single, sera sans doute le second : sympa mais sans grand intérêt, ce qui n'augure rien de bon pour la suite. Mais en parlant de suite, Rivers en a dans les idées : The Greatest Man That Ever Lived est de loin le morceau le plus complexe du groupe, et ferait passer Bohemian Rhapsody pour un morceau des Ramones. Petit résumé : intro au piano / grime avec sirène et Cuomo qui rappe (mal) / guitare sèche / un choeur big band / un falsetto à la Mercury avec la guitare de Brian May / un couplet punky / j'en passe et des meilleures / un spoken word sur un solo de basse / une polyphonie à la (encore) Bohemian Rhapsody / encore d'autres trucs, et un final tout en riffs metal.

C'est étrange, mais assez bien réussi. On peut regretter que certaines idées n'ont pas été développée en chansons entières, mais on est surpris, ce qui est toujours agréable. Pork and Beans suit, et est sans doute le meilleur single de Weezer depuis Hash Pipe, voire même avant. On peut se moquer des paroles de Cuomo, mais le morceau n'est pas mal du tout.

Problème : l'album ne garde pas du tout le même niveau. Heart Songs, une ballade (évidemment) est sauvée par son thème, à savoir une liste des artistes et chansons qui ont influencé Cuomo, dont un couplet entier sur un extrait d'un album sorti en 1991 avec un bébé nu sur la pochette (réponse sur carte postale à l'adresse habituelle). C'est bien parce que ça parle personnellement à beaucoup de monde, sinon, délit de kitscherie intense. Que dire d'Everybody Get Dangerous, alors? Rivers rappe encore, les paroles sont pourries et le middle eight me rappelle Papa Roach. Papa Roach! Evidemment, comme souvent avec Rivers Cuomo, il est difficile de savoir s'il faut prendre tout cela au premier degré, mais si je voulais de la parodie, j'irais écouter Weird Al.

La suite et fin de l'album est assez oubliable et fort peu inspirée. Rivers cède le micro sur deux morceaux, mais il n'aurait pas du. Ok, quasi chaque morceau possède au moins un bon plan, mais cela reste assez médiocre. Ceci dit, comparé à l'innommable Make Believe, c'est un mieux indéniable. Mais c'était mieux avant, ma ptite dame.

lundi 2 juin 2008

Panic At The Disco - Pretty. Odd.

Je sais, je ne suis pas censé écrire sur Panic At The Disco, mais j'ai une bonne raison : depuis qu'ils ont supprimé le point d'exclamation dans le nom, la police du bon goût nous autorise officiellement à en parler. Ben non, c'est juste que 1) l'album n'a plus rien à voir avec ces falloutboyeries emo auxquelles le groupe été accolé et 2) il n'est pas mal du tout.

Il débute par une référence métatextuelle : « We're sorry we've been gone / We were busy writing songs for you / ... / You don't have to worry / We're still the same band. » We're So Starving est non seulement un avertissement pertinent, mais une référence évidente à Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band, intro de l'album du même titre, lui-même nouvelle référence étonnante du groupe.

En effet, non seulement Brendon Urie peut chanter comme Paul McCartney dans un bon jour, mais les références beatlesiennes période Sgt Pepper's sont légion : trompettes, rythmes ou parfois une certaine complexité de structure. Il suffit d'écouter le début de The Piano Knows Something I Don't Know pour s'en persuader, et quand la référence vient d'ailleurs, c'est de la britpop anglaise des années 90 (That Green Gentleman).

Mais l'album n'est ni un pastiche ni une copie sans âme : Nine In The Afternoon est terriblement catchy, She's An Handsome Woman plein de vie, Do You Know What I'm Seeing arrive à sonner classique mais pas (trop) kitsch. On pourrait être un peu fatigué par le caractère baroque de l'ensemble, et par une certaine longueur, mais l'effort fourni est suffisamment important pour être remarqué. De plus, le bon submerge largement le reste, comme le très Beach Boys Behind The Sea fait oublier I Have Friends In Holy Spaces : trompette et ukulélé = un peu too much quand même. On est toutefois surpris par la qualité de l'écriture, qu'on attendait pas de leur part : She Had The World est vraiment bon, et c'est loin d'être le seul.

En fait, le gros point positif, c'est la folie ambiante : ils ne font rien d'attendu, de prévisible, surtout quand on pense à leurs antécédents. Behind The Sea mute en plein milieu et est suivi par un « intéressant » mais apparemment ironique Folkin' Around. Cependant, Pretty. Odd. est long, et pas facile à digérer du premier coup, comme si (et c'est sans doute le cas) le groupe avait voulu caser le plus d'éléments possible : ça déborde un peu de partout. On ressent aussi un effet de dents de scie : le très bon cotoie l'oubliable.

Pretty. Odd. n'est pas l'album de l'année, mais, pour emprunter un terme de sport US, Panic At The Disco est clairement le Most Improved Player de la saison 2008, à défaut de son MVP.

Panic At The Disco - Pretty. Odd.

Je sais, je ne suis pas censé écrire sur Panic At The Disco, mais j'ai une bonne raison : depuis qu'ils ont supprimé le point d'exclamation dans le nom, la police du bon goût nous autorise officiellement à en parler. Ben non, c'est juste que 1) l'album n'a plus rien à voir avec ces falloutboyeries emo auxquelles le groupe été accolé et 2) il n'est pas mal du tout.

Il débute par une référence métatextuelle : « We're sorry we've been gone / We were busy writing songs for you / ... / You don't have to worry / We're still the same band. » We're So Starving est non seulement un avertissement pertinent, mais une référence évidente à Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band, intro de l'album du même titre, lui-même nouvelle référence étonnante du groupe.

En effet, non seulement Brendon Urie peut chanter comme Paul McCartney dans un bon jour, mais les références beatlesiennes période Sgt Pepper's sont légion : trompettes, rythmes ou parfois une certaine complexité de structure. Il suffit d'écouter le début de The Piano Knows Something I Don't Know pour s'en persuader, et quand la référence vient d'ailleurs, c'est de la britpop anglaise des années 90 (That Green Gentleman).

Mais l'album n'est ni un pastiche ni une copie sans âme : Nine In The Afternoon est terriblement catchy, She's An Handsome Woman plein de vie, Do You Know What I'm Seeing arrive à sonner classique mais pas (trop) kitsch. On pourrait être un peu fatigué par le caractère baroque de l'ensemble, et par une certaine longueur, mais l'effort fourni est suffisamment important pour être remarqué. De plus, le bon submerge largement le reste, comme le très Beach Boys Behind The Sea fait oublier I Have Friends In Holy Spaces : trompette et ukulélé = un peu too much quand même. On est toutefois surpris par la qualité de l'écriture, qu'on attendait pas de leur part : She Had The World est vraiment bon, et c'est loin d'être le seul.

En fait, le gros point positif, c'est la folie ambiante : ils ne font rien d'attendu, de prévisible, surtout quand on pense à leurs antécédents. Behind The Sea mute en plein milieu et est suivi par un « intéressant » mais apparemment ironique Folkin' Around. Cependant, Pretty. Odd. est long, et pas facile à digérer du premier coup, comme si (et c'est sans doute le cas) le groupe avait voulu caser le plus d'éléments possible : ça déborde un peu de partout. On ressent aussi un effet de dents de scie : le très bon cotoie l'oubliable.

Pretty. Odd. n'est pas l'album de l'année, mais, pour emprunter un terme de sport US, Panic At The Disco est clairement le Most Improved Player de la saison 2008, à défaut de son MVP.

dimanche 1 juin 2008

Faith No More – The Works

Faith_No_More_The_WorksCela fait déjà dix ans que Faith No More s'est séparé. Unanimement considéré comme un des groupes les plus influents des 90s, ils ont eu la décence de ne jamais se reformer, malgré les énormes sommes d'argent qui doivent leur être proposées. The Works est déjà la cinquième compilation du groupe, mais contrairement aux précédentes, ce n'est pas un best of, mais une anthologie : par définition, elle est donc plus complète, et s'étend effectivement sur trois disques, ce qui est bien un minimum pour cerner un groupe majeur à la discographie somme toute limitée.

Dès le départ, Faith No More était inclassable. incorporant des élements de funk, de metal, de rap d'une manière inédite à l'époque, ils ont influencé tout ce qui est passé après eux, dont le nu-metal. Mais je préfère blâmer les Red Hot, c'est plus marrant.

C'est avec l'arrivée du nouveau vocaliste, remplaçant Chuck Mosely (présent ici sur trois morceaux), que FNM va prendre une autre dimension. Mike Patton apportera sa voix exceptionnellement modulable et sa folie certaine et contribuera en faire un groupe majeur : les albums The Real Thing et Angel Dust sont unanimement reconnus comme deux des meilleurs disques des années 90 ; le second est coutumier des listes d'albums influents. Mais plus que Patton, c'est la formule qui fait le génie. From Out Of Nowhere et son clavier lifté au black metal, Epic emmené par une ligne de basse monstrueuse, le rap de Patton et un refrain fédérateur : en fait, il se passe tellement de choses dans ces morceaux qu'il faudrait un article pour chacun.

Encore plus impressionnant : quinze ans après, on est toujours stupéfait par l'inventivité de morceaux qui n'ont pas pris une ride, qui sonnent aussi bien qu'au premier jour. il est vrai que lorsqu'on voit la trajectoire post-FNM de Patton, on comprend que ce mec est un malade de la musique, un génie compulsif sans équivalent. Je me mettrais presque à espérer une reformation, juste pour une tournée, comme ça, pour montrer au monde ce qu'ils étaient. Mais il vaut sans doute mieux ne pas tenter le diable.

Pour revenir à The Works, le premier disque est donc centré sur The Real Thing, et est donc, par pur truisme, parfait. Parce que malgré les bizarreries et innovations visionnaires, FNM savait écrire de très bonnes chansons pop. Falling To Pieces en est un autre exemple. Et quand le groupe écrit une ballade acoustique, c'est pour l'appeler Zombie Eaters. Enfin, juste l'intro est acoustique, après ça dégénère, forcément.

L'autre album fortement représenté est Angel Dust, moins direct mais plus expérimental, et sans aucun doute une influence majeure de plus ou moins n'importe qui qui a tenu ue guitare dans la seconde partie des années 90. Tous ses morceaux s'y retrouvent, comme le phénoménal et schizophrène Caffeine, l'implacable Malpractice. l'irrésistile poésie de Be Aggressive ou encore A Small Victory, qui débute de manière disons accessible avant de partir en tangentes. En fait, on devrait parler de chaque chanson individuellement, mais il serait bien plus simple de se procurer Angel Dust de toute urgence, un des meilleurs albums de tous les temps, voilà.

La suite de l'anthologie reprend les meilleurs moments des deux derniers albums, King For A Day, Fool For A Lifetime et Album Of The Year. Il y en a un paquet, donc l'énorme Digging The Grave ou les plus conventionnels (façon de parler) Ashes To Ashes ou The Lost Art Of Murder. Il n'empêche : le départ de Jim Martin, après Angel Dust, est clairement un point de rupture pour un groupe qui n'atteindra plus jamais le (très haut) niveau où ils se trouvaient.

Enfin, le troisième disque fait la part belle aux extraits live et autres raretés : on peut réentendre la légendaire reprise de War Pigs live à Londres ou quelques reprises. Dans ces dernières, on se souviendra d'Easy, version fidèlement ironique du hit de Lionel Richie qui offrira au groupe un succès commercial étonnant et sans aucun rapport avec le reste de sa production.

La voix de Mike Patton marque les esprits. Il est vraiment capable de tout, rappeur, crooner, hurleur : tout y est. Tout, ou presque : la myriade de projets entrepris par notre homme après la séparation de FNM y ajoutera les chapitres éructations death metal et onomatopées (Fantomas, General Patton, Moonchild, et j'en passe allégrement). Faith No More était un groupe, ceci dit, et les innovations en matière de jeu de guitare et de rythmes valent aussi le déplacement. Le guitariste Jim Martin a apparemment disparu de la circulation, mais le batteur Mike Bordin s'est fait un nom, accompagnant Jerry Cantrell et Ozzy Osbourne, entre autres.

On pourrait encore en parler pendant des heures, de la confusion des genres, par exemple : Crack Hitler incorpore du hip-hop, du metal, du funk, et des trucs qui n'ont sans doute pas encore été inventés. Faith No More est un des groupes les plus important des années 90, et ils continuent à influencer aujourd'hui. The Works démontre pourquoi, et pour cela, est une des écoutes obligatoires de 2008.