Affichage des articles dont le libellé est Ressorties et Compilations. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ressorties et Compilations. Afficher tous les articles

samedi 13 novembre 2010

Weezer - Pinkerton (1996, Deluxe Edition)

La chronique originale a été publiée sur le webzine Shoot Me Again, cliquez sur le texte ci-dessous pour la lire.

Spotify : Pinkerton Deluxe Edition


dimanche 24 octobre 2010

Soundgarden - Telephantasm

L'information a peu circulé, mais elle est pourtant authentique. Quand Chris Cornell a tweeté, le 1er janvier 2010, que "The Knights of the Sound Table ride again", la réunion de Soundgarden n'avait pas dépassé le stade embryonnaire. La déclaration était très prématurée, le groupe s'était juste réuni pour discuter sortie d'un album de raretés, voire d'un coffret. Cornell, dont la carrière était devenue la risée de tous, aura pourtant atteint son but : tout le monde a pris la déclaration comme officielle (Cornell s'est défendu en assurant qu'il parlait juste du fan club de Soundgarden), et petit à petit, le groupe s'est laissé convaincre par l'intérêt d'une reformation.


Soundgarden n'est jamais que, grosso modo, le 137e groupe des nineties à se reformer. Mais presque un an après l'autoscoop de Cornell, la situation de Soundgarden est bien différente de, disons, Stone Temple Pilots ou Faith No More. Trois concerts et rien de concret de prévu, ni sur scène, ni sur disque. La faute au batteur Matt Cameron, qui a rejoint Pearl Jam en 1999 et a prévenu dès le départ qu'il jouerait avec Soundgarden entre les tournées et sessions de Pearl Jam, ce qui laissait donc une douzaine de jours par an. A moins que Pearl Jam entame une longue pause dans leur carrière (ce qui n'est jamais arrivé en vingt ans), il est donc probable que Soundgarden ne se relance pas vraiment. Telephantasm, leur première compilation représentative, est censée nous dire si on doit le regretter. Contrairement à A-Sides (1997), disque hâtivement compilé suite à leur séparation, Telephantasm tend à être un aperçu complet de la carrière d'un des quatre titans de Seattle. Exactement comme A-Sides, Telephantasm n'y arrive que par moments, laissant au final un sentiment de gâchis et de travail mal fait.


Pourtant, ça commence bien, avec carrément un morceau d'histoire : All Your Lies est extrait de ce qui est une de deux compilations fondatrices du grunge (il fallait bien que je sorte "le" mot), Deep Six, sortie en 1986. Le premier morceau de bravoure est Beyond the Wheel : Kim Thayil réinvente Black Sabbath, alors que Chris Cornell sort une performance vocale absolument époustouflante. Beyond the Wheel, comme la majorité des deux premiers albums du groupe (Ultramega OK et Louder Than Love) est résolument anti-commercial, lourd, puissant et terriblement impressionnant. C'est simple : personne n'a jamais chanté comme ça. Malheureusement, Telephantasm n'inclut que quelques morceaux de cette époque, dont le parodique Big Dumb Sex et une version live assez pourrie de Get on the Snake. Ce sont là les deux défauts de la compile, on en parlera.


Badmotorfinger sort en 1991, et là, évidemment, on rigole moins. 1991, c'est en même temps le début du grunge, et sa mort. En quelques mois, outre Badmotorfinger, sort Ten (Pearl Jam) et Nevermind (Nirvana), le grunge passe à la tv, Vedder se suspend aux échafaudages, Cobain devient le symbole d'une génération, Staley attend son heure et Weiland affute sa VHS. Pour Soundgarden, c'était le début de la seconde étape, celle de l'accessibilité. Les deux premiers albums étaient bien trop tordus pour pouvoir se vendre, et Badmotorfinger, probablement leur chef d'oeuvre, allait commencer à changer ça. Room A Thousand Years Wide montre le ton, un son moins brutal, plus mélogique, plus "écrit". La voix de Cornell devient plus enragée, mais le groupe ne quitte pas la bizarrerie pour autant, avec un coda de trompette et saxo, qui fait que, comme souvent, le morceau se traîne en longueur.


Rusty Cage sera le premier hit du groupe, et a même connu les honneurs d'une reprise par Johnny Cash. Thayil n'en avait évidemment pas besoin, lui qui maîtrisait, à ce moment, la science du riff et du son parfait, aussi exprimé dans le sec Outshined et le flamboyant Slaves and Bulldozers. C'est lourd, mais totalement écoutable. C'est aussi fantastique. Malheureusement, Jesus Christ Pose est présent en version live, à son détriment. Pour différentes raisons, Soundgarden n'a jamais sonné aussi bien live qu'en studio, à l'exception possible de Matt Cameron. L'époque Badmotorfinger se termine avec le quasi hardcore Birth Ritual, présent sur la légendaire BO de Singles, et l'"inédit" passable Black Rain, qui clôture le second disque.


On peut donc passer à l'explosion commerciale. MTV, à l'époque, était le media de base pour vendre du disque, il fallait donc faire de beaux clips. Voici donc Black Hole Sun, qu'on ne présente plus. En plein dans la période obsessionnelle Beatles de Cornell, BHS est un morceau passable mais qui décroche la lune à ses auteurs, et leur plus gros hit, leur "belle" chanson. Les autres extraits de Superunknown sont moins soft, mais aussi moins aventureux que ce qui précède, tout en restant tout à fait appréciables, surtout My Wave et Spoonman. On peut quand même se demander pourquoi Let Me Drown a été omis de la compile, mais il faut toujours faire des choix. Comme celui d'avoir pris l'inférieure version vidéo de Fell On Black Days.


Et puis, la merde a atteint le ventilateur. On pouvait déjà le pressentir : le talent de Soundgarden, ce qui les rendait unique (en gros, un guitariste qui faisait passer Tony Iommi pour un jazzman et un chanteur qui pouvait surpavarotter Pavarotti), se diluait petit à petit. Et alors que leurs contemporains connaissaient des fortunes diverses, Soundgarden s'est mis dans le soft rock chiant, avec un chanteur plus proche de Céline Dion que de Robert Plant. Down on the Upside est un chant du cygne indigne de la légende du groupe, et Telephantasm aggrave encore le cas, en choisissant des versions live boîteuses, dont un Pretty Noose carrément horrible. La séparation du groupe était aussi logique qu'inévitable.


Telephantasm donne une impression mitigée, limite désagréable. Oh, les morceaux sont bons (surtout le premier disque), mais les deux gros défauts de la compile (surreprésentation de la seconde période, présence de versions live foireuses) pourraient faire croire que Soundgarden était le groupe surestimé du Big Four de Seattle. Pendant ce temps, Alice in Chains nous a fait le coup du phénix, Pearl Jam vieillit avec grâce et Nevermind n'a pas pris une ride.


Spotify : Telephantasm

dimanche 19 septembre 2010

The Beatles - Revolver (1966)

Oui, bon, je suis un peu en retard. Les remasters sont sortis il y a maintenant plus d'un an, et je ne suis qu'à la moitié de la série. Qu'importe, parce que maintenant, on arrive à ce qui est peut-être la plus exceptionnelle série de quatre albums de l'histoire de la musique enregistrée. Depuis leurs débuts, les Beatles ont sans cesse progressé, passant de reprises aux compositions persos, de mélodies pop aux expériences bien plus complexes, de chansons d'amour à ... autre chose. Revolver représente le moment précis où les Beatles détruisent sans aucune hésitation les canons pop de l'époque pour faire non seulement un des meilleurs albums de tous les temps, mais aussi un des plus importants. Pour preuve : l'organe officiel du Saint Siège, L'Osservatore Romano, l'a nommé meilleur album pop de tous le temps, en février 2010. Beat THAT, Radiohead.


Comme de coutume à l'époque, l'album fut précédé d'un 45 tours. On reparlera des morceaux lors de la chronique de Past Masters 2, mais il s'agissait peut-être du 7" le plus important du groupe (bien que Strawberry Fields Forever/Penny Lane lui dispute l'honneur) : Paperback Writer, son riff acéré et sa basse puissante annonce le heavy metal, alors que Rain est souvent cité comme meilleure face B ever.


Revolver est un album très varié, sans réelle cohérence entre les morceaux. Il faut dire que les albums concepts n'existaient pas encore, et vu la vitesse à laquelle il fallait sortir des disques, à l'époque, la cohésion n'était pas vraiment la première préoccupation de musiciens et producteurs. Cependant, on peut dire que si Rubber Soul était plutôt ancré dans le folk, Revolver est résolument rock. Les compositions de John Lennon sont généralement emmenées par des guitares mises en avant comme jamais auparavant : She Said She Said et And Your Bird Can Sing préfigurent, avec Paperback Writer, un combo plus rock, par exemple celui de Revolution. Mais les Beatles n'ont de toute façon jamais été un simple groupe rock, il y en avait déjà assez sur le marché. Revolver n'est pas l'album de John Lennon, malgré ses excellentes contributions : outre les deux morceaux précités, on peut aussi parler de l'explicite Dr Robert (le Dr Greenthumb de Cypress Hill, trente-cinq ans avant, et pour des drogues nettement plus efficaces) ou I'm Only Sleeping, complainte probablement liée aux substances récréatives en question.


C'est par contre l'album où George Harrison embrasse un rôle proéminent de compositeur, à tel point qu'on lui offre le premier morceau de l'album, le sarcastique Taxman. Le ton Harrison était né : des influences indiennes plus ou moins marquées (comme sur le très hippie Love You To), et des paroles mettant en évidence la confusion de son auteur (I Want to Tell You) ou son engagement politique, avec donc ce Taxman critiquant très directement les impôts anglais qui, il est vrai, empochaient 90% des bénéfices du groupe. Taxman est emmené par un riff vicieux et un McCartney au four et au moulin (lead guitar, basse, terrible solo). Car oui, cette fois, c'est Paul McCartney qui est la star de l'album. Son premier morceau, Eleanor Rigby, est juste somptueux. Comme son hit précédent, Yesterday, il est le seul Beatle présent sur l'enregistrement, la musique étant fournie par deux quatuors à cordes. Musicalement, Eleanor Rigby est un fantastique exemple de la transformation (progressive, mais effective) de simple groupe pop en entité expérimentale. Cela se ressent aussi au niveau des paroles. Les deux protagonistes de l'histoire se sentent seuls : Eleanor assiste à un mariage qui ne sera jamais le sien, et meurt dans l'indifférence, alors que le Père MacKenzie donne son sermon, chaque semaine, dans une église vide. Le célèbre refrain n'apporte aucune résolution heureuse : "Ah, look at all the lonely people, where do they all belong". Pourtant, le 45 tours se retrouvera quand même au sommet des charts anglais, devenant le hit single le plus sombre de l'époque.


Quand McCartney veut faire dans le marrant, il écrit une pure chanson pour enfants, la donne à Ringo, et ça fait Yellow Submarine. Comme gimmick, elle est très bien, mais c'est de loin le morceau le moins intéressant de l'album, destiné à faire chanter des enfants de 6 ans pour les 36 générations à venir. Mais quand McCartney veut faire autre chose, son génie explose. For No One, une chanson baroque poignante sur la fin d'une relation ("She no longer needs you"), aux antipodes des mélodies d'amour des débuts du Fab Four. Good Day Sunshine, l'archétype du tube estival, enjoué, positif, et qui ne comporte même pas de guitare. Got to Get You Into My Life, avec l'incorporation d'une section de cuivres sur un morceau qui parle, évidemment, de marijuana. Ou encore, et surtout, Here There and Everywhere, une des plus belles mélodies jamais écrites et qui est, quant à elle, une pure chanson d'amour. Et dont la magnificence dépasse les mots.


Mais si une création dépasse les mots, c'est bel et bien le dernier morceau de l'album, Tomorrow Never Knows. On est en 1966, et le groupe qui représente encore la quintessence du groupe pop pond trois minutes de bruit magnifique, fait de samples, de drones, de la voix de Lennon passée à travers un cabinet Leslie, de guitares inversées, d'une batterie irrégulière totalement barrée, de paroles qui ne laissent aucun doute sur les substances consommées par ses créateurs. Tomorrow Never Knows est un coup d'oeil dans le futur, un cas excessivement rare dans l'histoire. Les Beatles ont posé les jalons de la house, du hip-hop, et que sais-je encore. Il suffit d'écouter Setting Sun des Chemical Brothers : la batterie est exactement la même. Dans les mois à venir, le groupe sortira ce qui reste encore leur album le plus célèbre, puis pétera complètement un plomb, avant de sortir... leur meilleur album. Quelle folie.

dimanche 8 août 2010

Queens of the Stone Age – Rated R (Deluxe Edition)

Queens of the Stone Age n'est plus vraiment le même groupe aujourd'hui par rapport à Rated R, leur second album et celui qui les aura lancé dans le mainstream. A l'époque, Josh Homme était toujours connu comme ancien guitariste des légendes stoner Kyuss, et avait sorti un premier album discret mais remarqué. Pour Rated R, il s'est adjoint les services de Nick Oliveri, qui aura aussi servi quelque temps chez Kyuss avant de se faire virer. Leurs concerts étaient épiques, surtout quand Oliveri oubliait ses vêtements, et se servait d'une basse très... basse comme extension d'une virilité qui lui jouera des mauvais tours dans le futur.

Dix ans après, Josh Homme est le seul membre restant dans le groupe. Oliveri se sera fait une nouvelle fois virer, quelques batteurs se seront succédés (dont Dave Grohl) et Queens of The Stone Age, qui aura sorti trois albums depuis, n'est plus finalement que le projet solo de Josh Homme, ce qu'il aura peut-être finalement toujours été. Enfin, il faut aussi mentionner que Homme a multiplié les projets parallèles, comme Eagles of Death Metal, la production du dernier Arctic Monkeys ou plus récemment Them Crooked Vultures, avec Grohl et John Paul Jones.


Rated R
 est un album fantastique, et effectivement extraordinaire. Il réussit à montrer le talent de compositeur et de musicien de Homme par des morceaux toujours excellents, qui ne vont jamais où on les attend, et d'une variété étonnante. Un hilarant critique de l'époque avait parlé de Rated R comme un album de heavy metal "léger", ce qui est aussi ridicule que sémantiquement discutable. Rated R est un album metal, sans doute, mais d'un metal qui n'avait pas encore de prédecesseur, un metal qui n'en fait qu'à sa tête, et qui n'a pas peur d'envoyer des refrains bizarres (Monsters in the Parasol), des mélodies pop (The Lost Art of Keeping a Secret), des harmonies vocales (oui, c'est Mark Lanegan) ou encore le morceau politiquement totalement incorrect Feel Good Hit of the Summer, avec choeurs de Rob Halford - assez metal pour vous?


Alors qu'on s'est peut-être trop concentré sur l'album suivant, Songs for the Deaf, comme album ultime du groupe (choisir, c'est mourir un peu), Rated R est le plus varié, peut-être effectivement le plus léger, mais c'est sans tenir compte de Quick and to the Pointless, ou le vraiment cinglé I Think I Lost My Headache, et ses trois minutes finales à la trompette. Too much, évidemment, mais Rated R est tellement révolutionnaire qu'on peut tout leur passer.


La ressortie remasterise très bien l'album original, lui conférant un son clair et extrêmement précis, et ajoute un second cd de faces B, dont l'excellemment violent Ode to Clarissa et la reprise marrant du You're So Vain de Carly Simon (les fans de Nine Inch Nails doivent connaître) et un concert du Reading Festival, où un Josh Homme probablement pas à jeun préface les quatre premiers morceaux par "This is a song for you". Le concert, et le disque se termine avec une version basique du morceau des Desert Sessions "Millionaire", qui ouvrira quelques temps après Songs for the Deaf.


Après avoir parcouru le monde avec sa bande de vautours tordus, Homme a remonté Queens of the Stone Age le temps de quelques concerts en août, et, espérons-le, un nouvel album. Josh Homme et Queens of The Stone Age occupent un très important chapitre dans l'histoire du rock contemporain, chapitre qui continue à s'écrire. Rated R est un des morceaux de choix, et un album immanquable, qui n'a pas encore livré tous ses secrets.

Blip.fm : Better Living Through Chemistry, Feel Good Hit of the Summer
Spotify : Rated R (Deluxe Edition)

samedi 6 février 2010

The Beatles - Rubber Soul (1965)


Quatre mois après la chronique de la première partie de Past Masters, je reviens sur la déjà légendaire série de remasters du catalogue des Beatles. Past Masters Volume One terminait peut-être une certaine époque, celle des morceaux "simples", ou moins expérimentaux que ceux qui allaient suivre. Rubber Soul est l'album charnière, celui où la sensibilité pop des Beatles est toujours présente (même si, finalement, elle ne partira jamais) mais où le groupe commençait sérieusement à voguer vers d'autres horizons.



Rubber Soul voit les quatre gars de Liverpool embrasser une world music naissante en Europe, découvrir certains paradis artificiels, écrire autre chose que des chansons d'amour, expérimenter un peu partout tout en écrivant des mélodies belles à mourir. Tout cela en trente-cinq minutes.



Drive My Car entame l'album avec un duo Lennon/McCartney qui commence à sérieusement se foutre des conventions : Drive My Car est au mieux une chanson sexiste sur une groupie tournée en bourrique, au pire une métaphore sexuelle douteuse ("baby you can drive my car, and maybe I'll love you"). Mais le morceau est bon, la basse de McCartney légendaire de propulsion. Paul McCartney qui, après avoir écrit ce qui restera à jamais sa chanson la plus connue (Yesterday), se la joue cette fois plutôt profil bas avec seulement trois compos exclusives. Mais comme on y retrouve le délicieux Michelle et l'hypermélodique You Won't See Me, on ne se plaindra pas, surtout que le rôle de bassiste de Paulo est une fois de plus bien rempli, notamment avec l'ajout - révolutionnaire - d'une fuzzbox sur Think For Yourself, excellent Harrison bénéficiant donc de deux lignes de basse complémentaires.



On l'aura compris, Rubber Soul est plutôt un album Lennon. Avec Nowhere Man, il écrit ce qui doit être la première chanson des Beatles qui ne parle pas d'amour du tout, mais plutôt de lui-même, dans un style autocritique qu'il utilisera fréquemment par la suite. Girl exposera au grand jour, et sans (trop d') ambiguïté, l'intérêt évident du fab four pour les "substances créatrices" : les inhalations du refrain se réfèrent à la prise de marijuana, et le rythme fait de "tit-tit-tit" n'a forcément pas été écrit dans un état sobre. Lennon a aussi, et surtout, livré Norwegian Wood (This Bird Has Flown). Écrite autour de paroles se référant à une aventure extraconjugale qui tourne relativement mal (le protagoniste, en colère parce que son aventure refuse de le faire dormir ailleurs que dans la baignoire, boute le feu à la maison), la chanson est surtout connue pour l'utilisation d'un sitar, la première fois pour un groupe rock. George Harrison allait continuer l'exploration de cet instrument et de toute la mythologie indienne l'entourant (avec des résultats mitigés, on le verra), mais ce crossover entre le rock et la musique traditionnelle indienne allait contribuer à créer un nouvel genre musical occidental : la world music. Enfin, quand Lennon n'expérimente pas trop, il livre le touchant et réflexif In My Life.



Rubber Soul possède une autre particularité très importante : c'est un des premiers exemples d'un album pop conçu dans sa totalité, et pas comme une collection de morceaux rallongés par quelques fillers. C'est en tout cas l'avis de Brian Wilson, qui, inspiré par l'album, s'est mis en tête de faire mieux : Pet Sounds sera le résultat, qui inspirera à son tour Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band. Ceci dit, on pourra quand même reprocher un ou deux morceaux moins importants, dont Wait, chute du précédent album qui a justement été ajouté car il en manquait un pour boucler le disque. On ne reviendra pas trop sur Run For Your Life, que Lennon qualifiera de pire morceau qu'il ait jamais écrit.



Tout cela ne saurait bien sûr pas gâcher l'héritage de Rubber Soul, antichambre d'un véritable exploit : les quatre albums qui vont suivre sont tout simplement la séquence d'albums la plus extraordinaire de l'histoire du rock and roll, et quatre candidats absolus au titre de Meilleur album de tous les temps, si seulement quelqu'un était assez stupide pour y penser. L'expérimentation entamée ici ne fera que prendre plus d'importance, et ceci dès Revolver. Avant cela, le groupe aura gardé deux morceaux pop pour un ébourriffant single : Day Tripper / We Can Work It Out. Mais personne, à l'époque, ne pouvait imaginer ce qui allait suivre.

dimanche 8 novembre 2009

Foo Fighters – Greatest Hits

Dave Grohl pestait récemment contre l'obligation contractuelle de sortir un best of. Non seulement il pensait que c'était bien trop tôt, mais il regrette également ne pas avoir été consulté sur un tracklist qu'il juge faible. Force est de constater qu'il a pleinement raison, tant ce Greatest Hits est une insulte à ce que représente les Foo Fighters, et je ne suis même pas spécialement fan.

Le groupe existe depuis 1995, ou du moins de nom, vu que le premier album était un projet solo de Dave Grohl, alors ex-batteur de Nirvana. Quatorze ans après, six albums, une notoriété qui les a conduit à remplir le stade de Wembley... et un Greatest Hits de 12 morceaux connus? Oui, c'est carrément ridicule. L'album comprend, en gros, les douze morceaux les plus célèbres du groupe, un extrait du live Skin & Bones, une version acoustique (stellaire) d'Everlong et deux inédits médiocres, probablement raclés d'un fond de tiroir. Heureusement, on a du très bon, notamment les immenses Everlong et Monkey Wrench, mais on perd tout un pan du groupe, surtout le côté plutôt agressif/punky, ici, on se concentre sur les midtempos vaguement énervés, comme Times Like These ou l'aseptisé Long Road To Ruin. Le maladroit employé qui a compilé cette chose a aussi raté l'occasion d'inclure l'excellent (mais encore trop "violent") The One sur un album.

Maintenant, que l'on ne s'y trompe pas : les Foo Fighters, aussi sympathiques puissent-ils être, ne seront jamais un grand groupe. Mais ils méritaient, et méritent toujours autre chose que ceci, une stupide opportunité mal fagotée de se faire du fric rapidement. Heureusement qu'on peut toujours faire confiance à Dave Grohl : le prochain album sur lequel il joue arrive dans quelques jours, et est sans doute le plus attendu de l'année...

vendredi 9 octobre 2009

The Beatles – Past Masters Vol. 1 (1988)

Histoire de terminer ce qu'on a souvent tendant à appeler la première moitié de la carrière des Beatles, j'ai choisi de couper en deux le double Past Masters, qui était d'ailleurs disponible pré-remaster en deux volumes. Le concept Past Masters est simple : ce sont tous les morceaux des Beatles sortis en face B de single, ou en EP, mais pas en album. Ils ont été compilés pour la sortie cd de 1988, et sont donc évidemment remastérisés ici. Comme toute compilation de face B, on retrouve du dispensable, mais comme, à l'époque, les singles (45 tours) se retrouvaient rarement sur album, on a des très gros morceaux de choix.

Love Me Do commence la compilation, une version différente avec Ringo Starr derrière les fûts, et une basse plus puissante. Cette version est nettement plus dynamique que celle du premier album, dès leur premier single, les Beatles ont réussi à faire ce que personne n'avait fait avant eux. From Me To You, sympathique, leur offre leur tout premier numéro 1, mais montre clairement les limites du remaster stéréo : les voix ne sont audibles que du côté droit, ce qui donne une impression vraiment dérangeante. Comme c'est généralement le cas pour les premiers albums (au moins les quatre premiers), on préférera les monos, tout en regrettant qu'ils ne soient disponibles que dans un boxset très limité et assez cher.


Les deux morceaux de bravoure de l'album sont She Loves You et I Wanna Hold Your Hand, deux popsongs inouïes de perfection sonore. Les "yeah yeah yeah" de She Loves You auront probablement toujours une implication dans les chansons pop de l'année 2115, et le rythme imprimé par le duo McCartney/Starr est toujours impressionnant aujourd'hui. Ces deux extraits exceptionnels sont aussi repris en allemand, ce qui fait sourire une fois ou deux. Le reste de l'album n'est pas désagréable, bien sûr, mais n'arrive plus à ce niveau, même si le riff dantesque (et les expériences de feedback) de I Feel Fine et le rock n roll pied au plancher de I'm Down s'y rapprochent. Forcément indispensable, cette demi-compile clôture donc une époque, même si la transition avec
Rubber Soul pouvait déjà se faire sentir.

mercredi 30 septembre 2009

The Beatles – Help! (1965)


La Beatlemania ne semblant jamais se terminer, les financiers derrière le Fab Four continuent à traire la vache à lait le plus possible. Help! est en effet la bande originale d'un nouveau film avec nos quatre garçons dans le vent comme héros. Une fois de plus, ce qui nous intéresse, c'est la musique, et quelle musique. Si les quatre premiers albums ne sont qu'un apéritif pour ce qu'il allait arriver, Help! est le point culminant des préliminaires (oui, les doubles métaphores dans une seule phrase, c'est lourd, je les laisse pour l'exemple ;-) ). Nous sommes quelques mois avant le moment qui verra le groupe passer de popact aux qualités indéniables à groupe le plus important de tous les temps. Help! sera postérieurement reconnu comme plaque tournante entre les deux niveaux.

Des Beatles-groupe rock 'n roll propret, on ne retiendra ici que les fillers (enfin, façon de parler) The Night Before, Another Girl et Tell Me What You See ou encore l'obligatoire morceau lourdingue chanté par Ringo Starr (Act Naturally). De même, on retiendra les qualités de It's Only Love et I've Just Seen a Face, qui change de rythme de manière totalement inattendue, un des premiers exmeples d'une technique qui sera souvent utilisée dans le futur. Le reste est phénoménal. Help!, le morceau titre, est la pop song parfaite, si ce n'est pour les paroles : Lennon appelle clairement à l'aide, déjà troublé par la célébrité et tout ce qui l'entoure. Il le restera pour les quinze années à venir. Le rythme est frénétique, et ouvre la voie au rock 2.0 : Ticket To Ride.

Lennon avait fièrement remarqué que Ticket To Ride était la première chanson heavy metal, et il n'a peut-être pas tort. La batterie de Ringo est proprement ahurissante, tout comme la basse drone de MCCartney. Macca qui se paie le luxe de jouer de la lead guitar, et quelle guitare. Ticket To Ride est un des plus grands morceaux de l'histoire du rock 'n roll, et un des plus importants. 44 ans après, et aussi cliché que cela puisse être, il n'a pas pris une ride. Ailleurs, Lennon continue à tirer son inspiration de Bob Dylan, et le magnifie : You've Got To Hide Your Love Away reste un classique éternel. Et tant qu'on parle de classique éternel...

Plus de trois mille versions connues, Yesterday est la chanson la plus reprise de tous les temps. La légende raconte que Paul McCartney a composé toute la mélodie dans un rêve, s'est rapidement levé pour l'enregistrer, avant de se lever le lendemain totalement paniqué : et s'il avait plagié un autre morceau sans s'en rendre compte? Il a bien du se rendre à l'évidence : non, Yesterday est à lui. Tellement à lui qu'il est le seul Beatle présent sur l'enregistrement, accompagné d'un quatuor à cordes. Inutile d'en parler davantage, Yesterday et ses deux parties emmêlées est un morceau simplement magnifique de retenue et de lyrisme, qui mérite, lui, d'être dans le top 3 des morceaux des Beatles les plus connus (je suis nettement plus sceptique par rapport à Let It Be et Hey Jude, mais on y reviendra).

Aussi superbe est-il, Yesterday marque la fin d'une époque. Les connaissances bien inspirées du groupe vont bientôt leur faire connaître les joies de certaines substances récréatives, alors qu'ils vont prendre un contrôle de plus en plus complet de leur création artistique (parce que mettre Dizzy Miss Lizzy juste après Yesterday, c'est lourd). C'est ainsi que le prochain album, Rubber Soul, entame la quintette des albums extraterrestres, qui devraient sans doute se trouver dans n'importe quel top 10, si on ne trouvait pas que 5 sur 10, c'est quand même un peu beaucoup. Mais avant Rubber Soul, je clôturerai cette page avec le premier disque de Past Masters, compilation des faces B et morceaux hors album.

vendredi 25 septembre 2009

The Beatles – Beatles For Sale (1964)

A notre époque, deux ans entre deux albums, ce n'est pas bien long, un intervalle moyen. Mais dans les années 60, il fallait sortir quelque chose tous les deux mois, parfois au détriment de la créativité. Beatles for Sale est le quatrième album du groupe, et suit le (très bon) single I Feel Fine. Difficile de vraiment savoir si le titre est très second degré, mais BFS est une sorte de retour en arrière pour les Beatles, qui, après avoir sorti le 100% original A Hard Day's Night, se voit de nouveau obligé de refaire quelques reprises pour sortir un album assez long. Malgré le fait que Beatles for Sale soit un album mineur, il n'est pas pour autant dénué d'intérêt.

Par exemple, le style de composition de John Lennon tend maintenant à quitter les classiques compositions d'amour. Il est plus incisif, parfois plus sombre. No Reply, I'm a Loser, n'auraient jamais pu se retrouver plus tôt dans leur discographie. Ce dernier morceau prouve d'ailleurs que Lennon a été influencé par un compositeur dont on entendra encore parler, un certain Bob Dylan. I Don't Wanna Spoil The Party revendique des influences country, alors que Eight Days A Week est le morceau que l'histoire retiendra comme l'extrait de choix. Il est intéressant de noter qu'avec ce morceau, les Beatles (et George Martin) ont commencé à multiplier les prises pour expérimenter. Ces expérimentations allaient bien sûr être la base même des futures compositions du groupe.

Les reprises sont généralement assez peu mémorables, notamment Mr Moonlight, souvent considérée comme la plus mauvaise performance enregistrée des Beatles. La voix de Lennon avait définitivement besoin de repos. Heureusement, il assure totalement Rock 'N Roll Music (Chuck Berry). Macca, quant à lui, n'a pas fourni grand chose ici, même si What You're Doing et Every Little Thing sont assez sous-évaluées. Il allait bientôt écrire un ou deux trucs sympas pour Help!, de toute façon.

Beatles for Sale restera donc un des seuls albums mineurs des Beatles, et surtout, il marque la première fois que leur nouvel album est moins bon que le précédent. Mais au vu de ce qui va suivre, cela n'a pas beaucoup d'importance.

vendredi 18 septembre 2009

The Beatles – A Hard Day’s Night (1964)


Les Beatles étaient le plus gros groupe du monde. La Beatlemania régnait partout, et tant qu'à faire, autant tirer sur la corde autant que possible, en suivant la mode de l'époque : mettre les popstars dans des films. A Hard Day's Night accompagne le film du même nom, du moins la face A du disque. Ces films ne m'ont jamais intéressé, mais l'album, quel album. Premier album du groupe a ne comprendre que des compositions originales, il contient hit sur hit, dès le premier accord du morceau-titre, peut-être l'accord le plus connu de l'histoire du rock 'n roll. A Hard Day's Night est fantastiquement frénétique, mélodique et étonnamment complexe. John Lennon a parfaitement appris les leçons des reprises, et les surpasse maintenant avec ses originaux. Lennon, qui a d'ailleurs composé une majorité de l'album, comme I Should Have Known Better, If I Fell et ses harmonies vocales ou Anytime At All.

Mais c'est peut-être les morceaux de McCartney qui impressionnent le plus. And I Love Her est proche de la perfection, alors que Things We Said Today a une telle recherche mélodique qu'on pourrait écrire un morceau à partir de chaque ligne. Même si McCartney s'occupait plutôt des morceaux "calmes", il a écrit Can't Buy Me Love (Ringo!), l'autre grand classique rock 'n roll de cet album. Dès ce moment, de toute façon, ce ne sont plus les morceaux "connus" qui font la différence. Chaque morceau vaut la peine d'être (ré)écouté, car le groupe est vraiment en pleine possession de leurs pouvoirs de poprockers mélodiques. Ils continueront encore pendant deux albums, avant de devenir, bien sûr, totalement dingues.

A Hard Day's Night, qui pêche peut-être par une seconde face moins percutante, est donc le premier excellent album du groupe. Ils feront plus bizarre, plus expérimental, et sans doute meilleur, mais en ce qui concerne la pop song parfaite, elle est ici. P
as d'inquiétude cependant : si vous l'avez ratée, elle reviendra.

lundi 14 septembre 2009

The Beatles – With The Beatles (1963)


Album numéro 2, With The Beatles et son titre kitschissime ne fera que confirmer la légende. Il détrôna Please Please Me des charts anglais pour lui même s'y installer pendant 21 semaines, portant les Beatles pendant presque un an au sommet. Pourtant, c'est probablement le moins bon album du groupe, le plus faible. Enregistré et sorti rapidement pour capitaliser sur leur immense succès, il reprend le même concept que son prédécesseur : six reprises (RnB/Motown) et huit originaux, dont, pour la première fois, un morceau de George Harrison (le dispensable Don't Bother Me).

On ne s'y attardera donc pas trop, même s'il comprend tout de même quelques passages intéressants, dont le mémorable All My Loving, montrant déjà le sens inné de la mélodie qui sera la marque de Paul McCartney pour les années à venir. En fin d'album, le superbe And I Love Her préfigure un certain Yesterday, et on notera aussi le méconnu Not a Second Time. Sinon, on remarque vite que l'album a été conçu comme photocopie de Please Please Me, avec Roll Over Beethoven pour "faire" Twist and Shout, par exemple.

Mais il faut tenir compte du fait que c'est tout de même le second album du groupe en six mois et qu'à l'époque, on alternait albums et singles : les Beatles venaient de sortir l'excellent She Loves You, alors que le non moins fantastique I Wanna Hold Your Hand allait suivre un mois après. On reparlera des morceaux non-albums lorsqu'on parlera des Past Masters, bien sûr. With The Beatles restera toujours connu comme le second album des Beatles, sans doute le moins intéressant, mais la rampe de lancement vers l'album qui définira la Beatlemania, A Hard Day's Night.

jeudi 10 septembre 2009

The Beatles – Please Please Me (1963)


And so it begins... La série, qui s'entame donc aujourd'hui, de chroniques des albums remasterisés des Beatles n'est pas censée (ré)écrire l'histoire des quatre de Liverpool, mais sera simplement un point de vue très subjectif. L'oeuvre des Beatles est profondément ancrée dans son époque, c'est pourquoi je ne peux que conseiller la lecture du fantastique Revolution In My Head, de Ian Macdonald, qui non seulement analyse chaque morceau du groupe, mais replace le tout dans son contexte.

En quelques mots, le contexte de Please Please Me est simple. L'industrie du disque est fort différente de maintenant, et voulait à l'époque capitaliser sur un jeune groupe qui créait des vagues, notamment grâce à leurs shows en résidence au Cavern Club de Liverpool. C'est donc tout naturellement que l'album correspond à leur setlist de l'époque, et qu'il a été largement enregistré live en studio. Le succès est immense : trente semaines numéro 1 des charts britanniques, et le point de départ d'une légende, qui est aujourd'hui remise à neuf grâce aux remasters mono et stereo.

Au risque de commetre un blasphème, je ne suis pas un grand amateur des premiers albums. Please Please Me semble être reconnu comme le meilleur de la période "rock 'n roll" du groupe, et c'est vrai qu'il est intéressant à plusieurs égards. Mais il est très très loin d'attendre l'invraisemblable brillance que le Fab Four atteindra à plusieurs reprises quelques années plus tard. En fait, la principale qualité de l'album n'est même pas musicale, c'est ce qu'il représente : pour la première fois, un groupe de musiciens "pop" sort un album sur lequel ils chantent (tous, même), jouent de leurs propres instruments (avec notamment une section rythmique McCartney/Starr très solide) et composent une majorité de morceaux (huit sur quatorze). Ce qui n'était pas évident du tout à l'époque.

Parlons tout de même un peu de musique. Forcément, c'est brut et primitif, on est tout de même en 1963. Et même s'il ne faudra que quelques années pour que les Beatles (et certains de leurs pairs, n'oublions pas) révolutionnent la musique populaire, ici, c'est le début. On sent un groupe qui se cherche, notamment au niveau des voix : les cinq premiers morceaux voient quatre lead vocalistes différents se succéder. Quatre vocalistes qui d'ailleurs, chantent juste. De même, les contraintes de production et de marketing font que les compositions personnelles ne doivent pas s'éloigner trop des reprises. Il n'empêche que les toutes premières compositions estampillées Lennon/McCartney (pas encore de compos de Harrison) sont souvent meilleures que les reprises, et comprennent déjà quelques éclairs de génie, comme la ligne de piano de Misery, ou le rythme probablement indécent de Love Me Do (batterie jouée par Andy White, la version Ringo étant encore plus puissante).

I Saw Her Standing There et Please Please Me sont sans doute les deux autres originaux qui sortent du lot, mais c'est la reprise finale qui restera le morceau de choix de l'album. Enregistré en toute fin de session, Twist and Shout est électrique, et aussi puissant qu'un morceau pop pouvait être à l'époque. La voix de John Lennon, qui était préservée jusque là, se rapproche de la rupture, et montre à quel point ces quatre-là possédaient des talents complémentaires hors pair. On n'avait encore rien vu.

vendredi 19 juin 2009

Blur – Midlife : A Beginner’s Guide to Blur

Lors de la première vie de Blur, avant le récent et sensationnel retour de Graham Coxon, un Best Of était sorti, en 2000. Il avait été sévèrement critiqué, voire ridiculisé, car il ne comprenait que les gros succès du groupe, étant ainsi plus proche d'un Greatest Hits, et omettant ainsi énormément d'excellents morceaux d'album. Midlife (évidemment une opportunité d'encaisser du pognon sur le dos de leur tournée estivale, mais c'est comme ça que le business fonctionne, maintenant) corrige le tir, en modifiant drastiquement la liste des chansons.

Non seulement Midlife ajoute une quinzaine de morceaux, mais il en retire aussi sept, ce qui peut sembler étonnant. Néanmoins, malgré leur succès commercial, Country House et Charmless Man ne constituent pas vraiment des morceaux de choix, contrairement à To The End ou No Distance Left To Run, mais il fallait faire des choix. De même, pas d'inédits. On aurait sans doute pu racler les fonds de tiroirs, mais non, on a ici simplement 25 extraits déjà connus (et quelques versions alternatives). Enfin, les modifications ont sans doute aussi un but commercial, le pauvre gars qui avait déjà The Best Of a quelques bonnes raisons d'acquérir celui-ci. Même s'il est probable qu'il a depuis chopé d'une manière ou d'une autre la discographie du meilleur groupe anglais des années 90. L'album valant totalement la peine qu'on s'arrête à chaque morceau, voici donc le premier track-by-track de l'histoire de Music Box.

Beetlebum entame les affaires, avec un riff étonnant, même après 30 000 écoutes. Graham Coxon, je l'ai déjà dit maintes fois, est un guitariste absolument exceptionnel, et le prouve d'entrée, avec donc ce riff mais aussi un anti-solo époustouflant. Il est ici juxtaposé au premier gros succès du groupe, Girls and Boys, qui n'est finalement qu'un fantastique tube ironique qui explicite très bien un des thèmes dominants de Blur (même si cela concerne surtout leurs quatre premiers albums), une observation de la société qui n'a sans doute d'équivalent que chez Morrissey. For Tomorrow tombe d'ailleurs exactement dans le thème, on regrettera juste qu'il est présent dans une version alternative un peu traînaillante.

Retour au Royaume de Saint Coxon, avec Coffee + TV, single qu'il chante lui-même. C'est non seulement un moment important dans sa carrière (ses albums solo le prouvaient, et le prouveront encore ensuite) mais aussi le morceau le plus catchy et accessible de 13. Est-ce la peine de dire que son solo de guitare, qui rappelle J Mascis et Thurston Moore, est impeccable? Le final a maintenant un goût particulier : "We can start all over again". Ensuite, Out of Time est justement un des deux morceaux sans Coxon, extrait de Think Tank. Coxon avait quitté (avec fracas) le groupe pendant l'enregistrement de celui-ci, avant de revenir au bercail cette année. Influencé par les expériences africaines de Damon Albarn, Out of Time a totalement sa place sur l'album.

Un des grands intérêts de Midlife, c'est d'inclure des extraits d'albums, et pas seulement des singles. Premier exemple, Blue Jeans, un des meilleurs extraits de Modern Life Is Rubbish, dont le refrain est exactement parfait. Désolé de remettre de l'huile sur ce vieux truc, mais le jour où un Gallagher fera ça... Song 2. Gimmick, mais tellement efficace. Bon exemple du jeu de basse d'Alex James, parce qu'aussi étrangement que cela puisse paraître, le boom du refrain vient principalement de la "lead bass". Pas leur plus grand morceau mais peut-être leur plus connu, surtout aux USA. Ben oui, 2 minutes d'attention,et tout ça, ça marchait super bien aux matches de hockey. L'album est vraiment bien compilé, car après Song 2 arrive Bugman, aux paroles tout aussi obliques et à la disto puissante, cette fois sur la guitare. Excellente illustration de l'expérimentation de 13, je ne m'attendais pas à le trouver ici, surtout qu'après trois minutes, le morceau part dans tous les sens sans jamais revenir à la mélodie de départ.

Autre surprise, He Thought of Cars. The Great Escape, malgré son succès, est le mal aimé dans la disco de Blur. Trop cohérent (!), trop proche de Parklife (leur précédent, et premier gros succès), et sans doute pas assez mémorable. La compile réussit pourtant à extraire trois morceaux excellents, dont celui-ci, parfait représentant du ton tragico-mélancolique de l'album. Gros choc sur le morceau suivant. Death of a Party montrait le début de la phase expérience de Blur, qui allait connaître son paroxysme avec 13. Le morceau est non seulement compris ici (autre surprise) mais dans une version différente, encore plus étrange et supérieure à la version sur Blur. Fantastique morceau, et jusqu'ici, Midlife fait un sans faute.

L'ambiance change de nouveau avec la mégaballade The Universal, qui rappelle à jamais son clip ambiance Orange Mécanique. Une des plus délicates oeuvres jamais mises en musique, The Universal donne envie de rire et de pleurer en même temps, ce qui, vu le thème, est exactement ce qui était voulu. It really, really could happen. And it did happen, si l'on continue la relecture des paroles. Toujours sans transition, on passe à un extrait (le premier, et un des deux) de Leisure, le premier album. Sing, qui se trouve aussi sur la BO du très 90s Trainspotting montre la face shoegaze des débuts d'un groupe qui se cherchait. Pas exactement convaincant, mais il fallait l'inclure, au moins pour le refrain déjà très albarnesque. Enfin, le premier cd se termine avec l'emblématique This Is A Low, candidat classique au titre de meilleur chanson de Blur ou des 90s en général. Des paroles romantiques sur une Angleterre qui ne subissait pas encore Pete Doherty, et surtout, un solo de guitare totalement légendaire. Ainsi se clôture la première moitié de Midlife, probablement le disque le plus exceptionnel qu'il m'ait été donné d'entendre. Tout simplement.

La seconde partie est moins percutante, c'est vrai. Mais elle ne comprend évidemment pas de mauvais morceaux, même si on commence à regretter l'une ou l'autre absence...

Tender. Premier extrait de 13, et single totalement bizarre pour le Blur de l'époque, même si Blur aurait du nous mettre sur la voie. Choeurs gospel, backing vocals à fleur de peau de Coxon, c'est une superbe intro pour 13, et aussi pour ce disque. She's So High est le tout premier single du groupe, et dès les premiers accords, on pouvait déjà déceler que quelque chose de spécial allait se passer. C'est aussi le dernier extrait de Leisure, puisque There's No Other Way n'a pas été repris. Ensuite arrive un nouvel extrait de Modern Life Is Rubbish, Chemical World. Même si le morceau est assez bien considéré, je ne l'ai jamais trop apprécié. Mais c'est vraiment une question de détails. Un autre extrait de Think Tank (le second sans Coxon, donc) suit, et c'est le très sympathique Good Song. Excellent morceau, mais on sent que depuis Tender, le niveau a peut-être un peu diminué. Mais Albarn n'a sans doute jamais chanté aussi bien ("you seem very beautiful to me..."). Coxon ou pas, Think Tank, quand il est bon, est vraiment bon. Parklife, pour moi, n'a jamais été autre chose qu'un morceau gimmick, une suralbionisation Britpop racontée par Phil Daniels. Il devait être sur l'album, clairement, mais ce n'est pas leur morceau le plus glorieux.

Les apparitions successives d'Advert (Modern Life Is Rubbish) et Popscene (standalone single entre les deux premiers albums) attirent l'attention sur ce qui est un (petit) défaut de Midlife : il ne donne pas assez d'exemples de morceaux punk/rapides/funs dont Blur truffait ses albums. Les exemples ne manquaient pourtant pas : Bank Holiday, Chinese Bombs, Movin' On, B.L.U.R.E.M.I., ... Peut-être pas les meilleurs morceaux du groupe, mais un de plus aurait été bienvenu (et n'aurait pas occupé beaucoup de place). Mais mention spéciale pour avoir pensé à inclure le sautillant Popscene, dont c'est la première apparition sur un cd facilement accessible. Stereotypes conclut de belle manière la trilogie The Great Escape avec un morceau sympa, grâce au riff crunchy de Coxon.

On arrive petit à petit à la fin de l'album, et les quatre derniers morceaux sont tous des album tracks, aucun single. Etonnant, mais Midlife prend quelques risques, et c'est très bien comme ça. Trimm Trabb est un des morceaux les plus accessibles de 13, et gagne facilement sa place. Empruntant son nom à des vieilles shoes Adidas, il était parfois préfacé par Albarn chantonnant l'acronyme bien connu "All Day I Dream About Sex". Un des meilleurs extraits de ce qui est sans doute mon album préféré de Blur. Riff entêtant qui se développe lentement, sans avoir peur de faire du bruit. Bad Head est une autre surprise, extrait peu connu mais méritant de Parklife, alors que c'est Strange News From Another Star qui termine de représenter Blur. Très étonnant, mais justifiable. Enfin, Battery In Your Leg, seul Think Tank sur lequel a joué Coxon termine de magnifique manière l'album, tout en prouvant à quel point il est inimitable. Au début, je me demandais pourquoi No Distance Left To Run ne le faisait pas, mais BIYL est plus intéressant, et surtout nettement moins sinistre : comme le titre de la compilation le laisse entendre, les jeux ne sont pas finis pour Blur, on se devait donc de terminer par une note optimiste.

Vous l'aurez compris, Midlife est une merveille totale, et j'aurais vraiment envie d'être la personne qui découvre Blur via cet album, le beginner du sous-titre, qui va ensuite écouter chaque album, et trouver son ou ses préférés. En écoutant Midlife, malgré ses petits défauts (dont un second disque un peu en deçà), on a envie de considérer Blur comme le meilleur groupe anglais des années 90. Et je pense qu'on aurait même raison.

mercredi 10 juin 2009

Faith No More – The Very Best Definitive Ultimate Greatest Hits Collection

Cette année, nouveauté : en plus des traditionnelles compiles de Noël, on doit aussi se taper celles des groupes récemment reformés qui tournent cet été. Les deux gros noms sont Blur, avec le double Midlife, qui sort la semaine prochaine et qui est nettement, nettement supérieur au Best Of et Faith No More, qui nous sort ici une sixième compile en 10 ans, d'où le titre auto-ironique.

Même si Blur (on reviendra sur la compile, bien sûr) a souvent été considéré comme un groupe de singles, nombre de leurs meilleurs morceaux se trouvaient cachés entre deux hits. Faith No More n'a pas vraiment eu de hits majeurs, de plus, leurs albums étant généralement tellement éclatés et carrément bizarres que sortir des extraits d'un tout semble incongru. C'est sans doute pour cela que malgré les efforts (six compiles, donc), aucune n'est vraiment satisfaisante.

Celle-ci n'est pas la pire, comprenant dix-huit (excellents, évidemment) morceaux dans un ordre vaguement chronologique. On se demande bien où se trouve The Gentle Art of Making Enemies, mais bizarrement, il manquait déjà à l'appel de la triple anthologie The Works. On conseillera donc au néophyte d'essayer cette compile ou les deux autres décentes (Who Cares A Lot? ou This Is It, les deux restantes étant absolument à éviter), et ensuite d'aller vers les albums studio, seuls témoins valables du caractère exceptionnel de Faith No More.

Petite déception, par contre, pour le second cd, de "raretés". En effet, la majeure partie de celui-ci est constitué de faces B et morceau live qui se trouvaient déjà sur le second cd de Who Cares a Lot. Les deux seules nouveautés sont Sweet Emotion et New Improved Song, jusqu'ici inédite sur sortie commerciale. Il n'empêche, ces morceaux restent tous excellents (mention spéciale à Absolute Zero) et Das Schutzenfest est toujours aussi fantastiquement ridicule.

Une compilation obligatoire, vu le retour du groupe, mais si elle peut servir à aiguiller le plus de monde possible vers les albums, alors, tant mieux : Faith No More le mérite amplement.

samedi 11 avril 2009

Pearl Jam – 1990-1992 (Ten Collectors Edition)


Il y a de ça presque deux ans, j'ai écrit une rétrospective de Pearl Jam en commençant, forcément, par le premier album : Ten. Dans l'article, j'ai mis en évidence une production souvent critiquée. Le groupe lui même s'en est rendu compte, à tel point que presque vingt ans après, l'album ressort en version évidemment spéciale et remasterisée, mais surtout accompagnée d'une toute nouvelle version de Ten, remixée par Brendan O'Brien.

Dans cet article, je ne vais pas revenir sur l'album en tant que tel, mais sur la valeur ajoutée du coffret collector, qui vaut largement qu'on lui dévoue quelques lignes. D'abord, sa composition : l'album original, produit par le très zeitgeist Rick Parashar et remasterisé en 2009 et la nouvelle version, remixée par O'Brien en forment la pierre angulaire. La version que tout le monde connaît ne change pas, même si le son est fatalement plus puissant, triste conséquence de la loudness war. La version O'Brien, par contre, est stupéfiante. On retrouve des guitares dont on ignorait l'existence, le son est plus clair, plus proche de ce que le groupe fait en concert. C'est surtout les morceaux plus lents qui bénéficient le mieux du traitement de BOB : Oceans (sans l'infâme reverb), Garden, Release et évidemment Black sont intenses de pureté et totalement captivantes. Les emblématiques Alive, Even Flow et Jeremy changent moins (même si le final de ce dernier est étonnament modifié) mais c'est surtout Porch qui impressionne par sa force et la rage d'un jeune Eddie Vedder.

La question à 110€ (le prix minimum du box) est la suivante : est-ce pertinent de vouloir réécrire l'histoire? Est-ce une bonne idée de décontextualiser un album qui est, par définition, un produit de son époque? J'imagine que c'est pour ne pas devoir répondre à cette question que les deux versions de l'album sont comprises dans le coffret. Personnellement, je détestais écouter Ten, justement à cause de cette production. Je préfère la nouvelle version, même si on ne peut pas, pour des raisons historiques, la substituer à la première et seule version légitime. Mais ce n'est pas la seule nouveauté, car le "nouveau" Ten (appelé Ten Redux) ajoute six morceaux bonus.

2,000 Mile Blues est, comme son nom le laisse penser, une impro blues en studio, pendant que le guitariste Stone Gossard était chez le dentiste. Anecdotique, mais comprenant un très bon solo de Mike McCready. Evil Little Goat est plus une blague qu'autre chose, un morceau qui aurait sans doute gagné à etre caché quelque part. On retrouve aussi deux versions alternatives de State Of Love And Trust et Breath (de la BO de Singles). Les versions sont assez brutes et primitives, on ne doit donc pas s'attendre à des versions aussi abouties que celles qu'on connaît. Enfin,les deux morceaux restants sont les plus intéressants. Brother et Just A Girl sont deux morceaux mythiques du groupe, ayant été joués en concert au début de leur carrière, mais ne s'étant jamais retrouvé sur disque (sauf la version instru de Brother sur Lost Dogs). Des versions studio pouvaient être trouvées sur le web, mais c'est ici la première fois qu'ils sont disponibles officiellement. Just A Girl est mon préféré, d'ailleurs un de mes morceaux préférés de cette période, alors que Brother m'a étonné, car les paroles ne sont pas les mêmes que les versions connues. De toute façon, ces deux morceaux sont clairement un des points positifs principaux du coffret, mais représentent aussi la porte d'entrée à ce qui est peut-être sa principale critique.

Comme on peut le remarquer, le nom officiel du coffret est "Pearl Jam 1990-1992". Le groupe a aussi annoncé son intention de ressortir chaque album de son catalogue, pour en faire une sorte d'anthologie jusqu'en 2011 et son 20ème anniversaire. Bonne idée, mais le problème, c'est qu'une anthologie, par définition, est censée contenir les meilleurs morceaux. Pour que la boîte soit complète, il eut fallu inclure les faces B, qui sont certes connues, soit via les singles correspondants ou la compile Lost Dogs, mais qui sont absolument cruciaux pour cerner ce qu'était PJ entre 90 et 92. Yellow Ledbetter, pour ne prendre qu'un exemple, est un morceau qui finit traditionnellement les concerts du groupe, et est donc un de leurs morceaux-clés. Forcément, n'importe qui pourrait le graver, ce disque manquant, mais je ne peux m'empêcher de penser que l'occasion était bonne. Tout comme je ne peux m'empêcher de croire qu'il devait bien y avoir autre chose de plus intéressant que deux faux inédits, deux démos et deux morceaux boîteux comme "inédits".

On peut ensuite continuer l'exploration de la boîte, avec les deux mêmes albums (sans les morceaux bonus, pour une question de place) en vinyl 180 grammes. Forcément, il faut avoir le matériel (une bête platine fait déjà la différence), mais quand c'est le cas, les versions cd deviennent superflues : comme c'est souvent le cas avec de bons vinyls, le son est nettement meilleur, sans volume assourdissant. Le marché étant bien plus réduit, pas de loudness war pour le vinyl, qui est donc préférable au cd.

Ce n'est pas fini, loin de là. Le coffret comprend aussi le DVD de la mythique session MTV Unplugged, qui montre un Eddie Vedder compètement habité et surtout la mode de l'époque, sacré Jeff Ament. Je n'ai jamais été un fan de leur Unplugged, parce qu'il est arrivé trop tôt dans leur carrière : ils n'avaient pas encore assez de morceaux qui pouvaient se prêter au concept, contrairement à Nirvana ou Alice in Chains dont l'Unplugged est phénoménal. Il reste toutefois intéressant de le regarder, même si le Rockin' in a Free World final manque à l'appel, probablement pour des raisons légales.

Suit encore un double vinyl (mais avec un code permettant de télécharger les mp3 en 256 kb/s) d'un concert légendaire, "Drop In The Park", à Seattle. Une fois de plus, c'est encore Porch qui vole la vedette, avec une reinterprétation passionnée de Tearing, du Rollins Band. Malheureusement, deux morceaux manquent encore à l'appel (Sonic Reducer et Rockin' In The Free World), de plus, le concert est tronqué par la suppression des interventions parlées du groupe, remplacées par de très vilains fade outs.

On terminera la partie audio/video du box avec une véritable curiosité cette fois véritablement inédite : la reproduction de la cassette comprenant les tous premiers enregistrements d'Eddie Vedder comme chanteur de Pearl Jam. Stone Gossard et Jeff Ament avaient envoyé trois instrumentaux à Vedder, qui a écrit ses paroles et ajouté sa voix sur ce qui allait devenir Alive, Once et Footsteps, trois morceaux connus sous le nom de Momma-Son - ou Mamasan - Trilogy (voir l'article original pour explication). Les trois morceaux sont intéressants, surtout quand on les compare aux versions définitives : Alive est nettement plus lent, Footsteps comprend l'harmonica virée de la version du single de Jeremy mais rajoutée sur Lost Dogs ; quant à Once, c'est la version la plus différente, avec des couplets carrément funk. Note amusante : Pearl Jam n'ayant pas encore de batteur à l'époque, c'est Matt Cameron, alors batteur de Soundgarden, qui joue sur les trois morceaux. Une dizaine d'années après, il allait rejoindre le groupe pour de bon.

On l'aura compris, ce coffret est rempli à ras bord de musique. Mais le côté graphique a aussi été soigné, car on y retrouve des cartes postales, des répliques de ticket de concert, de pass backstage entre autres, mais aussi et surtout un carnet de 80 pages rempli de photos et souvenirs en tout genre.

Malgré les quelques points négatifs relevés ci-dessus, Pearl Jam 1990-1992 est un objet assez extraordinaire, digne témoignage de son époque. Beaucoup de soin et d'efforts ont été fournis pour arriver à un résultat fantastique, qui peut expliquer son prix relativement élevé. Il reste maintenant à voir comment le groupe va suivre ce coffret, vu que la même chose est attendue pour les autres albums, à commencer par Vs. La barre est placée très haut.

dimanche 1 juin 2008

Faith No More – The Works

Faith_No_More_The_WorksCela fait déjà dix ans que Faith No More s'est séparé. Unanimement considéré comme un des groupes les plus influents des 90s, ils ont eu la décence de ne jamais se reformer, malgré les énormes sommes d'argent qui doivent leur être proposées. The Works est déjà la cinquième compilation du groupe, mais contrairement aux précédentes, ce n'est pas un best of, mais une anthologie : par définition, elle est donc plus complète, et s'étend effectivement sur trois disques, ce qui est bien un minimum pour cerner un groupe majeur à la discographie somme toute limitée.

Dès le départ, Faith No More était inclassable. incorporant des élements de funk, de metal, de rap d'une manière inédite à l'époque, ils ont influencé tout ce qui est passé après eux, dont le nu-metal. Mais je préfère blâmer les Red Hot, c'est plus marrant.

C'est avec l'arrivée du nouveau vocaliste, remplaçant Chuck Mosely (présent ici sur trois morceaux), que FNM va prendre une autre dimension. Mike Patton apportera sa voix exceptionnellement modulable et sa folie certaine et contribuera en faire un groupe majeur : les albums The Real Thing et Angel Dust sont unanimement reconnus comme deux des meilleurs disques des années 90 ; le second est coutumier des listes d'albums influents. Mais plus que Patton, c'est la formule qui fait le génie. From Out Of Nowhere et son clavier lifté au black metal, Epic emmené par une ligne de basse monstrueuse, le rap de Patton et un refrain fédérateur : en fait, il se passe tellement de choses dans ces morceaux qu'il faudrait un article pour chacun.

Encore plus impressionnant : quinze ans après, on est toujours stupéfait par l'inventivité de morceaux qui n'ont pas pris une ride, qui sonnent aussi bien qu'au premier jour. il est vrai que lorsqu'on voit la trajectoire post-FNM de Patton, on comprend que ce mec est un malade de la musique, un génie compulsif sans équivalent. Je me mettrais presque à espérer une reformation, juste pour une tournée, comme ça, pour montrer au monde ce qu'ils étaient. Mais il vaut sans doute mieux ne pas tenter le diable.

Pour revenir à The Works, le premier disque est donc centré sur The Real Thing, et est donc, par pur truisme, parfait. Parce que malgré les bizarreries et innovations visionnaires, FNM savait écrire de très bonnes chansons pop. Falling To Pieces en est un autre exemple. Et quand le groupe écrit une ballade acoustique, c'est pour l'appeler Zombie Eaters. Enfin, juste l'intro est acoustique, après ça dégénère, forcément.

L'autre album fortement représenté est Angel Dust, moins direct mais plus expérimental, et sans aucun doute une influence majeure de plus ou moins n'importe qui qui a tenu ue guitare dans la seconde partie des années 90. Tous ses morceaux s'y retrouvent, comme le phénoménal et schizophrène Caffeine, l'implacable Malpractice. l'irrésistile poésie de Be Aggressive ou encore A Small Victory, qui débute de manière disons accessible avant de partir en tangentes. En fait, on devrait parler de chaque chanson individuellement, mais il serait bien plus simple de se procurer Angel Dust de toute urgence, un des meilleurs albums de tous les temps, voilà.

La suite de l'anthologie reprend les meilleurs moments des deux derniers albums, King For A Day, Fool For A Lifetime et Album Of The Year. Il y en a un paquet, donc l'énorme Digging The Grave ou les plus conventionnels (façon de parler) Ashes To Ashes ou The Lost Art Of Murder. Il n'empêche : le départ de Jim Martin, après Angel Dust, est clairement un point de rupture pour un groupe qui n'atteindra plus jamais le (très haut) niveau où ils se trouvaient.

Enfin, le troisième disque fait la part belle aux extraits live et autres raretés : on peut réentendre la légendaire reprise de War Pigs live à Londres ou quelques reprises. Dans ces dernières, on se souviendra d'Easy, version fidèlement ironique du hit de Lionel Richie qui offrira au groupe un succès commercial étonnant et sans aucun rapport avec le reste de sa production.

La voix de Mike Patton marque les esprits. Il est vraiment capable de tout, rappeur, crooner, hurleur : tout y est. Tout, ou presque : la myriade de projets entrepris par notre homme après la séparation de FNM y ajoutera les chapitres éructations death metal et onomatopées (Fantomas, General Patton, Moonchild, et j'en passe allégrement). Faith No More était un groupe, ceci dit, et les innovations en matière de jeu de guitare et de rythmes valent aussi le déplacement. Le guitariste Jim Martin a apparemment disparu de la circulation, mais le batteur Mike Bordin s'est fait un nom, accompagnant Jerry Cantrell et Ozzy Osbourne, entre autres.

On pourrait encore en parler pendant des heures, de la confusion des genres, par exemple : Crack Hitler incorpore du hip-hop, du metal, du funk, et des trucs qui n'ont sans doute pas encore été inventés. Faith No More est un des groupes les plus important des années 90, et ils continuent à influencer aujourd'hui. The Works démontre pourquoi, et pour cela, est une des écoutes obligatoires de 2008.

dimanche 10 février 2008

The Cardigans – Best Of

Cardigans_-best_ofJ'avoue, j'avais oublié les Cardigans depuis quelques années, jusqu'à ce que le duo entre Nina Persson et Manic Street Preachers me rappelle que son groupe avait sorti un très bon album, Gran Turismo, il y a juste dix ans. Comme je ne suis pas trop familier avec l'oeuvre du groupe, ce best of semble l'occasion rêvée de m'y (re)plonger.

La compilation n'oublie aucune période du groupe, avec les débuts limite twee (After All...) mais d'une saveur pop irrésistible (Rise And Shine) mais qui révélaient déjà un petit quelque chose un plus : même si elles ne sont pas comprises ici, le groupe a enregistré et sorti quelques reprises de Black Sabbath. Cardigans, c'est finalement une sorte de pop perverse, facile à digérer de prime abord, mais nettement plus malsaine après réflexion. Carnival, extrait du second (Life) est totalement irrésistible, avec une touche de kitsch délicieux (les cordes très Love Boat).

Le succès arriva avec le troisième, First Band On The Moon, et son hit Lovefool, repris sur la BO du Romeo + Juliet de Baz Luhrmann. Le groupe fera 36 fois le tour du monde, et réussira un tour de force avec Gran Turismo, alliant guitares abrasives et pop parfaite. My Favourite Game (et sa vidéo bannie à l'époque), Erase/Rewind et Hanging Around sont peut-être les meilleurs singles du groupe. Mais le groupe sentira le besoin de faire une pause, et laisseront passer cinq ans avant l'album suivant. Vu que Nina Persson s'était alors teint les cheveux en noir, ça voulait forcément dire que le groupe devenait plus sombre, forcément...

Long Gone Before Daylight était plus sombre, mais aussi étrangement country, et n'arriva pas à reproduire le succès de jadis. Super Extra Gravity non plus, malgré quelques extraits irrésistibles, et plein de personnalité (sans compter que I Need Some Fine Wine And You, You Need To Be Nice est un superbe titre). Parce que finalement, c'est ce qui aura différencié The Cardigans de la concurrence. Pop, oui, mais pop avec attitude, mais pas seulement de la chanteuse. Le futur est incertain, mais ils n'auront pas à rougir de leur passé.


My Favourite Game

dimanche 3 février 2008

Eels – Meet The Eels: Essential Eels Vol. I 1996 – 2006

Meet_the_EelsMa première expérience avec Eels, comme pour beaucoup de monde, c'était le clip de Novocaine For The Soul, réalisé par Mark Romanek et qui passé en haute rotation sur MTV, back in the days. On découvrait en la personne de E (Mark Olvier Everett) un anti-héros indie à la Rivers Cuomo, qui écrit des chansons irrésistibles sur des sujets pas toujours très marrants : le second album d'Eels est entièrement basé une une série assez incroyable de décès dans la famille de E. Une douzaine d'années après, une retrospective en deux parties voit le jour : un best of classique ainsi qu'un double cd de raretés, à réserver aux collectionneurs, comme souvent. On va s'intéresser ici au best of, et comme à a chaque fois, la critique facile se présente, cinglante : qu'est-ce que c'est que ça pour une sélection douteuse?

Le deuxième album mentionné plus haut, Electro-Shock Blues, est peut-être le meilleur album du groupe, et deux morceaux en sont extraits. Etait-ce pour ne pas complètement déprimer l'auditeur? Possible, mais en tout cas très peu représentatif, même si Last Stop:This Town (bricolage de génie presque Beckien) et le très optimiste 3 Speed ("Why am I such a fucking mess", ou encore "I'm dead but the world keep spinning") ont largement leur place ici. Assez râlé, de toute façon, il y a suffisamment de perles ici, de morceaux écrits avec émotions et parfois enregistrés avec des bouts de ficelle ou un orchestre, selon les désirs de Mr E.

Eels change assez facilement de style, de la ballade morbide au full on rock, mais leur marque de fabrique reste un certain concept de l'indie song US, midtempo et mélancolique. Rien n'est vraiment à jeter ici, malgré les vingt-quatre morceaux, et une surreprésentation du dernier album, au demeurant très bon. On saluera d'ailleurs le souci d'exhaustivité, avec trois morceaux hors album (dont une bonne reprise du Get Yr Freak On de Missy Elliott).

Eels restera à jamais un groupe relativement mineur, mais qui vaut la peine : ce best of et Electro-Shock Blues feront très bien l'affaire comme porte d'entrée d'un monde complexe mais attachant.


3 Speed

mercredi 26 décembre 2007

Rolling Stones – Rolled Gold +

stonesRolled Gold + n'est pas une compile de Noël en plus. C'est LA compile. Originellement sorti en 75 mais jamais édité en cd, il se voit augmenté de 12 morceaux (d'où le +) pour voir sa durée dépasser les 150 minutes. Il fait suite au précédent best of du groupe, Forty Licks, mais est nettement supérieur à celui-ci, pour deux raisons majeures. D'abord, le son est plus authentique, au dessus de la bouillie de Forty Licks. Ensuite, et surtout, même si on ne parle que de dix ans de Stones, tout était dit. Alors que, pour Forty Licks, il fallait accomoder les différentes époques du groupe et même caser quatre inédits, ici on ne doit juste que reprendre les meilleurs morceaux datant de 63 à 72, soit, en fait, de leur carrière. Bon, on pourrait peut-être, en tirant la corde, regretter It's Only Rock 'n Roll ou Start Me Up, mais Jump Back (la compile qui reprend 71-93) suffit amplement. Et le moins on parle d'Angie, le mieux c'est.

Comme leurs illustres pairs de l'époque, les Stones ont débuté avec des reprises de standards rock 'n roll : Chuck Berry, Buddy Holly, et même un original de Lennon/McCartney. Peu de temps après, le premier original signé Jagger/Richard (Keith n'avait pas encore ajouté le "s") voit le jour. C'est à partir de 64 que la grande majorité des morceaux des Stones seront originaux. Même si Jagger a bien appris ses leçon : le double sens de Little Red Rooster sera repris tout au long de sa carrière, jusqu'au récent A Bigger Bang.

Les choses sérieuses ne commencent qu'avec le dixième morceau, The Last Time. Puis, la déferlante de morceaux exceptionnels. (I Can't Get No) Satisfaction, forcément, mais aussi Get Off Of My Cloud, Paint It Black (sérieusement une des meilleures chansons de tous les temps, rien à dire), Mother's Little Helper et ses traits acide de critique sociale chère à Jagger. Under My Thumb, s'il fallait le prouver, montre les talents de Charlie Watts, batteur d'une grande finesse avant que l'excellent Have You Seen You Mother Baby, Standing In The Shadows clôture le premier disque. On l'a déjà dit, le riff de Satisfaction pourrait déplacer des montagnes, et les différentes significations du texte ne font que renforcer son status d'icône. Mais je le répète, Paint It Black est vraiment un morceau exceptionnel, la voix de Jagger est légendaire, menaçante, terrifiante. Le premier crash de batterie de Watts vaut bien tout le heavy metal du monde.

Pas grand chose à dire, évidemment. Des débuts hésitants et forcément peu originaux, mais le rock 'n roll était si jeune. La paire d'auteurs/compositeurs Jagger/Richards ne fera que monter en puissance, ce que le second disque montre parfaitement. Ruby Tuesday, She's A Rainbow, Jumpin' Jack Flash, Sympathy For The Devil, et un final ébourriffant : Gimme Shelter, You Can't Always Get What You Want, Brown Sugar, Honky Tonk Woman et Wild Horses. Les mots ne suffisent pas, il faut se taire et écouter. Mais Gimme Shelter... Difficile, après tout ça, ne ne pas considérer le Stones, ces Stones, comme le plus grand groupe de rock du monde. Ils l'étaient.

Alors, forcément, ça a méchamment dégénéré. La paire Jagger/Richards vire au pathétique, entre concerts privés pour détenteurs de carte de fidelité de supermarché suisse et chute de cocotier, en passant par des albums dont personne n'a quoi que ce soit à foutre. Les Beatles n'ont eu que dix ans de carrière, Nirvana huit, les Stones quarante-cinq, et ce n'est pas fini. Alors, forcément, on perd de sa puissance, de son intensité, de son utilité. Ils auraient définitivement du raccrocher il y a bien longtemps, mais ce n'est pas notre décision. Notre décision, c'est de se souvenir des Stones par, et pour, Rolled Gold, qui compile leurs plus grands moments. On pourra toujours s'attaquer aux albums après Pirates des Caraïbes.
 
 
Paint It Black
 
 
Gimme Shelter

mercredi 21 novembre 2007

Daft Punk – Alive 2007

Je ne suis pas fan de Daft Punk, même si j'ai pas mal apprécié le premier album, tout en détestant Human After All. De même, je me demandais l'intérêt de sortir un album live pour de la musique qui n'est quand même pas techniquement "jouée live". Comme j'avais tort.

Alive 2007 est une véritable bombe, même pour quelqu'un qui préférerait être pendu par les pieds au sommet de l'Atomium à me retrouver dans une boîte technohouse. Les deux artistes démolissent leurs propres morceaux, les réarrangent et les boostent à coups de basses et d'effets sonores, et ce dès le début, avec une intro monstrueuse : des samples ping-pong de Robot Rock (ROBOT!) et Human After All (HUMAN!) avant que le vrai début de Robot Rock emmène Bercy dans une transe d'une heure et demie. Tous les hits y passent, des Around The World et Da Funk des débuts à un mashup ultime One More Time/Aerodynamic, en passant par Rollin' And Scratchin' + Alive, comme si c'était 1997.

On pourra toujours reprocher quelques longueurs, mais c'est de la house, et la basse énorme et les beats dévastateurs (Prime Time Of Your Life) compensent largements. Le rappel, étrangement placé en cd bonus d'édition limitée (mais il est vrai, relativement dispensable), reprend One More Time en y ajoutant Together et Music Sounds Better With You, des projets parallèles des deux robots.

Un des rares albums live essentiels, et plus terre à terre, une véritable tuerie.