dimanche 23 septembre 2012

Wishlist 2012

WishlistQuatre chroniques depuis janvier, c'est un record... Pas envie de m'étaler sur les raisons pour lesquelles je n'écris plus, mais ce n'est pas spécialement délibéré. J'ai une liste d'albums sortis cette année sur lesquels j'ai envie d'écrire, et dans un monde parfait, j'écrirais sur tout ceci :


Ceremony, The Men, Disappears, Mark Lanegan, Three Trapped Tigers, Trailer Trash Tracys, First Aid, Unsane, Spiritualized, Graham Coxon, Jack White, Death Grips, Off!, My Bloody Valentine (reissues), Best Coast, Garbage, Hot Water Music, Beach House, Crocodiles, Sigur Ros, Gaz Coombes, The Hives, Japandroids, Futire of the Left, 2:54, Pariso, Silversun Pickups, Guided By Voices, Mission of Burma, Frank Ocean, Jeff The Brotherhood, Blur (21), Screaming Females, Heavy Blanket, Motion City Soundtrack, Smashing Pumpkins, A Place to Bury Strangers, Glen Hansard, Gaslight Anthem, Poliça, Black Light Burns, Bloc Party, Sucré, The Darkness, The XX, Dinosaur Jr, Sebadoh (EP), Everyone Everywhere, Bob Mould, Of Monsters and Men, The Vaccines, Alt-J, Raveonettes, Billy Talent, Green Day, Animal Collective, David Byrne & St Vincent, dEUS, Amanda Palmer. Et y en a sûrement encore d'autres. 2012 = année de folie.


Vu qu'apparemment (et cela me fait plaisir) j'ai toujours des visites ici de personnes qui cherchent des conseils d'écoute, en voilà un paquet. Et 2012 n'est pas fini, loin de là.


(et si vous voulez absolument une chronique, vous pouvez toujours demander :) )

vendredi 6 juillet 2012

Blur - Under the Westway / The Puritan



Les voilà enfin, les deux premiers morceaux de Blur depuis 2003 (si on ignore le sympathique mais anecdotique Fool’s Day). Enregistrés à l’occasion du concert de clôture des Jeux Olympiques de Londres, qui verra Blur tenir la tête d’affiche à Hyde Park devant, notamment, The Specials et New Order, ces deux morceaux vont forcément, faire couler pas mal d’encre, électronique ou pas.


Blur peut-il être aussi bon qu’avant? Doivent-ils se reformer indéfiniment pour un nouvel album ou au contraire, Damon Albarn doit-il se concentrer sur ses projets exotico-bizarres? Typiquement, on n’obtiendra aucune réponse immédiate : les deux morceaux se suffisent à eux-mêmes, et méritent chacun quelques mots...


D’abord, Under the Westway. Clairement la face A du single, il était connu depuis quelques mois, car Damon et Graham Coxon l’avaient déjà joué en concert la veille de leur apparition aux Brit Awards. Under the Westway est un morceau très anglais, très classique, tant au niveau du thème (le Westway est une célèbre section autoroutière dominant une partie de Londres) que le la composition, qui se rapproche des grandes balades d’Albarn, en plus discret.


Contrairement à ses heures de gloires passées (The Universal, To The End, This Is a Low), Damon ne cherche pas les grandes envolées lyriques : sa voix, qui a mûri, ne pourrait se le permettre. Cependant, il cherche à l’exploiter très intelligemment, en mettant en évidence la qualité de l’écriture du morceau, et une ravissante mélancolie qui ne pouvait venir que de lui.


Mention spéciale aux paroles, qui, après trois albums (Blur, 13 et Think Tank) thématiquement très différents, reviennent aux premières amours de Damon Albarn : sa ville de Londres. Le premier vers : “There were blue skies in my city today”. Pas “the” city, mais “my” city. Et contrairement à ce qu’on pouvait attendre d’une chanson sur Londres, le ciel est bleu et non gris. Albarn évoque ensuite quelques éléments de vie moderne londonienne, et termine avec une subtile référence à une autre chanson dédiée à sa métropole, London Calling.


Musicalement, Damon mène le morceau au piano, alors que Graham Coxon envoie quelques nappes de guitares atmosphériques pendant les couplets. La percussion de Dave Rowntree confère au morceau une qualité aérienne et intense qui sera à en point douter un temps fort (et potentiellement un énorme singalong) des concerts estivaux de Blur.


Enfin, comment ne pas craquer devant les backing vocals de Graham Coxon, peut-être pas ses plus émotionnels (Tender!), mais son “switch off the machines” discret est un des points forts d’un fantastique morceau, qui prouve que Damon Albarn, l’homme derrière Gorillaz, Mali Music, Doctor Dee, DRC Music, Rocketjuice and the Moon, et j’en passe, est peut-être le plus grand auteur-compositeur anglais depuis Paul McCartney.


Après un tel morceau, sa face B (ou seconde face A, selon le point de vue) est forcément plus discrète. Effectivement, mais elle ne doit pas pour autant être sous-évaluée. Après quelques écoutes, The Puritan est loin derrière Under the Westway. The Puritan est juste une chanson fun, avec une ligne de synthé presque embarrassante. Certes, mais après quelques écoutes, comme les meilleurs morceaux, elle se dévoile petit à petit, et c’est sans doute elle qui représente le mieux l’évolution du groupe.


Si Under the Westway aurait finalement pu être écrit et enregistré à n’importe quel moment depuis 1994 (à l’exception de la voix de Damon), The Puritan est clairement ancré en 2012. Structurellement, il n’est pas trop éloigné des morceaux un peu plus punky/bouncy de Blur, comme Coping ou Popscene. Mais alors qu’à l’époque, ils auraient probablement surchargé la production de cordes et (surtout) de cuivres. Ici, rien d’autre que deux guitares, une basse et cette boîte à rythmes marrante qu’Albarn a probablement trouvé aux puces de Portobello Road (enfin, c’est sans doute une app à 75 cents pour iPad, mais ne cassez pas mon rêve, merci).


The Puritan, donc, est un morceau bien enlevé qui perd le peu de prétention qu’il avait au départ au milieu du morceau, avec des “lalala” qui, eux aussi, passeront très bien à Hyde Park. Nettement moins sérieux que sa face A, il permet de constater que Blur a gardé un côté ludique bien sympathique. Et aussi un poil perversif : Damon en profite pour un peu cracher dans la soupe, en critiquant l’institutionnalisation de l’Angleterre contemporaine (six syllabes, “institutionalised”, Beady Eye ils ne font pas ça, des mots de six syllabes), notamment en ce qui concerne l’hypocrisie des … Jeux Olympiques! Mais on reste dans l’observation sociale typique Albarn période Modern Life is Rubbish/Parklife/The Great Escape, avec notamment l’importance de la TV et de la publicité dans le brouillage des prises de décision de chacun, au moyen, par exemple, de cette très jolie phrase “I’m falling into something that plays upon the metronome in your heart”.


Le morceau est donc conduit par cette ligne de synthé absolument pas sérieuse du tout, et il prend une tournure carrément bordélique quand Coxon balance des bonnes grosses doses de feedback sur le refrain. Si Under the Westway était le retour sérieux, The Puritan est la flipside fun, mais pas seulement.


Tout ça nous amène à une double conclusion. D’abord, oui, il y a une énorme place pour Blur dans le paysage musical contemporain. Pour la nostalgie, certainement : ils ont rempli Hyde Park sans difficulté. Mais ces deux nouveaux morceaux montrent que même si les carrières solo de Coxon et Albarn sont couronnées de succès, quand ils sont ensemble, avec Dave Rowntree et (quand même) Alex James, c’est encore autre chose, et c’est fantastique.


Blur reviendra dans l’actualité le dernier jour de juillet avec un énorme box set reprenant l’intégralité de leur discographie (faces B et albums) ainsi que des tonnes d’inédits (j’accepte les cadeaux et donations :) ) et sera donc à Hyde Park mi-août en clôture des Jeux Olympiques. Ce concert sera notamment précédé de quatre concerts d’échauffement, je vous parlerai de celui de Wolverhampton si tout se passe bien.



dimanche 15 avril 2012

Blood Red Shoes - In Time to Voices


Album numéro trois pour le duo Laura-Mary Carter et Steven Ansell, autre preuve qu’il faut impérativement avoir une couleur dans son nom si on veut faire du rock ‘n roll en duo. Carter et Ansell, qui viennent de Brighton, ont fait parler d’eux ces dernières années en alliant le minimalisme relatif des groupes basse/batterie à une puissance qui lorgnait vers l’altrock US, Sonic Youth, Nirvana, Fugazi, tout ça. Point de post-Britpop pour ces deux-là, dont les performances scéniques enflammées étaient assez bien retranscrites sur disque. In Time to Voices, sans renier complètement le passé, explose totalement le canevas dans lequel s’était peut-être enfermé Blood Red Shoes. C’est certainement leur album le moins excité, mais c’est aussi le plus riche, le plus varié, le plus complet.


Le morceau-titre qui entame l’album en est un parfait exemple. Aucune volonté manifeste d’engluer l’auditeur sous les décibels, malgré une notable influence shoegaze, mais plutôt une attention poussée vers l’écriture et le souci du détail : une batterie moins rentre-dedans, une voix plus douce (mais qui peut devenir sérieusement acide) et nettement plus assurée pour Laura-Mary. Lost Kids est quant à lui réminiscent d’une scène indé plutôt anglaise, Idlewild, Reuben, toutes ces bonnes choses maintenant éteintes.


Comme toujours chez Blood Red Shoes, les voix se partagent entre les deux membres, même s’il me semble (purement une impression, je précise) qu’Ansell est plus présent que Carter. Le single Cold les voit se partager le micro pour un morceau qui lui, me fait penser à une autre balise du rock indé, Melissa Auf der Maur. Trois morceaux, rien à jeter, et une entame d’album impressionnante non par son pur volume, mais par, simplement, son excellence.


BRS ne s’arrête pas là, et continue à prendre tout le monde à contre-pied : Two Dead Minutes est froid et fait penser aux Raveonettes, The Silence and the Drones est lancinant, mantrique et comprend même un final avec violons. L’album devient petit à petit plus lent, plus atmosphérique et dense et va même comprendre une ballade fantastique, Night Light, au refrain à tomber. Mais le contre-pied continue, et Je Me Perds les voit endosser le rôle d’un groupe de reprises d’Atari Teenage Riot (pas une mauvaise chose, je précise) avec Carter en parfaite Nic Endo.


Les influences sont reconnaissables, mais inspirées : leur talent de composition éclipse directement quelques réminiscences que l’on pourrait avoir (vous vous rappelez de Cooper Temple Clause?), et fait d’In Time to Voices leur meilleur album, mais aussi le moins évident, et le plus difficile. Ils ont mis la barre tellement haut que les quelques petits défauts ressortent d’autant plus, la différence entre un excellent album et un chef d’oeuvre, sans doute. Mais on a le temps, il arrivera prochainement, leur chef d’oeuvre.


lundi 19 mars 2012

Lana Del Rey - Born To Die


J'ai attendu. La montée du buzz, la sortie de l'album, la descente en flammes. Histoire de ne pas la faire King of Limbs, avec une impression immédiate de l'album forcément influencée par tout ce qui entoure la paire de lèvres la plus célèbre depuis Steven Tyler. Donc j'ai attendu jusque maintenant (oui, ça marche aussi pour excuser mon faible rythme de publication), parce que là, Lana, on n'en parle plus. On verra bien vite si le buzz est définitivement terminé, et on va s'attarder sur la seule chose qui est censée compter : sa musique.


On passera bien vite la vie antérieure de Del Rey en tant que Lizzy Grant ainsi que toute accusation de création diabolique de l'industrie du disque : on s'en fiche. Ce qui intéresse, c'est la qualité des morceaux, notamment savoir si Lana est capable de rééditer son premier single très marquant, Video Games/Blue Jeans. Guess what? Non. Mais alors, vraiment pas. Autant le dire tout de suite, sans trop de risque d'erreur, rien d'autre sur l'album ne dépasse ces deux morceaux, mélancoliques et mélodiques à souhait.


Le début de l'album est là pour en témoigner : Born to Die était censé être son premier hit vraiment produit, avec des cordes expansives et un clip, cette fois, pas cheap. Le morceau n'est pas spécialement mauvais, mais a totalement perdu le charme de son premier disque. Que dire alors de Off to the Races, où Lana tente de chanter avec plusieurs voix différentes, y compris une sorte de semi-rap auquel elle ne croit pas elle même. La chanson est excessivement irritante, les backing vocals du genre "on a enregistré à côté d'une radio qu'on a oublié d'éteindre" lassent très vite, et à ce moment-là, on se dit qu'à peine allumé, le néon cheap de l'étoile de Lana s'est déjà éteinte, probablement à cause d'une facture d'électricité impayée. Blue Jeans et Video Games suivent et relèvent évidemment le niveau, leur caractère amateur contrastant avec la production cliniquement froide des autres morceaux. Mais Video Games restera, qu'on le veuille ou non, un des morceaux emblématiques de cette décennie (mais bon, Friday aussi, je suppose).


Le reste de l'album se passe assez mal, surtout qu'il est trop long : 15 morceaux (dans sa version deluxe) aux rythmes quasi identiques et au relief inexistant, ça lasse très vite. On retiendra quand même ceux qui, finalement, ressemblent le plus à Video Games : des ballades sombres et mélancoliques, à l'atmosphère parfois lourde (Carmen) et aux mélodies passables (Dark Paradise). Mais pour deux ou cinq morceaux écoutables (Radio, bien qu'assez détestable, devrait être le prochain single), on a des trucs vaguement hip-hop lourds (Diet Mtn Dew), des choix de paroles douteux (National Anthem ou l'épouvantable Lolita) et une série de chansons quasi impossibles à distinguer les uns des autres (tout le reste).


Lana Del Rey ne méritait pas toutes les critiques qui se sont abattues sur elle suite à sa contre-performance de Saturday Night Live. Mais l'album, contrairement à son premier single, ne vaut malheureusement pas grand chose, et sonne probablement le glas de sa très courte carrière.