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samedi 30 mars 2013

Mars 2013

Même si l'hiver n'en finit pas, le printemps des sorties commence, et avec lui une kyrielle de nouveaux albums avant l'arrivée des festivals d'été. Le mois de mars a vu quelques sorties majeures mais aussi des découvertes (ou redécouvertes) personnelles.


Waxahatchee - Cerulean SaltWaxahatchee, par exemple. Elle (Katie Crutchfield) a sorti son second album début du mois, à mi-chemin entre folk lo-fi et fuzz punkoïde, avec le son de basse de Kim Deal, une voix fantastique et une production sèche qui pourrait passer pour Steve Albini. Bien écrit, varié, Cerulean Salt est une belle découverte, et mon album du mois.


Mars a aussi vu le retour de quelques vieilles gloires plus ou moins avérées. D'abord, évidemment, David Bowie, dont l'annonce de l'album (The Next Day) fut la grosse surprise de ce début d'année. Mais l'autre surprise, c'est la qualité de l'album lui-même. Bowie n'était pas obligé de sortir un album, mais il a fait en sorte qu'il soit bon, étonnamment musclé et digne de sa légende. Puis, il fallait aussi assumer une telle pochette, c'est chose faite. Même si le sport à la mode en ce moment est de raconter un peu partout que l'album est mauvais, histoire de s'attirer un peu d'attention. Retour également pour Depeche Mode, avec un Delta Machine décent mais qui n'apporte pas grand chose, comme si ceux qui furent pionniers autrefois se contentent dorénavant de suivre. Par contre, on peut être surpris par le Bloodsports de Suede, qui prouve que des groupes qui se reforment initialement pour l'argent la nostalgie peuvent aussi toujours créer du nouveau et bon matériel. Finir par quatre ballades consécutives n'était peut-être pas une bonne idée, mais bon, on chicane.


Contrairement à ce que j'avais écrit à l'époque d'Angles, les Strokes existent toujours et sortent leur cinquième album, Comedown Machine. Il faut dire que ce n'était pas gagné, compte tenu du temps de gestation et du résultat médiocre de l'album précédent. Ce dernier n'est pas sans faille, loin s'en faut, mais il sonne comme celui d'un vrai groupe, même s'il est un peu bizarre quand même. On n'aura jamais de second Is This It, le groupe le sait et agit en conséquence. Pour Black Rebel Motorcycle Club, qui a connu le succès en même temps, c'est un peu différent. Specter at the Feast est trop dépendant de leur catalogue et réputation pour être vraiment considéré comme autre chose qu'un album de plus.


Mars a également vu les sorties d'albums de Trent Reznor et Dave Grohl, indépendamment de leur rôles principaux et habituels. Reznor a enfin lancé l'album de How to Destroy Angels (Welcome Oblivion), groupe qu'il forme depuis 2010 avec la chanteuse Mariqueen Maandig, son comparse de BO Atticus Ross et l'artiste visuel Rob Sheridan. Pour mieux apprécier l'importance que Reznor accorde à ce projet, pensez à ceci : il a choisi la semaine de la sortie de l'album pour annoncer le retour de Nine Inch Nails, en pause depuis 2009. Dave Grohl, quant à lui, s'est donné les moyens de réaliser deux rêves en un : un film sur l'histoire du studio californien Sound City et un album de nouveaux morceaux reprenant une liste all star d'artistes ayant enregistré là bas. Malheureusement, la révérence de Grohl envers certains artistes sérieusement AOR empêchent l'album de décoller, malgré des efforts louables de la part de Paul McCartney (Cut Me Some Slack, alias Helter Skelter part II) ou l'hypnotique Mantra, oeuvre de la dream team Grohl / Homme / Reznor.


Comme je vous disais, pas mal de gros trucs, et comme souvent, pas nécessairement les meilleurs. Niveau indie, on a tout ceci, ce mois-ci. D'abord, encore un nouvel album de The Men (New Moon), leur quatrième en quatre ans. Et ils continuent encore et encore une certaine évolution vers une musique plus "classique", tout en restant intense et excellente, peut-être juste un peu moins focalisée. Mais les fans de la première heure pourraient ne pas trop apprécier un virage qu'on pourrait stupidement qualifier de plus commercial. J'avais un peu oublié Devendra Banhart et j'avais sans doute tort : relativement éloigné du freestyle hippie d'il y a quelques années, Mala est un chouette album réfléchi, mélodique, personnel et tout de même un peu débridé. On connaissait Daughter et sa sad-cold-folk-quelque chose comme ça depuis 2010, et le premier album If You Leave (forcément chez 4AD) ne déçoit pas, ou du moins ne change pas d'orientation. Pas très varié, mais pour ce que c'est, c'est très bon.


En montant les amplis et la pédale fuzz, on retrouve Purling Hiss (Water on Mars), qui empoche provisoirement le titre de dévots de Dinosaur Jr. de l'année ; Suuns, dont Images du Futur serait un excellent album s'il n'avait déjà pas été enregistré par Clinic ; Wavves qui s'éloigne de plus en plus du surf rock pour aller faire coucou du côté de Seattle ou encore Golden Grrrls, trio indie-rock énergique, mélodique et catchy de Glasgow (Golden Grrrls). Enfin, après Palma Violets, c'est maintenant Peace qui fait la couverture de NME. Leur album, In Love, n'est pas mauvais du tout, mais je ne suis pas certain qu'il s'agit d'un plagiat, d'un pastiche ou simplement d'un hommage du rock anglais entre, disons, The Stone Roses et Definitely Maybe.


Le mois d'avril sera très chargé en sorties, on en reparle sur le Tumblr et ici dans un mois. En attendant, voici le traditionnel playlist Spotify du mois de mars!


lundi 4 mars 2013

Février 2013

Février a commencé avec une énorme surprise : m b v, l'album de My Bloody Valentine, le premier en vingt-deux ans, n'est plus un rêve, une chimère, un vague projet sans cesse repoussé. On pouvait l'écouter (et depuis quelques jours, le toucher), il existe vraiment. Ce qui est encore plus extraordinaire, c'est qu'il est vraiment très bon, totalement hors du temps, comme son génie géniteur Kevin Shields. J'ai rédigé une chronique pour Shoot Me Again, et il est facilement mon album du mois. Il est suivi de près par Iceage, gang danois de sales gosses qui poussent l'esprit punk très loin, avec une attitude authentique alliée à une manne d'influences très variées qui ont donné un second album (You're Nothing) intense, sans compromis et d'une puissance rare.


mbv


On aura eu moins de "grosses" sorties qu'en janvier mais plutôt quelques extraits et streams d'albums importants à venir (Strokes, Phoenix, Bowie, How to Destroy Angels notamment). Cependant, quelques sorties sont à signaler. Côté UK, Foals aimerait probablement suivre la trajectoire de Biffy Clyro : commencer par un succès critique avant de conquérir les foules. Holy Fire est clairement leur album le plus accessible, mais manque de punch et reste sans doute trop cérébral. Malgré mes efforts et tout le respect que j'ai pour le groupe de Yannis Philippakis, je n'ai jamais pu vraiment aimer Foals.


Johnny Marr et Palma Violets sortaient leur premier album. Pour Johnny Marr (The Messenger), évidemment, ce n'est pas loin de l'abus de langage, il faudrait probablement un mois pour faire la liste des artistes et groupes avec qui Marr a joué. Evidemment anachronique, son album est très bon, même si assez anecdotique. Sa voix juste mais sans grande personnalité nous rappelle pourquoi il a toujours préféré être un peu (et brillamment) en retrait. Pas de carrière à la Smiths, ni même à la Bromheads Jacket pour Palma Violets. Leur début (180) est aussi bordélique que prévu, mais très inégal (= trois bons morceaux, beaucoup de remplissage). Une fois de plus, le NME aurait du la fermer plutôt que de foutre une pression insoutenable sur ces pauvres gars qui méritent de grandir tranquillement.


Heureusement, Veronica Falls (Waiting for Something To Happen) redore le blason de l'indie UK avec un chouette album qui arrive à faire au moins aussi bien que leur excellent premier tout en conservant leur son et leur fraîcheur. De l'autre côté de l'Atlantique, on monte le son avec Pissed Jeans, toujours sans compromis mais de plus en plus précis et dynamique (Honeys), The Bronx qui revient enfin au punk/hardcore intense après leur sympathique parenthèse mariachi (The Bronx IV) ou Screaming Females qui fait suite à l'excellent Ugly de 2012 avec un EP de sept titres (Chalk Tape) plutôt expérimentaux (et cinglés) et qui les voit évoluer comme jamais auparavant. Darwin Deez et Eels ont aussi sorti leurs nouveaux opus, qui ne m'auront pas spécialement marqué.


Shields et Marr ne sont pas les seuls vétérans de retour en ce début d'année. Nick Cave et ses Bad Seeds ont mis de côté les incendiaires Grinderman pour un magnifique Push the Sky Away aérien et limpide, Thom Yorke (Atoms for Peace) a rassemblé Godrich, Refosco, Waronker et Flea pour un Amok suite logique de The Eraser alors que Thurston Moore a réussi un petit exploit avec son nouveau groupe depuis la fin (définitive?) de Sonic Youth : Chelsea Light Moving le voit reprendre sa Fender Jaguar et ses pédales pourries puis son album le plus noisy depuis un sacré bout de temps. Une dernière mention à Fat Goth (Stud), sorte de garage punk math metal plus sérieux que leurs titres de morceaux ne le font penser. C'est sorti en janvier, mais l'auteur de comics Kieron Gillen me l'a fait découvrir récemment, et je pourrais peut-être en reparler bientôt.


(Presque) tout cela est en écoute dans le playlist Spotify, ainsi que quelques extraits d'albums sortant bientôt (et Pulp - After You parce que j'ai oublié la fois passée). N'hésitez pas à me dire en commentaire si j'ai oublié un album ou l'autre, et rendez-vous sur le Tumblr pour des mises à jour quotidiennes.


mardi 26 février 2013

Janvier 2013

Plutôt que de ne rien écrire et de tout balancer fin de l'année, tout en oubliant la moitié de ce qui est sorti, j'ai eu l'idée d'écrire une sorte de récapitulatif mensuel, accompagné d'un playlist des morceaux marquants du mois + de ce qui sortira le mois suivant. J'y ai pensé un peu tard pour faire janvier à temps, mais bon, je fais janvier maintenant, février dans quelques jours, et puis ça sortira en fin de chaque mois. Je prévois aussi une possibilité de rattrapage pour ce que j'aurai évidemment oublié. Soit. Janvier 2013.


Il fut un temps où janvier était un mois dépourvu de sorties intéressantes. Ce n'est plus le cas maintenant, tant d'albums sortent qu'il faut bien les caser quelque part. Et l'année dernière, un des tous meilleurs albums de 2012, Attack on Memory, est sorti en janvier. On ne rigole plus avec janvier, donc. Par contre, décembre... Soit, encore.


La plus grosse sortie de janvier est sans doute Opposites, de Biffy Clyro. Absolument énormes en UK, ce qui n'était pas gagné du tout vu la bizarrerie de leurs trois premiers albums, ils tentent depuis de rester cohérents tout en devenant accessibles. Opposites est très casse-gueule, car c'est un double album. Comme à chaque fois (ou presque?) on aurait pu supprimer quelques morceaux et gagner en compacité, mais rien n'est mauvais, chaque piste se serait battue pour garder sa place. On regrettera peut-être le fait qu'ils n'ont pas trop profité du concept pour varier et évoluer musicalement, prendre un peu plus de risques, quoi. Opposites est quand même très bien, et Biffy Clyro est peut-être le seul groupe rock mainstream (et à succès, n°1 UK) crédible à l'heure actuelle.


THOAP


Mais mon album préféré (je ne parle plus de "meilleur", ça n'a aucun sens) est Out of View, de The History of Apple Pie. Un peu comme The Joy Formidable (on en reparle juste après), les très googlables THOAP ont sorti quelques morceaux depuis 2011, et maintenant enfin leur premier album, un fantastique mélange de mélodies pop dans un océan de guitares fuzz jouées par des musiciens qui regardent sans doute trop souvent leurs chaussures. La voix gentiment sucrée de Stephanie Min fonctionne parfaitement dans un album fun et adorable, même si légèrement anachronique. J'hésite juste entre See You et Mallory comme single de l'année. Pas du mois, de l'année.


The Joy Formidable, donc, ont sorti leur second album, et cela fait du bien d'enfin entendre des nouveaux morceaux. Wolf's Law est un second album tout ce qui est de plus classique, le groupe qui continue sur la même lancée, en raffinant l'écriture. Rien à jeter, mais il ne me semble pas qu'il aura le même impact que The Big Roar, et qu'il permettra au groupe d'accéder à ce qui semble être leurs désirs, le statut de groupe sinon de stade, de grosses salles. Mais ils ont joliment progressé dans les mélodies comme le montrent Silent Treatment ou le cinématique (presque) final The Turnaround, sans oublier des morceaux plus directs comme Cholla ou le New Orderesque This Ladder is Ours. Et The Maw Maw Song, complètement cinglé.


On retiendra aussi le premier album solo de l'ex-Girls Christopher Owens, court album-concept autour d'une certaine Lysandre (oui, Lysandre est un prénom masculin, mais bon, c'est une française - c'est pour rire, hein). Romantique à souhait, l'album est construit autour d'un thème vaguement médiéval que l'on entend à plusieurs reprises le long d'un album qui sert plutôt d'introduction à Christopher Owens en tant qu'artiste solo. Je ne serais pas surpris d'avoir un nouvel album d'ici décembre.


Dans la catégorie indie, on n'oubliera pas Yo La Tengo, avec un Fade presque trop parfait, Everything Everything en mode arty ou Unknown Mortal Orchestra (II) confirmant le talent particulier de Ruban Nielson, peut-être le Kevin Parker de 2013. On a aussi Tegan and Sara (Heartthrob) qui se la jouent (très bien) synthpop, les révisionnistes indie Foxygen, les énergiques, entraînants et sans aucune honte (solos de guitare! trompette! cowbell!) Free Energy (Love Sign) et Parquet Courts, que j'ai découvert grâce à la ressortie de Light Up Gold, sorti tellement intimement en 2012 qu'on peut dire qu'il est vraiment sorti cette année (oui, ça m'arrange). Pensez Pavement avec la tension de Wire.


Un peu plus bruyant, le grand retour de Tomahawk et son all-star band (Mike Patton, John Stanier, Duane Denison et Trevor Dunn) pour un Oddfellows un peu moins tordu que d'habitude, qui rappelle même parfois Faith No More (conséquence de la tournée de réunion?). Bad Religion a sorti son seizième (seizième!) album (True North), mais j'ai surtout accordé de l'attention au gang surf/punk bordélique FIDLAR ainsi qu'à California X, nouveau groupe sludge/punk qui vient du même endroit que J Mascis et le prouve avec brio.


Vous pouvez écouter des extraits de tout cela dans ce playlist Spotify, avec en plus le premier extrait du futur album de Paramore (Now) et le premier morceau solo de Kim Deal (qui vient d'un 7").



À dans quelques jours pour parler ce qui s'est passé en février.

dimanche 25 novembre 2012

Soundgarden - King Animal





A lire sur Shoot Me Again!



vendredi 6 juillet 2012

Blur - Under the Westway / The Puritan



Les voilà enfin, les deux premiers morceaux de Blur depuis 2003 (si on ignore le sympathique mais anecdotique Fool’s Day). Enregistrés à l’occasion du concert de clôture des Jeux Olympiques de Londres, qui verra Blur tenir la tête d’affiche à Hyde Park devant, notamment, The Specials et New Order, ces deux morceaux vont forcément, faire couler pas mal d’encre, électronique ou pas.


Blur peut-il être aussi bon qu’avant? Doivent-ils se reformer indéfiniment pour un nouvel album ou au contraire, Damon Albarn doit-il se concentrer sur ses projets exotico-bizarres? Typiquement, on n’obtiendra aucune réponse immédiate : les deux morceaux se suffisent à eux-mêmes, et méritent chacun quelques mots...


D’abord, Under the Westway. Clairement la face A du single, il était connu depuis quelques mois, car Damon et Graham Coxon l’avaient déjà joué en concert la veille de leur apparition aux Brit Awards. Under the Westway est un morceau très anglais, très classique, tant au niveau du thème (le Westway est une célèbre section autoroutière dominant une partie de Londres) que le la composition, qui se rapproche des grandes balades d’Albarn, en plus discret.


Contrairement à ses heures de gloires passées (The Universal, To The End, This Is a Low), Damon ne cherche pas les grandes envolées lyriques : sa voix, qui a mûri, ne pourrait se le permettre. Cependant, il cherche à l’exploiter très intelligemment, en mettant en évidence la qualité de l’écriture du morceau, et une ravissante mélancolie qui ne pouvait venir que de lui.


Mention spéciale aux paroles, qui, après trois albums (Blur, 13 et Think Tank) thématiquement très différents, reviennent aux premières amours de Damon Albarn : sa ville de Londres. Le premier vers : “There were blue skies in my city today”. Pas “the” city, mais “my” city. Et contrairement à ce qu’on pouvait attendre d’une chanson sur Londres, le ciel est bleu et non gris. Albarn évoque ensuite quelques éléments de vie moderne londonienne, et termine avec une subtile référence à une autre chanson dédiée à sa métropole, London Calling.


Musicalement, Damon mène le morceau au piano, alors que Graham Coxon envoie quelques nappes de guitares atmosphériques pendant les couplets. La percussion de Dave Rowntree confère au morceau une qualité aérienne et intense qui sera à en point douter un temps fort (et potentiellement un énorme singalong) des concerts estivaux de Blur.


Enfin, comment ne pas craquer devant les backing vocals de Graham Coxon, peut-être pas ses plus émotionnels (Tender!), mais son “switch off the machines” discret est un des points forts d’un fantastique morceau, qui prouve que Damon Albarn, l’homme derrière Gorillaz, Mali Music, Doctor Dee, DRC Music, Rocketjuice and the Moon, et j’en passe, est peut-être le plus grand auteur-compositeur anglais depuis Paul McCartney.


Après un tel morceau, sa face B (ou seconde face A, selon le point de vue) est forcément plus discrète. Effectivement, mais elle ne doit pas pour autant être sous-évaluée. Après quelques écoutes, The Puritan est loin derrière Under the Westway. The Puritan est juste une chanson fun, avec une ligne de synthé presque embarrassante. Certes, mais après quelques écoutes, comme les meilleurs morceaux, elle se dévoile petit à petit, et c’est sans doute elle qui représente le mieux l’évolution du groupe.


Si Under the Westway aurait finalement pu être écrit et enregistré à n’importe quel moment depuis 1994 (à l’exception de la voix de Damon), The Puritan est clairement ancré en 2012. Structurellement, il n’est pas trop éloigné des morceaux un peu plus punky/bouncy de Blur, comme Coping ou Popscene. Mais alors qu’à l’époque, ils auraient probablement surchargé la production de cordes et (surtout) de cuivres. Ici, rien d’autre que deux guitares, une basse et cette boîte à rythmes marrante qu’Albarn a probablement trouvé aux puces de Portobello Road (enfin, c’est sans doute une app à 75 cents pour iPad, mais ne cassez pas mon rêve, merci).


The Puritan, donc, est un morceau bien enlevé qui perd le peu de prétention qu’il avait au départ au milieu du morceau, avec des “lalala” qui, eux aussi, passeront très bien à Hyde Park. Nettement moins sérieux que sa face A, il permet de constater que Blur a gardé un côté ludique bien sympathique. Et aussi un poil perversif : Damon en profite pour un peu cracher dans la soupe, en critiquant l’institutionnalisation de l’Angleterre contemporaine (six syllabes, “institutionalised”, Beady Eye ils ne font pas ça, des mots de six syllabes), notamment en ce qui concerne l’hypocrisie des … Jeux Olympiques! Mais on reste dans l’observation sociale typique Albarn période Modern Life is Rubbish/Parklife/The Great Escape, avec notamment l’importance de la TV et de la publicité dans le brouillage des prises de décision de chacun, au moyen, par exemple, de cette très jolie phrase “I’m falling into something that plays upon the metronome in your heart”.


Le morceau est donc conduit par cette ligne de synthé absolument pas sérieuse du tout, et il prend une tournure carrément bordélique quand Coxon balance des bonnes grosses doses de feedback sur le refrain. Si Under the Westway était le retour sérieux, The Puritan est la flipside fun, mais pas seulement.


Tout ça nous amène à une double conclusion. D’abord, oui, il y a une énorme place pour Blur dans le paysage musical contemporain. Pour la nostalgie, certainement : ils ont rempli Hyde Park sans difficulté. Mais ces deux nouveaux morceaux montrent que même si les carrières solo de Coxon et Albarn sont couronnées de succès, quand ils sont ensemble, avec Dave Rowntree et (quand même) Alex James, c’est encore autre chose, et c’est fantastique.


Blur reviendra dans l’actualité le dernier jour de juillet avec un énorme box set reprenant l’intégralité de leur discographie (faces B et albums) ainsi que des tonnes d’inédits (j’accepte les cadeaux et donations :) ) et sera donc à Hyde Park mi-août en clôture des Jeux Olympiques. Ce concert sera notamment précédé de quatre concerts d’échauffement, je vous parlerai de celui de Wolverhampton si tout se passe bien.



dimanche 15 avril 2012

Blood Red Shoes - In Time to Voices


Album numéro trois pour le duo Laura-Mary Carter et Steven Ansell, autre preuve qu’il faut impérativement avoir une couleur dans son nom si on veut faire du rock ‘n roll en duo. Carter et Ansell, qui viennent de Brighton, ont fait parler d’eux ces dernières années en alliant le minimalisme relatif des groupes basse/batterie à une puissance qui lorgnait vers l’altrock US, Sonic Youth, Nirvana, Fugazi, tout ça. Point de post-Britpop pour ces deux-là, dont les performances scéniques enflammées étaient assez bien retranscrites sur disque. In Time to Voices, sans renier complètement le passé, explose totalement le canevas dans lequel s’était peut-être enfermé Blood Red Shoes. C’est certainement leur album le moins excité, mais c’est aussi le plus riche, le plus varié, le plus complet.


Le morceau-titre qui entame l’album en est un parfait exemple. Aucune volonté manifeste d’engluer l’auditeur sous les décibels, malgré une notable influence shoegaze, mais plutôt une attention poussée vers l’écriture et le souci du détail : une batterie moins rentre-dedans, une voix plus douce (mais qui peut devenir sérieusement acide) et nettement plus assurée pour Laura-Mary. Lost Kids est quant à lui réminiscent d’une scène indé plutôt anglaise, Idlewild, Reuben, toutes ces bonnes choses maintenant éteintes.


Comme toujours chez Blood Red Shoes, les voix se partagent entre les deux membres, même s’il me semble (purement une impression, je précise) qu’Ansell est plus présent que Carter. Le single Cold les voit se partager le micro pour un morceau qui lui, me fait penser à une autre balise du rock indé, Melissa Auf der Maur. Trois morceaux, rien à jeter, et une entame d’album impressionnante non par son pur volume, mais par, simplement, son excellence.


BRS ne s’arrête pas là, et continue à prendre tout le monde à contre-pied : Two Dead Minutes est froid et fait penser aux Raveonettes, The Silence and the Drones est lancinant, mantrique et comprend même un final avec violons. L’album devient petit à petit plus lent, plus atmosphérique et dense et va même comprendre une ballade fantastique, Night Light, au refrain à tomber. Mais le contre-pied continue, et Je Me Perds les voit endosser le rôle d’un groupe de reprises d’Atari Teenage Riot (pas une mauvaise chose, je précise) avec Carter en parfaite Nic Endo.


Les influences sont reconnaissables, mais inspirées : leur talent de composition éclipse directement quelques réminiscences que l’on pourrait avoir (vous vous rappelez de Cooper Temple Clause?), et fait d’In Time to Voices leur meilleur album, mais aussi le moins évident, et le plus difficile. Ils ont mis la barre tellement haut que les quelques petits défauts ressortent d’autant plus, la différence entre un excellent album et un chef d’oeuvre, sans doute. Mais on a le temps, il arrivera prochainement, leur chef d’oeuvre.


lundi 19 mars 2012

Lana Del Rey - Born To Die


J'ai attendu. La montée du buzz, la sortie de l'album, la descente en flammes. Histoire de ne pas la faire King of Limbs, avec une impression immédiate de l'album forcément influencée par tout ce qui entoure la paire de lèvres la plus célèbre depuis Steven Tyler. Donc j'ai attendu jusque maintenant (oui, ça marche aussi pour excuser mon faible rythme de publication), parce que là, Lana, on n'en parle plus. On verra bien vite si le buzz est définitivement terminé, et on va s'attarder sur la seule chose qui est censée compter : sa musique.


On passera bien vite la vie antérieure de Del Rey en tant que Lizzy Grant ainsi que toute accusation de création diabolique de l'industrie du disque : on s'en fiche. Ce qui intéresse, c'est la qualité des morceaux, notamment savoir si Lana est capable de rééditer son premier single très marquant, Video Games/Blue Jeans. Guess what? Non. Mais alors, vraiment pas. Autant le dire tout de suite, sans trop de risque d'erreur, rien d'autre sur l'album ne dépasse ces deux morceaux, mélancoliques et mélodiques à souhait.


Le début de l'album est là pour en témoigner : Born to Die était censé être son premier hit vraiment produit, avec des cordes expansives et un clip, cette fois, pas cheap. Le morceau n'est pas spécialement mauvais, mais a totalement perdu le charme de son premier disque. Que dire alors de Off to the Races, où Lana tente de chanter avec plusieurs voix différentes, y compris une sorte de semi-rap auquel elle ne croit pas elle même. La chanson est excessivement irritante, les backing vocals du genre "on a enregistré à côté d'une radio qu'on a oublié d'éteindre" lassent très vite, et à ce moment-là, on se dit qu'à peine allumé, le néon cheap de l'étoile de Lana s'est déjà éteinte, probablement à cause d'une facture d'électricité impayée. Blue Jeans et Video Games suivent et relèvent évidemment le niveau, leur caractère amateur contrastant avec la production cliniquement froide des autres morceaux. Mais Video Games restera, qu'on le veuille ou non, un des morceaux emblématiques de cette décennie (mais bon, Friday aussi, je suppose).


Le reste de l'album se passe assez mal, surtout qu'il est trop long : 15 morceaux (dans sa version deluxe) aux rythmes quasi identiques et au relief inexistant, ça lasse très vite. On retiendra quand même ceux qui, finalement, ressemblent le plus à Video Games : des ballades sombres et mélancoliques, à l'atmosphère parfois lourde (Carmen) et aux mélodies passables (Dark Paradise). Mais pour deux ou cinq morceaux écoutables (Radio, bien qu'assez détestable, devrait être le prochain single), on a des trucs vaguement hip-hop lourds (Diet Mtn Dew), des choix de paroles douteux (National Anthem ou l'épouvantable Lolita) et une série de chansons quasi impossibles à distinguer les uns des autres (tout le reste).


Lana Del Rey ne méritait pas toutes les critiques qui se sont abattues sur elle suite à sa contre-performance de Saturday Night Live. Mais l'album, contrairement à son premier single, ne vaut malheureusement pas grand chose, et sonne probablement le glas de sa très courte carrière.




jeudi 15 mars 2012

Sleigh Bells - Reign of Terror

Ah, le futur du rock n' roll... Sleigh Bells a fait fort avec son premier album, Treats, un étrange mix entre hardcore et mélodies pop, le tout enveloppé dans une production extrême, qui donnait ses lettres de noblesse à la saturation style Loudness Wars. Malgré une certaine répétition, l'effet de surprise de l'album fonctionnait en sa faveur, et même si on était partagé sur les qualités intrinsèques du groupe, au moins, c'était différent. Ce qui est exactement le problème du second album, Reign of Terror.


Le guitariste, producteur et "cerveau" du duo, Derek Miller, a insisté sur la difficulté de création de l'album, notamment en évoquant des drames personnels, comme la perte de son père, ce qui lui fit dire que le titre de l'album devait être pris littéralement. Et il est vrai que thématiquement, l'album n'est pas très drôle. Seulement, tout ce que Miller et son associée, la chanteuse Alexis Krauss, veulent dire ou exprimer est enfoui dans la production étouffante de Reign of Terror, ou chaque millimètre de l'espace stéréophonique est capturé par une envie, un besoin de faire du bruit. Ce qui est, je le concède, un moyen d'expression, mais sans doute pas le plus efficace, surtout quand la même technique a déjà été utilisée deux ans auparavant.


Vous l'aurez compris, Reign of Terror, c'est Treats en plus fort, plus bruyant, plus extrême et plus saturé. Pour évacuer la pression, le premier morceau de l'album joue sur l'autodérision, avec Alexis Krauss jouant du "are you ready motherfuckers" comme si elle était Axl Rose arrivant sur scène deux heures en retard après avoir bouffé trois seaux du KFC. Bien qu'amusant quelques secondes, on finit par se demander si le morceau (Shred Guitars) est vraiment ironique. Les meilleurs morceaux de l'album (Born to Lose, End of the Line, Comeback Kid) allient la production pan dans ta gueule et la grosse guitare de Miller au chant de plus en plus RnB de Krauss, qui veut probablement devenir la Beyoncé de Pitchfork.


Parfois, cela fonctionne, mais la formule est tellement limitée qu'on se lasse très vite, et la seconde partie de l'album se passe péniblement, sans relief, en se demandant combien de fois il est possible de placer des claquements artificiels de mains et de doigts dans un album. Reign of Terror est probablement un "meilleur" album que Treats, mais comme (What's The Story) Morning Glory l'était par rapport à Definitely Maybe. Les morceaux sont plus aboutis, le groupe joue mieux (enfin, tout est relatif), mais on s'ennuie nettement plus. Ce relatif échec stylistique peut être considéré comme une sorte de désaveu des techniques de (sur)production actuelles, qui peuvent faire beaucoup mais qui ne remplaceront jamais ce qui fait un bon album : des bonnes chansons.

samedi 11 février 2012

Cloud Nothings - Attack on Memory

Dans dix mois, on compilera les meilleurs albums de 2012, les surprises, les déceptions. Si Attack on Memory n'est pas dans le top 10, alors 2012 aura été une année exceptionnelle. L'album précédent de Dylan Baldi, Cloud Nothings, était déjà dans pas mal de listes l'an dernier, mais cette fois, il a atteint un tout autre niveau. Cloud Nothings était frais, lo-fi, pop, charmant et efficace. Mais Baldi avait d'autres ambitions, qui dépassaient largement le cadre trop structuré de la pop song dite facile. Alors, il s'est entouré de trois musiciens (il jouait de tout sur ses anciens morceaux), a engagé Steve Albini pour enregistrer un son viscéral, brut et forcément sans artifice, et voici le résultat.


Baldi semble tellement obsédé par montrer son évolution que l'album commence par deux morceaux qui n'ont rien à voir avec ses précédentes productions. No Future/No Past est une ouverture absolument parfaite, rappelant la morosité lancinante de certains morceaux de Nirvana en se terminant par une explosion sonore rappelant... d'autres morceaux de Nirvana. Il reprendra d'ailleurs le nihilisme qui caractérisait cet autre génie lofi un peu plus loin, sur No Sentiment ("No nostalgia / No sentiment"). Mais Baldi est loin d'être un plagiaire, il ne fait que revendiquer ses infuences. Wasted Days semble plus direct, mais après environ trois minutes, un long pont instrumental rappelle à l'auditeur que Cloud Nothings veut maintenant être un vrai groupe qui fait des chansons taillées pour la scène et plus pour la chambre à coucher de Baldi. Baldi qui termine en gueulant "I thought / I Would / Be more / Than this" avec une conviction poignante qui montre qu'il croit en ce qu'il fait, que son coeur est clairement au bon endroit. Wasted Days est leur Whirring, en mieux encore : que de chemin parcouru depuis Hey Cool Kid.


Après cette démonstration de force, on pourrait presque en rester là. Et Cloud Nothings (on va arrêter de ne parler que de Baldi, Cloud Nothings est un groupe, maintenant) tient à ne pas en faire trop, ce qui est une preuve de sagesse : Attack on Memory ne dure que 8 morceaux et 33 minutes, malgré le fait que Wasted Days prend le quart de la durée à lui seul. Fall In permet à l'auditeur de (re)trouver ses repères, avec une production plus lofi (enfin, c'est Albini, ce n'est pas non plus très glossy), on pourrait presque se retrouver sur l'album précédent. Mais même si Baldi a prouvé qu'il était un multi-instrumentiste talentueux, avoir un vrai groupe derrière lui permet de s'exprimer comme il le souhaite, dans ce cas en version pop, mais un peu plus loin en version Strokes : Stay Useless reprend une partie de Hard to Explain mais le transforme en quelque chose de nettement plus puissant et sauvage.


L'album ne souffre d'aucun temps mort, d'aucune faiblesse. Sa face B reprend les mêmes ingrédients : un peu de mélodie, pas mal de puissance et de nervosité, et beaucoup de talent. Baldi réussit quelque chose de rare : montrer qu'il peut faire pas mal de choses (ce qui n'était pas certain au départ) sans se dissiper, qu'il peut écrire de vraies chansons tout en gardant l'énergie qui caractérisait ses premières productions, même si on peut éventuellement regretter le charme bricolé du passé. Mais l'aspect le plus impressionnant d'Attack on Memory, c'est que même s'il s'agit sans nul doute d'un des albums de 2012, on sait, on sent qu'il peut faire encore mieux, encore plus fort. Nous assistons actuellement à la montée en puissance de quelqu'un qui sera peut-être un des musiciens/compositeurs les plus talentueux de la décennie. Et pour un genre musical qui est mort une bonne centaine de fois ces dix dernières années, c'est extrêmement excitant et prometteur. No Future/No Past? No Way.

samedi 31 décembre 2011

Mon année 2011, dernière partie + playlist Spotify

Voilà, 2011, c'est (presque) terminé. Encore deux petites choses avant de clôturer cette année, la huitième de Music Box. D'abord, je n'ai absolument pas pu/voulu classer mon top 5 de l'année, qui apparaît donc ici par ordre alphabétique. Pourquoi? D'abord parce que, comme déjà écrit auparavant, je n'aime pas la compétition, les classements et les listes, mais aussi parce que chacun des cinq albums qui suivent ont tous été, à un moment donné, mon album préféré de l'année.


Ensuite, j'ai compilé un (une?) playlist Spotify avec cinquante morceaux qui résument assez bien ce qui a été cette année, pour moi. Ici aussi, les morceaux sont présentés alphabétiquement, donc le mode aléatoire est très chaudement recommandé.


Voici donc mes cinq albums préférés de l'année. See you next year!


Arctic Monkeys - Suck It And See





Oui, j'aime peut-être Arctic Monkeys un peu trop. Et alors? Je constate que depuis leurs débuts fracassants, ils n'ont jamais cessé d'évoluer, et leur quatrième album est peut-être leur plus cohérent, à la croisée des trois précédents et d'un sens mélodique inné. On n'oubliera pas d'évoquer non plus les prouesses lyriques d'Alex Turner, pour qui le cliché "meilleur parolier anglais depuis Morrissey" est probablement exact, mais sans oublier l'évolution tout aussi constante des musiciens. On connaissait déjà ce que le batteur Matt Helders était capable de faire, on découvre ici encore un peu plus les lignes de basses complexes et maîtrisées de Nick O'Malley. Puisqu'il faut trouver quelque chose, on regrettera peut-être la présence du stupide Brick by Brick, mais Arctic Monkeys n'en a jamais fait qu'à leurs têtes, et placer un tel morceau comme premier extrait de l'album quelques mois avant sa sortie, était une nouvelle tentative, réussie, de brouillage de pistes. Rarement un groupe aura été aussi bon après quatre albums (Standing on the Shoulder of Giants?), et le groupe ne semble pas vouloir s'arrêter en si bon chemin. Probablement le meilleur groupe rock moderne actuel.


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The Joy Formidable - The Big Roar


J'ai écouté The Joy Formidable par curiosité, après avoir lu une comparaison avec Nirvana et My Bloody Valentine. Étrangement, la comparaison est valable : le power trio gallois alliant la puissance brute des premiers avec le maelstrom sonore des seconds. Mais ils sont bien plus que ça, que ce ne soit que grâce à la personnalité et la voix de la minichanteuse Ritsy Bryan. Un premier album très abouti, puissant et confiant, qui donne beaucoup d'espoir dans un avenir pourtant semé d'embûches. Mais ça, ils le savent probablement très bien. En attendant le syndrome du second album, le premier a bien mérité sa place cette année. Puis, Dave Grohl aime bien, qui suis-je pour le contredire?


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J Mascis - Several Shades of Why




J Mascis est un des plus fantastiques guitaristes de tous les temps, et je n'essaierai même pas d'argumenter. Il joue aussi très très fort. Quand on a su qu'il sortait un album solo majoritairement acoustique, on pouvait se poser des questions. C'était sans compter sans l'autre énorme talent de J : sa voix. Sous-évaluée derrière sa cape de guitar hero, elle est capable de transporter au moins autant d'émotions que sa Fender Jaguar. Et quand Mascis utilise ces deux talents au service de chansons superbement écrites, et parfois relevées de collaborations aussi efficace que discrètes (Kurt Vile, Ben Bridwell, Kevin Drew), on arrive sans peine à un des plus beaux albums de l'année, et un des plus chargés en émotion. Tout cela (presque) sans guitare électrique...


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Wild Flag - Wild Flag


Un nouveau groupe qui envoie toutes guitares dehors des mélodies somptueuses et des morceaux très entraînants. On ajoute à cela une alternance entre les deux vocalistes qui empêche toute lassitude, et on arrive à un des meilleurs premiers albums de l'année. Mais alors, pourquoi est-ce qu'on n'a pas encore plus parlé d'un groupe qui semble être une valeur à suivre pour l'avenir du rock? Probablement parce que même s'il s'agit du premier album de Wild Flag, ses membres ne sont pas inconnus du tout, ayant sévi dans Sleater-Kinney (Carrie Brownstein et Janet Weiss) ou encore Helium (Mary Timony). Qu'importe, Wild Flag nous a tout simplement livré un des meilleurs albums de rock de l'année. Oui, c'est sans doute assez classique, elles ne réinventent pas la roue, mais elle n'a jamais eu besoin d'être réinventée non plus. Le ton des guitares est fantastique, la batterie percutante, et comme pour Sleater-Kinney, il n'y a pas de basse mais un clavier qui ajoute une dimension supplémentaire (mais discrète) au son. Et ça fait beaucoup du bien. Rock 'n roll is dead, right? RIGHT?


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Yuck - Yuck


Bon, je plaide coupable. I'm a child of the nineties, et tout ça, c'est exactement le piège dans lequel je peux tomber. Dinosaur Jr, My Bloody Valentine, Pavement, Teenage Fanclub et j'en passe, Yuck ne fait que recopier tout ce que leurs ainés ont fait. Suicide Policeman est la plus belle chanson qu'Elliott Smith n'a jamais écrit, Operation est quasi une reprise de Teen Age Riot. Mais ils le font si bien, avec une production lofi pourrie et une guitare Mascisesque à souhait, que je ne peux rien leur reprocher. L'avenir nous dira si leur attitude slacker et leur collection de vieilles pédales pourries ne sont que des gimmicks opportunistes, mais ici et maintenant, c'est un de mes albums préférés de l'année, et un de ceux que j'ai le plus écouté.


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vendredi 30 décembre 2011

Mon année 2011, troisième partie

Vingt albums pour résumer une année si riche, c'est peu. Ce n'est pas parce que j'ai très peu écrit (un "record", depuis 2003) que je n'ai rien écouté, heureusement. Beaucoup d'autres albums méritaient au moins une mention, sinon une chronique. D'abord, les EP. J'aime beaucoup les EP, parce que j'aime quand les albums sont courts, souvent. Cette année nous a amené quelques excellents EP, comme ceux de Trash Talk (six minutes de pure perfection hardcore), de Future of the Left (qui annonce un album l'an prochain), du projet de Shaun Lopez et Chino Moreno Crosses, des reformés et toujours excellents Chokebore et évidemment d'Alex Turner, dont la courte BO du film Submarine aura apporté à cette année ses moments les plus tendres. Mais on n'oubliera pas non plus les albums de Black Box Revolution (bien qu'ils n'ont pas évolué du tout), des Black Keys (idem), des Kills (idem), des écorchées vives EMA et Zola Jesus, de Battles (moins expérimentaux qu'avant, mais plus fun), des Raveonettes quand même, d'Art Brut (que ce ne soit que pour les paroles d'Eddie Argos), de dEUS et Jane's Addiction (mieux que le précédent, mais moins bien qu'avant), de Stephen Malkmus qui se l'est jouée Pavement, de Thurston Moore qui se l'est jouée acoustique (tous deux produits par Beck) et j'en passe et certainement des meilleurs, comme Girls, dont j'ai vraiment beaucoup aimé le single Vomit, mais le reste, j'ai du mal. Ou encore Destroyer, que j'aurais certainement inclus dans le top si je l'avais écouté plus tôt. Mais bon.


(edit : et je viens de découvrir St. Vincent, trop tard...)


Ceci dit, voici la troisième partie du top 20, de 10 à 6. Prochain épisode demain avec le top 5 et la playlist Spotify très fourre-tout.


10 Iceage - New Brigade



L'autre côté du punk moderne. Contrairement à l'overdose de Fucked Up, l'album ne dépasse pas 25 minutes (12 morceaux) durant lesquelles on ne sait jamais si la balance va tomber sur le mot "post" (la reverb, les guitares angulaires) ou plutôt sur le mot "punk" (le rythme, les paroles scandées souvent inintelligibles). Je la fais tomber sur le mot fantastique, parce que ces jeunots (18 ans) danois ont réalisé le brûlot de l'année : incandescent, coruscant, très intense et hautement recommandé.


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9 Cloud Nothings - Cloud Nothings


Tiens, encore un peu de lo-fi. Cloud Nothings, c'est Dylan Baldi, un jeune homme très talentueux capable d'écrire des popsongs parfaites avec trois bouts de ficelle. Il me fait un peu penser à Harlem, l'an dernier. Très ensoleillé, l'album, forcément court, est une bien agréable bouffée d'air frais, entre morceaux enlevés un peu simples mais efficaces et superbes balades mélancoliques. On n'est pas dans l'expérimentation, bien entendu : deux accords, une pédale fuzz, une batterie sèche et une voix pas trop assurée. Mais que vouloir de plus? Réponse : un prochain album produit par Steve Albini (!) qui sort dans même pas un mois.


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8 Rival Schools - Pedals


Il aura fallu dix ans à Walter Schreifels, Ian Love, Cache Tolman et Sammy Siegler pour produire une suite à United by Fate, album culte d'un groupe qui l'était devenu suite à sa très longue pause. Contre toute attente, Petals est au moins aussi bon. Il est en tout cas plus varié, passant de moments limite pop (69 Guns) au postemohardcoremachin qui leur sied si bien (Eyes Wide Open). Terribles mélodies, production parfaite (Ian Love a passé ces dix ans à enregistrer et produire) et la voix inimitable de Schreifels pour un album court et excellent de bout en bout. Seul problème? Le guitariste Ian Love est déjà reparti. Et même si Rival Schools compte continuer en trio, rien ne sera plus jamais comme avant. Mais ces deux albums resteront pour toujours.


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7 Josh T. Pearson - Last of The Country Gentlemen



La claque de l'année. Josh T. Pearson est l'ancien chanteur/guitariste/poète maudit de Lift to Experience, et sur son premier album solo, il livre son âme. Gros cliché? Non, il livre véritablement son âme. Accompagné d'une seule guitare acoustique (et de cordes arrangés par Warren Ellis) il chante/parle en flux de conscience, en n'ayant littéralement rien à foutre. Aucune tentative de faire rimer ses phrases, aucun effort de rester bref (certaines chansons dépassent allégrement les dix minutes, dix minutes d'un type seul avec sa guitare, je répète) et aucun essai de diluer son personnage, qui apparaît comme le plus sombre pauvre type depuis le Rivers Cuomo de Pinkerton. Mais Pearson le fait avec une telle honnêteté qu'il a réussi, avec cet album, à faire avancer la science : j'ignorais qu'il était possible de rester bouche ouverte sans respirer pendant treize minutes.


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6 PJ Harvey - Let England Shake



J'ai souvent eu du mal à vraiment rentrer dans l'univers particulier de PJ Harvey, pour des raisons que je n'arrive pas vraiment à expliquer. Mais Let England Shake, qu'on le veuille ou non, est un grand album. Composé majoritairement à l'autoharpe, il évoque l'état passé, présent et futur d'Albion, ce qui lui confère un caractère intemporel. Album étrange, inhabituel, riche et dense, Let England Shake est exceptionnel, dans tous les sens du terme, et apportera quelque chose de plus à chaque écoute, récompensant ainsi l'auditeur attentif, notamment aux paroles.


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lundi 26 décembre 2011

Mon année 2011, seconde partie

Chaque année apporte son lot de bonnes surprises, mais aussi de déceptions. 2011 aura vu, une fois de plus, un paquet de vieilles gloires se reformer (Soundgarden, Pulp, Suede, Stone Roses et environ trois millions d'autres) mais on attend toujours du nouveau matériel pour la plupart d'entre eux, qui se contentent de se la jouer Pixies. En ce qui concerne les vieilles gloires qui elles, ont sorti de la nouvelle musique, le bilan n'est pas très réjouissant. Red Hot Chili Peppers, Incubus, Korn, Limp Bizkit : moins on parle de leurs nouvelles productions, mieux c'est. D'autres ont été moins mauvais, mais sans plus : le retour de Blink-182 était très dispensable, et la somme de Beady Eye et de Noel Gallagher's High Flying Birds ne vaut clairement pas Oasis. Mention encore plus spéciale à Coldplay, qui continue à réinventer le concept du c'est-pas-un-plagiat-mais-un-hommage et, naturellement, l'exploit olympique de Lulu. On aura aussi pu être déçu de tous ces groupes dont on nous promettait monts et merveilles, et qui n'auront juste tenu que le temps d'une couverture du NME, avant la sortie de leur album, évidemment. WU LYF (dont l'album n'est pas mauvais, mais...), (Viva) Brother, Frankie and the Heartstrings ou les Vaccines s'y reconnaîtront. Enfin, d'un point de vue purement personnel, je n'ai pas accroché à M83, et je ne supporte toujours pas Bon Iver, désolé.


Voici maintenant le second quart du "classement" de mes albums préférés de 2011, de 15 à 11.


15 Dum Dum Girls - Only In Dreams


J'aime beaucoup les Raveonettes, mais force est de constater que les Dum Dum Girls, produites par Sune Rose Wagner (et Richard Gottehrer, évidemment) ont dépassé le maître cette année. On a beau avoir eu ce qu'on attendait d'elles, on est positivement surpris par la relative variété de l'album, dans un contexte (shoegaze pop vaguement éthéré) assez restreint. Mention spéciale à l'hypnotique Bedroom Eyes, mais l'album, court, ne souffre d'aucun point faible. On notera aussi l'EP He Gets Me High, sorti plus tôt dans l'année et d'excellente facture également. D'ailleurs, vu que l'album n'est pas dispo sur Spotify, c'est l'EP qui est en lien ci-dessous.


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14 Fucked Up - David Comes to Life


The Shape of Punk To Come, qu'ils disaient. Le punk, en 2011, c'est ça (et les jeunes du numéro 10, on y arrive) : à savoir prendre les règles, les mettre dans une boîte, sauter dessus à pieds joints et puis la poignarder. Ce qui, finalement, n'a pas vraiment changé en 25 ans ; ce qui a changé, c'est l'application. Fucked Up a sorti un album très, très long (pas aussi long que Lulu, mais long quand même), avec aucun temps mort, et, qui plus est basé sur un concept que je pourrais vous raconter si j'avais réussi à suivre le flot incontrôlable éructé par Damian "Pink Eyes" Abraham pendant une heure et vingt minutes qui cognent fort. Trop fort, d'ailleurs, on pourrait parfois rechercher un peu d'air, et un peu de variété. Mais hey, punk rock. Green Day ce n'est pas.


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13 Beastie Boys - Hot Sauce Committee Part II


On l'aura attendu, cet album. Le trio new-yorkais n'a jamais été pressé (ce n'est jamais que leur troisième album en treize ans, si l'on exclut l'instrumental The Mix-Up), mais le cancer d'Adam Yauch a reporté l'album de plus d'un an. L'attente aura largement valu la peine : HSC2 (le 1 n'existera probablement jamais, comme ils sont drôles) est un excellent album d'un groupe qui n'aura de toute façon jamais été mauvais. Mais de là à être si bon, il y avait une marge, facilement franchie. Samples adéquats, flows inspirés, passages instrumentaux (une majorité de "vrais" instruments) tantôt secs, tantôt planants , une sorte de Sabotage du vingt-et-unième siècle (Lee Majors Come Again) et du tube (Don't Play No Game That I Can't Win) : il y a à boire et à manger, mais rien à jeter. Très impressionnant.


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12 Radiohead - The King of Limbs


AKA the Twitter album. Il est sorti tellement vite, 24 heures avant la date prévue, que tout le monde s'est jeté dessus pour être le premier à en parler. Sauf que tout ce petit monde s'est rendu vite compte qu'il s'agissait de l'opus le plus sombre, le plus expérimental et le moins immédiat de toute leur carrière. Les reviewers plus rapides que leur clavier en ont déduit qu'il n'y avait pas de guitare (il y en a sur chaque morceau, ou presque) et qu'il allait forcément y avoir très vite une suite, on n'allait quand même pas n'avoir que ça. Si on essaie de s'élever un peu au dessus de cet océan de médiocrité, on se rendra compte que TKOL est un album captivant, qui fonctionne comme une unité difficilement divisible, et qui comprend quelques terribles moments de brillance. Et pour ceux qui regrettent un Radiohead un peu plus traditionnel (pas celui de The Bends, quand même), le récent single Staircase/The Daily Mail est à conseiller. Pour ce qu'il est, The King of Limbs est un bon album, mais très insaisissable.


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11 Kurt Vile - Smoke Rings for My Halo


Kurt Vile rend la vie facile. Tout a l'air si simple, pour lui. On a vraiment l'impression qu'il s'assied dans un fauteuil, sort sa guitare, démarre son 4-pistes, et voilà. Springsteen/Young/Dylan post-quelque chose, version bedroom lo-fi. Superbes mélodies, un jeu de guitare aérien et une voix forcément pas trop assurée, à mi-chemin entre ces parangons du brol bricolé que sont Thurston Moore et Graham Coxon. On risque parfois de tomber dans la neurasthénie, mais peut-être qu'un jour, Kurt Vile nous fera un vrai album, bien produit et tout ça. Et on regrettera celui-ci. Très fort.


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La suite bientôt, avec en plus les oubliés de ce classement.

samedi 24 décembre 2011

Mon année 2011, première partie

Drôle d'année, 2011. Beaucoup de buzz pour pas grand chose, des retours fracassants et d'autres complètement fracassés, des gros groupes qui n'en finissent pas de décevoir, des valeurs sûres qui prennent des risques payants, et des trucs populaires/hype que je continue à ne pas supporter. Sur un plan personnel, j'ai perdu un ami cette année, qui était aussi un de mes lecteurs les plus fidèles, et une source d'inspiration constante. Sa disparition est certainement une des raisons pour lesquelles j'ai très peu écrit cette année, mais elle m'a aussi permis de faire la connaissance de personnes qui m'ont aussi permis de découvrir pas mal de trucs, et d'en discuter, de les apprécier. Le cycle de la vie, je suppose. Trève de blabla, comme je n'aurai pas foutu grand chose cette année, je profite de cette fin 2011 pour faire un top 20 argumenté, histoire de faire d'une pierre deux coups. Chaque album (ou presque) est disponible en écoute sur Spotify, et, évidemment, le classement est totalement subjectif et personnel. Je n'ai pas tout écouté cette année, et il n'y a aucune raison qu'un album soit mieux classé qu'un autre, c'est de l'art, pas une compétition sportive quelconque. Il vaut donc mieux ne pas accorder d'importance aux places, et simplement écouter la musique.


On commence avec les places 20 à 16.


20 The Vaccines - What Did You Expect from the Vaccines?



Les Vaccines allaient sauver le rock 'n roll, évidemment. On n'avait plus entendu un tel buzz depuis les Strokes, il y a maintenant dix ans. On en est bien loin : leur premier album est passable sans plus, leur attitude de faux punks/vrais fils à papa est assez méprisable, et leur tendance à mal copier plus ou moins n'importe qui est pitoyable (on laissera le sexisme primaire pour une autre fois). Mais quand on fait les comptes d'une année 2011 où AUCUN des quarante singles les mieux vendus au Royaume-Uni ne provient d'un "groupe à guitare", on se met à espérer qu'un groupe valable se dise qu'il peut faire bien mieux que ça. C'est pour ça qu'il mérite une place dans le top 20, même si au moins 370 albums de 2011 sont meilleurs que celui-ci.


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19 R.E.M. - Collapse Into Now



Parce qu'on n'aura plus jamais l'occasion d'inclure un album de R.E.M. dans un top 20. Parce que, lors de ma chronique initiale, j'écrivais que R.E.M. est un groupe dont on veut qu'il ne se sépare jamais. Parce que Collapse Into Now est un bon résumé de leur carrière, un peu de tout, lent, rapide, pop, rock, et parfois n'importe quoi. Parce que c'est R.E.M., quoi.


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18 Miles Kane - Colour of the Trap


Où Miles Kane devait sortir de l'ombre d'Alex Turner, après moultes collaborations et un projet parallèle. Le succès est au rendez-vous : Colour of the Trap est un album classieux, influencé swinging sixties mais quand même personnel et varié. Kane développe sa propre voix, qui n'est pas mauvaise du tout, on attend juste qu'elle s'émancipe encore un peu plus. Parce que Turner a quand même coécrit la moitié de l'album.


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17 Algernon Cadwallader - Parrot Flies


Certains genres musicaux évoluent bien plus qu'on ne pourrait le croire. Non, l'emocore n'est pas mort, il a juste pris une forme nettement plus inventive et moins irritante. Revendiquant clairement l'influence emo dans la voix (et quand je dis emo, je ne parle pas de Twilight, hein, plutôt de Far, Sunny Day Real Estate, etc.), Algernon Cadwallader envoie le genre dix ans dans le futur avec un jeu de guitare époustouflant et terriblement inventif rappelant autant les méandres géniaux de Stephen Malkmus que les solos d'une note de Neil Young (le terrible premier morceau, Springing Leaks), le tout produit chez Sub Pop. Et tant qu'à faire dans les comparaisons glorieuses des années 90, Robert Pollard aimerait bien avoir toujours autant d'idées excellentes (en moyenne 17 par morceau, Pollard, il fait quinze albums avec ça). Et les mélodies? Si Brian Wilson avait entendu Parrot Flies, il n'aurait jamais voulu retrouver les Beach Boys (façon de parler, son banquier l'aurait convaincu, crise financière et tout ça). Soit, Parrot Flies est un album étonnant et détonnant, dense et chargé émotionnellement mais reste, oui, fun. Une bête étrange, et une jolie découverte personnelle (merci MDEIMC!).


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16 Foo Fighters - Wasting Light



Dave Grohl, il est fort, très fort. Wasting Light a été enregistré dans son garage, directement sur bande, sans ordis, produit par Butch Vig, et avec une apparition de Krist Novoselic. Il le répète tout le temps, à n'importe qui. Finalement, l'album de punk garage abrasif n'aura été qu'un disque de rock contemporain, légèrement mieux que les dernières productions des FF, mais bien loin d'une oeuvre de génie. Reste que Grohl sait écrire d'excellents morceaux (même si trop de pré-refrains tuent le refrain), et la triple guitar arrack (Shiflett - Smear - Grohl) fait parfois très mal (Bridge Burning). Certainement pas un mauvais album (Arlandria, Dear Rosemary comptent parmi leurs meilleurs morceaux), mais l'excitation atteinte à sa sortie est vite retombée.


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La suite (plus ou moins) demain, avec un peu de blabla sur mes déceptions de l'année.

mardi 22 novembre 2011

R.E.M. - Part Lies, Part Heart, Part Truth, Part Garbage 1982–2011

R.E.M., c'est donc fini. Jusqu'à l'inévitable réunion lucrative, disent déjà les plus cyniques. Peut-être, on verra bien. Mais là, maintenant, R.E.M. a tiré un trait sur trente ans de carrière à l'aide de cette compilation qui se veut, pour la première fois, complète. En effet, les précédentes compiles du quatuor devenu trio d'Athens, Georgia étaient éditées par l'un ou l'autre de leurs deux labels successifs, IRS et Warner. Part Lies ... relie les deux périodes, avec treize extraits IRS et vingt-sept Warner, dont trois inédits.


Forcément, on parle ici d'une compile grand public récapitulative d'une carrière qui a débuté en 1982. Elle se devait donc de reprendre leurs plus grands succès (oui, y compris Shiny Happy People) et se concentrer sur les périodes les plus fructueuses du groupe en termes de succès commercial. On aura donc beaucoup d'extraits de GreenOut of Time et Automatic for the People, mais nettement moins des albums post-1992, dira-t-on. Mais chaque album du groupe est représenté, et si l'on pourra facilement chicaner sur l'absence/présence de l'un ou l'autre morceau, le tracklist semble assez satisfaisant.


L'écoute de l'album, structuré chronologiquement, permet aisément de suivre l'évolution du groupe. Leurs débuts "college rock", où les paroles de Michael Stipe étaient alors absolument incompréhensibles. Leur arrivée chez Warner, et ensuite l'accumulation progressive de hits : Losing My Religion, Shiny Happy People, Everybody Hurts, Man on the Moon. Leur installation dans le rock contemporain comme un des plus gros groupes du monde, et la sortie régulière d'albums qui ne feront plus trop parler d'eux, jusqu'au très musclé Accelerate et le tout dernier, Collapse Into Now. C'est d'ailleurs une des idées préconçues les plus solides sur R.E.M : qu'ils ne font plus rien de bon depuis dix, quinze voire vingt ans. S'il est vrai qu'ils ont connu une période creuse en ce qui concerne la qualité de leurs albums, ils ont à chaque fois réussi à sortir quelques popsongs fantastiques lors de leur troisième décennie, comme le sous-estimé Leaving New York, Imitation of Life ou encore The Great Beyond et Bad Day. Mais on retiendra surtout de R.E.M. cette faculté de créer des atmosphères souvent fort particulières, sans (presque) jamais céder aux modes. L'étrange, inquiétant et méconnu New Adventures in Hi-Fi en est un parfait exemple.


On pourrait aisément parler de chacun des quarante morceaux présents ici, mais analyser R.E.M est aussi futile que tenter de déchiffrer les paroles de Gardening at Night. R.E.M. est incontestablement un des groupes rock les plus importants de l'histoire. Alors, est-ce qu'il a toujours mérité son statut? Est-ce qu'il est un des meilleurs groupes depuis que Les Paul a créé la guitare qui porte son nom? R.E.M. n'a jamais vraiment poussé les limites de la composition musicale, a connu quelques périodes creuses, mais restera toujours, au moins, un bien bon groupe rock. Ceci en est son anthologie. Libre à chacun de pousser la découverte ou l'approfondissement dans les quinze albums studio du groupe, où on trouvera, effectivement, un peu de déchet, mais beaucoup de coeur. Farewell.


Spotify : R.E.M. - Part Lies, Part Heart, Part Truth, Part Garbage 1982–2011

jeudi 22 septembre 2011

Pearl Jam Twenty - Le film

Plus tôt dans l'année, les Foo Fighters ont sorti un film, Back and Forth, qui accompagnait la sortié de l'album Wasting Light. Présenté de manière strictement chronologique, le film racontait simplement l'évolution du groupe, de l'époque où Dave Grohl enregistrait seul ses chansons dans l'ombre de Kurt Cobain jusqu'à leur statut actuel de stars mondiales. Mais le film ne cachait rien : l'histoire des Foo est entachée de changements de personnel, souvent de manière brutale ; de même, le batteur Taylor Hawkins fut en proie à de sérieux problèmes de drogue, qui l'ont poussé à l'overdose. Back and Forth en parle systématiquement, et n'hésite pas à faire intervenir chaque personne concernée (y compris les anciens membres) et à faire passer Dave Grohl, pourtant officiellement The Nicest Guy in Rock, pour un control freak parfois détestable. Bien que le film se terminait dans la joie et la bonne humeur, avec l'enregistrement de Wasting Light dans la piscine familiale des Grohl (ou presque), le film (et le groupe) n'a définitivement pas choisi la voie évidente de l'hagiographie.


Il serait probablement excessif de parler de Pearl Jam Twenty comme une hagiographie. Mais force est de constater, après deux heures d'un film très soigneusement monté, aux images d'archives souvent hallucinantes, que le réalisateur Cameron Crowe n'a jamais cherché à trop bousculer le groupe ou les téléspectateurs. Pearl Jam Twenty est un documentaire, certes très bon, mais dont le degré critique est proche du zéro absolu.


Pearl Jam Twenty était très attendu. Mis en boîte par un réalisateur phare d'Hollywood qui a connu, sur place, la naissance de Pearl Jam, il devait raconter l'histoire d'un groupe qui a tout connu. Des débuts déjà marqués par le malheur, un succès interplanétaire très rapide et mal vécu par certains membres du groupe, des tragédies individuelles et collectives ainsi qu'une seconde décennie nettement plus introspective, jusqu'à une certaine résurgence commerciale. Tout ceci se trouve dans le film. Une bonne partie du début est consacré à Pearl Jam avant Pearl Jam, à savoir quand Stone Gossard (guitare) et Jeff Ament (basse) étaient membres d'un groupe de glam rock alternatif mené par le flamboyant Andy Wood et appelé Mother Love Bone. Après l'overdose fatale à Wood Gossard et Ament (depuis rejoints par un autre guitariste nommé Mike McCready et aidés par le batteur de Soundgarden Matt Cameron) envoient une cassette instrumentale de trois titres à un chanteur/surfeur de San Diego via Chicago, et le reste est Histoire.


Et l'Histoire, on la voit se dérouler sous nos yeux, dans un montage rapide mais pas hystérique. Beaucoup d'images inédites et légendaires : le deuxième concert de Pearl Jam (alors appelé Mookie Blaylock) avec la seconde prestation publique d'Alive (596 suivront à ce jour). Les fans connaissaient l'existence d'un concert acoustique à Zürich, en 1992 où, selon le groupe, la scène était plus petite qu'une estrade de batterie : le film prouve que cette affirmation est correcte. On voit aussi un jeune Vedder sérieusement bourré insulter MTV dans une salle plein d'exécutifs artistiques lors de la présentation du film (de Cameron Crowe) Singles, ainsi qu'une compilation des sauts de Vedder dans le public, qui restent absolument ahurissants. Mais l'image d'archive la plus extraordinaire provient de la collection personnelle de l'ex-guitariste de Hole Eric Erlandson, qui ne l'avait jamais rendue publique auparavant.


Il faut savoir qu'à l'époque, MTV diffusait de la musique, et la presse musicale avait un réel pouvoir. Et donc, on s'amusait à créer une guerre infondée entre Nirvana (les punks, les vrais) et Pearl Jam (les vendus influencés par Van Halen). Cobain et Vedder étaient donc censés se détester, même s'ils ne se connaissaient pas vraiment (et s'appréciaient plutôt pas mal). Un jour, lors des MTV Video Music Awards 1992, Eric Clapton joue Tears in Heaven, et en dessous de la scène, Kurt Cobain et Eddie Vedder dansent, dans les bras l'un de l'autre. L'histoire était connue, mais on ne l'avait jamais vue. C'est chose faite, et c'est aussi le seul document connu à ce jour où les deux porte-drapeaux du (désolé) grunge se retrouvent ensemble.


Rien que pour cela, PJ20 vaut tout l'or du monde (ou en tout cas les 14€ du ticket de cinéma et les 60 dollars de l'édition spéciale dvd/blu-ray) pour les fans du groupe, ou n'importe qui un tant soit peu intéressé par l'histoire du mouvement. Malheureusement, on ne voit que peu d'interactions avec d'autres musiciens, probablement par maque de temps (le film aurait facilement pu durer six heures, on annonce d'ailleurs quatre heures de bonus sur le DVD). A part Chris Cornell, qui intervient souvent lors de la première partie, on aperçoit en vitesse Alice in Chains, mais c'est plus ou moins tout. C'est d'ailleurs une caractéristique du film, la vitesse à laquelle tout est décrit. A peine finie la longue introduction au groupe, tout défile, à la vitesse du narrateur de la chanson MFC, extraite de Yield. Le bipolaire Vs, l'ambitieux Vitalogy se partagent quelques minutes de temps d'écran, mais beaucoup plus que l'expérimental No Code, album adoré des fans mais définitivement mal aimé du groupe. Et pendant ce temps, on se pose une question dont on n'aura jamais vraiment la réponse : mais que se passe-t-il dans la tête du groupe? Qui est Pearl Jam?


On connaît les démons du groupe, les problèmes qui ont entaché leur première décennie. La personnalité parfois écrasante d'Eddie Vedder, leur obsession criante pour le respect de la vie privée (amateurs de détails croustillants, passez votre chemin, et le - superbe - livre-compagnon ne vous dira rien de plus), les addictions de McCready, pour ne citer que quelques exemples. On en parle, un peu, en passant, mais sans jamais s'y attarder, comme Back and Forth pouvait le faire. Un exemple assez parlant : on voit Pearl Jam jouer Do the Evolution, live en studio, en 1998. McCready est en très mauvais état. Il est bouffi, a pris dix ans dans la tronche et est encore plus mal sapé que Cobain au Unplugged. Quelques secondes après, McCready version 2010, en pleine forme (il fait des marathons, maintenant, figurez-vous), parle de "sa mauvaise période", en passant, alors que sa fille, qui ne devait pas avoir beaucoup plus d'un an, joue devant lui. Que les choses soient claires, loin de moi l'envie de voir McCready en pleine crise de dépendance alcoolique, mais je ne peux m'empêcher de penser que Crowe n'a pas voulu aller au fond des choses, peut-être pour ne pas choquer un groupe composé avant tous de ses amis.


Mais le point le plus étonnant concerne sans doute les batteurs. McCready compare Pearl Jam à Spinal Tap, et n'a pas tort : avant même que le premier album ne sorte, Pearl Jam avait déjà utilisé quatre batteurs, et en utilisera encore deux par la suite, même si le premier, Matt Cameron, se retrouve être le dernier. Jack Irons est parti pour raisons de santé, on le sait, mais l'histoire du premier batteur, Dave Abbruzzese, est nettement plus confuse. Il aurait été viré parce qu'il n'avait pas la même vision de la célébrité que le reste du groupe (autrement dit, alors que Vedder voulait se retrouver le plus loin possible des médias, Abbruzzese embrassait un mode de vie de rockstar). On dit même que Vedder l'a viré parce "qu'il était plus beau que lui". La vérité, cela semble clair, ne sera sans doute jamais connue : Crowe ne lui a (probablement) pas donné la parole.


Malgré ces points d'ombre, Pearl Jam Twenty reste un documentaire passionnant, également lorsqu'il évoque la seconde décennie du groupe, au succès commercial très mitigé. Les albums BinauralRiot Act et Pearl Jam sont rapidement passés en revue, et on pourra être très surpris que pas un seul mot n'est dédié à ce qui reste, très étrangement, le morceau de Pearl Jam qui aura eu le plus grand succès commercial, Last Kiss. De toute façon, comme évoqué ci-dessus, Crowe aurait eu six heures de film et cela aurait quand même été trop court, et on pourra gloser pendant des heures sur les bienfaits et méfaits de l'édition du film : était-ce, par exemple, utile de montrer une longue audition de Gossard et Ament devant le sénat US lors de l'affaire Ticketmaster. La scène est souvent drôle (en fait, chaque scène avec Stone est drôle, Stone devrait avoir sa propre sitcom, si possible chez lui), mais elle a sans doute privé le film d'autres images émouvantes.


Ecrire une chronique sur un tel film est un exercice relativement futile, surtout quand l'auteur connaît beaucoup plus de choses qu'il devrait sur le monde de Pearl Jam. Il est très probable qu'un spectateur qui a perdu moins de temps sur MTV, à lire des magazines d'époque, ou à traîner dans des magasins de disques douteux à dépenser l'équivalent de 50€ pour un bootleg au son tout aussi douteux ne se posera pas le même genre de questions. Et si Crowe avait effectivement développé une partie un peu plus personnelle de la vie du groupe, d'autres passages en auraient nécessairement souffert. Je pense que les heures passées en salle d'édition ont du être particulièrement cruelles, et j'espère que le dvd/blu-ray pourra combler certains trous (mais pas ceux de la vie privée, on n'en saura absolument jamais rien).Oh, et tant que j'y suis : la musique, elle est vraiment, vraiment bien.


NB : après avoir écrit la chronique, j'ai appris qu'une édition spéciale du film, qui sortira le 25 octobre en dvd/blu-ray (exclusivement via pearljam.com) comprendra quatre heures de bonus, un cut spécial ne reprenant que les performances musicales du film ainsi qu'un documentaire inédit sur la principale force de Pearl Jam, son public.


NB2 : Pearl Jam Twenty, c'est aussi un livre passionnant, mais au même ton relativement détaché que le film. On y retrouve toutefois des images somptueuses ainsi que des essais intéressants sur chaque album du groupe. Il est d'ores et déjà disponible en version originale, et sera disponible fin octobre en version française aux éditions Autour du Livre.


NB3 : Pearl Jam Twenty, c'est aussi une bande originale passionnante, que je chroniquerai bientôt...

dimanche 8 août 2010

Queens of the Stone Age – Rated R (Deluxe Edition)

Queens of the Stone Age n'est plus vraiment le même groupe aujourd'hui par rapport à Rated R, leur second album et celui qui les aura lancé dans le mainstream. A l'époque, Josh Homme était toujours connu comme ancien guitariste des légendes stoner Kyuss, et avait sorti un premier album discret mais remarqué. Pour Rated R, il s'est adjoint les services de Nick Oliveri, qui aura aussi servi quelque temps chez Kyuss avant de se faire virer. Leurs concerts étaient épiques, surtout quand Oliveri oubliait ses vêtements, et se servait d'une basse très... basse comme extension d'une virilité qui lui jouera des mauvais tours dans le futur.

Dix ans après, Josh Homme est le seul membre restant dans le groupe. Oliveri se sera fait une nouvelle fois virer, quelques batteurs se seront succédés (dont Dave Grohl) et Queens of The Stone Age, qui aura sorti trois albums depuis, n'est plus finalement que le projet solo de Josh Homme, ce qu'il aura peut-être finalement toujours été. Enfin, il faut aussi mentionner que Homme a multiplié les projets parallèles, comme Eagles of Death Metal, la production du dernier Arctic Monkeys ou plus récemment Them Crooked Vultures, avec Grohl et John Paul Jones.


Rated R
 est un album fantastique, et effectivement extraordinaire. Il réussit à montrer le talent de compositeur et de musicien de Homme par des morceaux toujours excellents, qui ne vont jamais où on les attend, et d'une variété étonnante. Un hilarant critique de l'époque avait parlé de Rated R comme un album de heavy metal "léger", ce qui est aussi ridicule que sémantiquement discutable. Rated R est un album metal, sans doute, mais d'un metal qui n'avait pas encore de prédecesseur, un metal qui n'en fait qu'à sa tête, et qui n'a pas peur d'envoyer des refrains bizarres (Monsters in the Parasol), des mélodies pop (The Lost Art of Keeping a Secret), des harmonies vocales (oui, c'est Mark Lanegan) ou encore le morceau politiquement totalement incorrect Feel Good Hit of the Summer, avec choeurs de Rob Halford - assez metal pour vous?


Alors qu'on s'est peut-être trop concentré sur l'album suivant, Songs for the Deaf, comme album ultime du groupe (choisir, c'est mourir un peu), Rated R est le plus varié, peut-être effectivement le plus léger, mais c'est sans tenir compte de Quick and to the Pointless, ou le vraiment cinglé I Think I Lost My Headache, et ses trois minutes finales à la trompette. Too much, évidemment, mais Rated R est tellement révolutionnaire qu'on peut tout leur passer.


La ressortie remasterise très bien l'album original, lui conférant un son clair et extrêmement précis, et ajoute un second cd de faces B, dont l'excellemment violent Ode to Clarissa et la reprise marrant du You're So Vain de Carly Simon (les fans de Nine Inch Nails doivent connaître) et un concert du Reading Festival, où un Josh Homme probablement pas à jeun préface les quatre premiers morceaux par "This is a song for you". Le concert, et le disque se termine avec une version basique du morceau des Desert Sessions "Millionaire", qui ouvrira quelques temps après Songs for the Deaf.


Après avoir parcouru le monde avec sa bande de vautours tordus, Homme a remonté Queens of the Stone Age le temps de quelques concerts en août, et, espérons-le, un nouvel album. Josh Homme et Queens of The Stone Age occupent un très important chapitre dans l'histoire du rock contemporain, chapitre qui continue à s'écrire. Rated R est un des morceaux de choix, et un album immanquable, qui n'a pas encore livré tous ses secrets.

Blip.fm : Better Living Through Chemistry, Feel Good Hit of the Summer
Spotify : Rated R (Deluxe Edition)

lundi 19 avril 2010

Blur – Fool’s Day


Pour une surprise, c'était une surprise. Aux dernières nouvelles, Blur était de nouveau en pause, sans projet à venir. Leur petite tournée estivale, suite à une reformation très attendue, fut énorme : deux Hyde Park remplis, un Glasto triomphant, deux albums live et une compile qui leur faisait enfin honneur. Néanmoins, les quatre membres ne semblaient pas vouloir donner suite à l'aventure, ayant tous d'autres activités : Damon Albarn et Graham Coxon sont toujours dans la musique, Alex James, lui, fait du fromage tandis que Dave Rowntree est devenu avocat et politicien.

L'annonce de Parlophone, en début de semaine dernière, venait donc vraiment de nulle part. À l'occasion du Record Store Day (samedi 17 avril), journée de promotion des disquaires indépendants, le label de Blur édite un vinyl simple face, avec rien de moins que le premier nouveau morceau de Blur depuis 2003 et le premier single avec le guitariste d'origine Graham Coxon depuis 1999. Le vinyl est sorti en édition limitée (1000 exemplaires), ce qui a forcément créé une frénésie quelques heures avant l'ouverture des magasins, et une fameuse activité sur eBay également. C'est pour cela que le groupe a décidé de mettre le morceau à disposition, gratuitement, sur le site officiel du groupe, et en format .wav, s'il vous plaît. Tout le monde peut donc écouter le premier morceau du Blur original depuis plus de dix ans.

Fool's Day commence par un beat sec de Dave Rowntree et une boucle de guitare acoustique. La voix de Damon Albarn arrive quelques mesures plus tard, et on peut déjà en tirer deux conclusions : Albarn a adopté un ton de voix proche de The Good The Bad and The Queen, tout en accentuations londoniennes et il retourne enfin (pour Blur) à un de ses thèmes de prédilection, l'observation et la description de la vie de tous les jours, en l'occurrence la sienne.

On comprend vite le sujet du morceau et son titre : il raconte simplement la journée de Damon Albarn, le 1er avril 2010, jour où il va enregistrer un morceau qui s'appelle... Fool's Day. On suit Damon au réveil (il a rêvé d'un accident d'avion), il allume (forcément) la tv, se sert un café : "another day on this little island". Tout cela est typiquement Blur, certes, mais un vieux Blur, celui de Parklife, qu'on pensait oublié suite aux expériences de Blur, 13 et Think Tank. Musicalement, le premier couplet est assez minimaliste : le beat, la basse ronflante de James, quelques accords secs de Coxon et parfois, une couche de claviers.

Le second couplet nous plonge totalement dans l'anglophilie d'Albarn : il mange du porridge, il emmène sa fille à l'école en passant à côté de Woolworths. Prend le métro, jette un oeil au Westway (l'autoroute, rendue notamment célèbre par Clash), mais c'est en vélo que Damon se rend au boulot, en passant par Ladbroke Grove (où se trouve les locaux de son label world Honest Jon's). Et ce sont ces quatre vers qui seront probablement disséqués par des critiques et fans en quête d'indice sur la prolongation de l'activité de Blur.

Albarn se rend donc en studio, où se passent quelques "forthcoming dramas", qui n'ont que peu d'importance, car ils sont là "for the love of all sweet music." Albarn achève : "we just can't let go". Si ce n'est pas un message définitif sur le fait que Blur ne peut simplement pas, plus, s'arrêter d'exister, alors, je ne sais pas ce que c'est.

Après ce "let go" répété, la guitare de Coxon prend une allure étonnante, qui rappelle carrément les débuts baggy du groupe et l'album Leisure, avec évidemment des années d'expérience en plus. Albarn commence son dernier couplet, qui est nettement plus généraliste : on ne parle plus que de la vie rangée londonienne d'Albarn, mais aussi, par la même occasion, de la condition existentielle occidentale passée sous le tamis du socialisme cher à Albarn : "so meditate on what we've all become", "civil war is what we all were born into, raise your left hand, right, sing", "don't capitulate to the forces of the market place", et, le plus important de tous : "consolidate the love we've had together". Après un dernier rappel du thème ("a cold day in springtime"), les guitares de Coxon peuvent se lâcher : sous un fond d'orgue carnavalesque, d'accords répétés et de feedback, le motif à la Leisure se répète pendant une bonne minute, devenant facilement une de ses récentes performances les plus mémorables.

Trois minutes vingt-sept secondes, pas de refrain, une mélodie simple, une performance fantastique de Coxon et un morceau très riche : pas de doute, c'est Blur, et il ne faut absolument pas qu'ils en restent là.