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lundi 4 mars 2013

Février 2013

Février a commencé avec une énorme surprise : m b v, l'album de My Bloody Valentine, le premier en vingt-deux ans, n'est plus un rêve, une chimère, un vague projet sans cesse repoussé. On pouvait l'écouter (et depuis quelques jours, le toucher), il existe vraiment. Ce qui est encore plus extraordinaire, c'est qu'il est vraiment très bon, totalement hors du temps, comme son génie géniteur Kevin Shields. J'ai rédigé une chronique pour Shoot Me Again, et il est facilement mon album du mois. Il est suivi de près par Iceage, gang danois de sales gosses qui poussent l'esprit punk très loin, avec une attitude authentique alliée à une manne d'influences très variées qui ont donné un second album (You're Nothing) intense, sans compromis et d'une puissance rare.


mbv


On aura eu moins de "grosses" sorties qu'en janvier mais plutôt quelques extraits et streams d'albums importants à venir (Strokes, Phoenix, Bowie, How to Destroy Angels notamment). Cependant, quelques sorties sont à signaler. Côté UK, Foals aimerait probablement suivre la trajectoire de Biffy Clyro : commencer par un succès critique avant de conquérir les foules. Holy Fire est clairement leur album le plus accessible, mais manque de punch et reste sans doute trop cérébral. Malgré mes efforts et tout le respect que j'ai pour le groupe de Yannis Philippakis, je n'ai jamais pu vraiment aimer Foals.


Johnny Marr et Palma Violets sortaient leur premier album. Pour Johnny Marr (The Messenger), évidemment, ce n'est pas loin de l'abus de langage, il faudrait probablement un mois pour faire la liste des artistes et groupes avec qui Marr a joué. Evidemment anachronique, son album est très bon, même si assez anecdotique. Sa voix juste mais sans grande personnalité nous rappelle pourquoi il a toujours préféré être un peu (et brillamment) en retrait. Pas de carrière à la Smiths, ni même à la Bromheads Jacket pour Palma Violets. Leur début (180) est aussi bordélique que prévu, mais très inégal (= trois bons morceaux, beaucoup de remplissage). Une fois de plus, le NME aurait du la fermer plutôt que de foutre une pression insoutenable sur ces pauvres gars qui méritent de grandir tranquillement.


Heureusement, Veronica Falls (Waiting for Something To Happen) redore le blason de l'indie UK avec un chouette album qui arrive à faire au moins aussi bien que leur excellent premier tout en conservant leur son et leur fraîcheur. De l'autre côté de l'Atlantique, on monte le son avec Pissed Jeans, toujours sans compromis mais de plus en plus précis et dynamique (Honeys), The Bronx qui revient enfin au punk/hardcore intense après leur sympathique parenthèse mariachi (The Bronx IV) ou Screaming Females qui fait suite à l'excellent Ugly de 2012 avec un EP de sept titres (Chalk Tape) plutôt expérimentaux (et cinglés) et qui les voit évoluer comme jamais auparavant. Darwin Deez et Eels ont aussi sorti leurs nouveaux opus, qui ne m'auront pas spécialement marqué.


Shields et Marr ne sont pas les seuls vétérans de retour en ce début d'année. Nick Cave et ses Bad Seeds ont mis de côté les incendiaires Grinderman pour un magnifique Push the Sky Away aérien et limpide, Thom Yorke (Atoms for Peace) a rassemblé Godrich, Refosco, Waronker et Flea pour un Amok suite logique de The Eraser alors que Thurston Moore a réussi un petit exploit avec son nouveau groupe depuis la fin (définitive?) de Sonic Youth : Chelsea Light Moving le voit reprendre sa Fender Jaguar et ses pédales pourries puis son album le plus noisy depuis un sacré bout de temps. Une dernière mention à Fat Goth (Stud), sorte de garage punk math metal plus sérieux que leurs titres de morceaux ne le font penser. C'est sorti en janvier, mais l'auteur de comics Kieron Gillen me l'a fait découvrir récemment, et je pourrais peut-être en reparler bientôt.


(Presque) tout cela est en écoute dans le playlist Spotify, ainsi que quelques extraits d'albums sortant bientôt (et Pulp - After You parce que j'ai oublié la fois passée). N'hésitez pas à me dire en commentaire si j'ai oublié un album ou l'autre, et rendez-vous sur le Tumblr pour des mises à jour quotidiennes.


vendredi 30 décembre 2011

Mon année 2011, troisième partie

Vingt albums pour résumer une année si riche, c'est peu. Ce n'est pas parce que j'ai très peu écrit (un "record", depuis 2003) que je n'ai rien écouté, heureusement. Beaucoup d'autres albums méritaient au moins une mention, sinon une chronique. D'abord, les EP. J'aime beaucoup les EP, parce que j'aime quand les albums sont courts, souvent. Cette année nous a amené quelques excellents EP, comme ceux de Trash Talk (six minutes de pure perfection hardcore), de Future of the Left (qui annonce un album l'an prochain), du projet de Shaun Lopez et Chino Moreno Crosses, des reformés et toujours excellents Chokebore et évidemment d'Alex Turner, dont la courte BO du film Submarine aura apporté à cette année ses moments les plus tendres. Mais on n'oubliera pas non plus les albums de Black Box Revolution (bien qu'ils n'ont pas évolué du tout), des Black Keys (idem), des Kills (idem), des écorchées vives EMA et Zola Jesus, de Battles (moins expérimentaux qu'avant, mais plus fun), des Raveonettes quand même, d'Art Brut (que ce ne soit que pour les paroles d'Eddie Argos), de dEUS et Jane's Addiction (mieux que le précédent, mais moins bien qu'avant), de Stephen Malkmus qui se l'est jouée Pavement, de Thurston Moore qui se l'est jouée acoustique (tous deux produits par Beck) et j'en passe et certainement des meilleurs, comme Girls, dont j'ai vraiment beaucoup aimé le single Vomit, mais le reste, j'ai du mal. Ou encore Destroyer, que j'aurais certainement inclus dans le top si je l'avais écouté plus tôt. Mais bon.


(edit : et je viens de découvrir St. Vincent, trop tard...)


Ceci dit, voici la troisième partie du top 20, de 10 à 6. Prochain épisode demain avec le top 5 et la playlist Spotify très fourre-tout.


10 Iceage - New Brigade



L'autre côté du punk moderne. Contrairement à l'overdose de Fucked Up, l'album ne dépasse pas 25 minutes (12 morceaux) durant lesquelles on ne sait jamais si la balance va tomber sur le mot "post" (la reverb, les guitares angulaires) ou plutôt sur le mot "punk" (le rythme, les paroles scandées souvent inintelligibles). Je la fais tomber sur le mot fantastique, parce que ces jeunots (18 ans) danois ont réalisé le brûlot de l'année : incandescent, coruscant, très intense et hautement recommandé.


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9 Cloud Nothings - Cloud Nothings


Tiens, encore un peu de lo-fi. Cloud Nothings, c'est Dylan Baldi, un jeune homme très talentueux capable d'écrire des popsongs parfaites avec trois bouts de ficelle. Il me fait un peu penser à Harlem, l'an dernier. Très ensoleillé, l'album, forcément court, est une bien agréable bouffée d'air frais, entre morceaux enlevés un peu simples mais efficaces et superbes balades mélancoliques. On n'est pas dans l'expérimentation, bien entendu : deux accords, une pédale fuzz, une batterie sèche et une voix pas trop assurée. Mais que vouloir de plus? Réponse : un prochain album produit par Steve Albini (!) qui sort dans même pas un mois.


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8 Rival Schools - Pedals


Il aura fallu dix ans à Walter Schreifels, Ian Love, Cache Tolman et Sammy Siegler pour produire une suite à United by Fate, album culte d'un groupe qui l'était devenu suite à sa très longue pause. Contre toute attente, Petals est au moins aussi bon. Il est en tout cas plus varié, passant de moments limite pop (69 Guns) au postemohardcoremachin qui leur sied si bien (Eyes Wide Open). Terribles mélodies, production parfaite (Ian Love a passé ces dix ans à enregistrer et produire) et la voix inimitable de Schreifels pour un album court et excellent de bout en bout. Seul problème? Le guitariste Ian Love est déjà reparti. Et même si Rival Schools compte continuer en trio, rien ne sera plus jamais comme avant. Mais ces deux albums resteront pour toujours.


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7 Josh T. Pearson - Last of The Country Gentlemen



La claque de l'année. Josh T. Pearson est l'ancien chanteur/guitariste/poète maudit de Lift to Experience, et sur son premier album solo, il livre son âme. Gros cliché? Non, il livre véritablement son âme. Accompagné d'une seule guitare acoustique (et de cordes arrangés par Warren Ellis) il chante/parle en flux de conscience, en n'ayant littéralement rien à foutre. Aucune tentative de faire rimer ses phrases, aucun effort de rester bref (certaines chansons dépassent allégrement les dix minutes, dix minutes d'un type seul avec sa guitare, je répète) et aucun essai de diluer son personnage, qui apparaît comme le plus sombre pauvre type depuis le Rivers Cuomo de Pinkerton. Mais Pearson le fait avec une telle honnêteté qu'il a réussi, avec cet album, à faire avancer la science : j'ignorais qu'il était possible de rester bouche ouverte sans respirer pendant treize minutes.


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6 PJ Harvey - Let England Shake



J'ai souvent eu du mal à vraiment rentrer dans l'univers particulier de PJ Harvey, pour des raisons que je n'arrive pas vraiment à expliquer. Mais Let England Shake, qu'on le veuille ou non, est un grand album. Composé majoritairement à l'autoharpe, il évoque l'état passé, présent et futur d'Albion, ce qui lui confère un caractère intemporel. Album étrange, inhabituel, riche et dense, Let England Shake est exceptionnel, dans tous les sens du terme, et apportera quelque chose de plus à chaque écoute, récompensant ainsi l'auditeur attentif, notamment aux paroles.


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