samedi 6 octobre 2007

Oceansize - Frames

Fait : Oceansize est un des meilleurs groupes rock du Royaume-Uni. Peut-être le meilleur, avec les autres Mancuniens d'Amplifier. Deux albums, un EP, tous excellents. C'est maintenant l'heure du troisième album, sans trop de pression commerciale. La musique d'Oceansize n'est pas à proprement parler anti-commerciale, mais les morceaux sont longs (de 6"32 à 10"40), sans recherche particulière de refrain. Mais c'est tellement bon. En fait, Frames est proche de la perfection dans ce qu'ils font. tout est extrêmement bien exécuté, chaque instrument prend une place importante, les voix sont bien chantées, et le ton reste poignant, malgré que la musique peut sembler fort technique.

Commemorative 9/11 T-Shirt entame l'album par un long motif guitare/piano, avec que chaque instrument rentre dans la danse, dont la voix, après 3 minutes 30. Difficile de faire mieux, et au moins aussi difficile de mettre des mots sur quelque chose qui doit être écouté, vécu. Si on soit trouver un point de comparaison, on peut penser à Mogwai. Comme les Écossais, Oceansize aime abuser des effets et des variations de volume ; mais eux le font de manière plus progressive, moins brusque, mais au final, tout aussi puissamment. Unfamiliar est là pour le prouver. Oceansize accorde aussi beaucoup d'importance au chant : Only Twin en est d'autant plus chargée émotionnellement; ainsi qu'aux petits trucs musicaux qui font varier et évoluer les morceaux, comme le double bass drum à la fin de Trail Of Fire ou les cordes de Savant, qui lui confèrent un sentiment classique, presque intemporel.

La fin de l'album apporte encore plus de variété, avec l'instrumental expérimental An Old Friend Of The Christies, le schizophrène Sleeping Dogs And Dead Lions (batterie drum and bass, hurlements à la Deftones) ou enfin Frame, un des rares morceaux qui peut être qualifié non péjorativement d'emo.

Alors, que dire d'un tel album? Le groupe s'est peut-être enfermé dans un style musical très personnel, qui ne laisse que peu de place à l'accessibilité. Mais il est tellement bien fait, aussi bien techniquement qu'émotionnellement, qu'on ne peut que l'admirer.

vendredi 5 octobre 2007

Joy Division – Unknown Pleasures (1979)

UnknownpleasuresAlors qu'on approche le trentième anniversaire du premier album de Joy Division, différents événements nous évoquent le groupe. La sortie du film Control, réalisé par Anton Corbijn, mais aussi la mort de Tony Wilson, le légendaire propriétaire de Factory Records et celui qui a découvert et popularisé Joy Division. Ces raisons sont amplement suffisantes pour se plonger dans un groupe exceptionnel, qui influence toujours des tonnes de groupes, notamment Interpol ou Editors.

Joy Division, c'est surtout Ian Curtis, génie disparu trop tôt, comme souvent. Il s'est pendu à 24 ans, d'une manière tristement prévisible. La musique, et les textes de Curtis n'étaient pas très marrants, et ont fini par être prophétiques. Unknown Pleasures, premier des deux albums du groupe, est sombre, glacial, romantique et mélancolique.

Ce n'est même pas la peine d'isoler un morceau, tant c'est l'ensemble qui est important, qui est impressionnant. La batterie métronymique et truffée de reverb, la basse lead de Peter Hook et les coups secs et brusques de la guitare de Bernard Sumner ont été fabuleusement mis en valeur par le producteur Martin Hannett, qui a créé une atmosphère tellement désagréable qu'elle en devient attirante. La voix de Curtis plane au dessus de tout cela, comme un Jim Morrison conscient de sa propre mortalité. Il suffit d'écouter la fin de Day Of The Lords, avec Curtis qui répète "Where will it end?" sans fin. Curtis, qui à une vingtaine d'années, était déjà capable d'écrire une terrible réflexion sur la vieillesse, le temps qui passe : Insight.

L'intensité ne diminue jamais, que dire de New Dawn Fades, de She's Lost Control (avec un intro électro en avance sur son temps), du caverneux Shadowplay. Le final enfonce le clou, si l'on peut dire : I Remember Nothing, 6 minutes puissantes, pleines de vie, de mort, de tout ce qu'il y a entre les deux. On dit souvent que certains albums peuvent changer une vie, ce qui est généralement ridicule, ou alors, ça prouve que la vie en question ne valait pas grand chose. Unknown Pleasures a changé des vies, et va encore continuer à le faire.


Interzone

mardi 2 octobre 2007

Babyshambles - Shotter's Nation

Pete Doherty est toujours là. Pour payer son crack, pour assurer sa légende, l'un ou/et l'autre. Shotter's Nation est vu comme son retour en force, sa première déclaration publique post-Kate Moss, post-30% de la surface totale des tabloïds. Il est vrai qu'il a cette fois opté pour un vrai producteur (Stephen Street remplaçant le navrant Mick Jones) et raccourci l'album : 20 minutes en moins que Down In Albion, et 100% en moins de reggaeman taulard.

De fait, le son est très différent. Le groupe joue en même temps, et en rythme, rien de moins. Bon, Doherty ne sait toujours pas trop chanter, mais cela n'a pas empêché le grand frère Gallagher de sortir quelques hits. De plus, j'aimerais vous y voir, chanter avec la capacité pulmonaire de Doherty. Delivery, single et premier grand moment de l'album, sort tout droit de l'héritage pop anglais, avec une intro très Jam, et des paroles explicitant l'optique prise par Doherty ("This song might deliver me / From the harshness of misery"). Shotter's Nation permet aussi d'enfin prouver le fait qu'il est capable d'écrire de grandes et belles mélodies, comme Unbilotitled ou Unstookietitled.

Maintenant, même si l'album est amplement supérieur à son prédécesseur, on peu quand même froncer les sourcils à quelques reprises : les paroles de Doherty ressemblent plus au journal intime d'un trentenaire râleur qu'à la poésie dont il nous avait habitué, et son groupe, même si Street le maîtrise bien, n'est pas aussi bon que The Libertines, où la section rythmique était impeccable. Heureusement, Doherty a soigné ses compositions, ce qui permet de ne pas trop s'ennuyer : le sentiment de similitude craint n'arrive pas, grâce notamment à quelques éclairs de génie. Dans cette catégorie, on peut retrouver les passages pied au plancher de Side Of The Road, le très serré Crumb Begging, le jazzy There She Goes ou la ligne de basse Motown funky de French Dog Blues, malheureusement à la recherche du morceau qui va avec, problème récurrent d'un disque encore trop égocentrique.

Bert Jansch contribue au dernier morceau, superbe complainte acoustique qui conclut un album encourageant, même si encore clairement imparfait. Alors, qu'attendre de Doherty? Si on tient cet album en compte, difficile à dire. Il a prouvé qu'il savait faire mieux que Down In Albion, mais pas beaucoup mieux, en tout cas pas au point de justifier sa réputation. Il faut se rendre à l'évidence : le premier album des Libertines ne sera pas égalé, ni par Doherty, ni par Dirty Pretty Things. Une reformation, sans doute tôt ou tard inévitable, fera peut-être l'affaire, mais on peut en douter. Allez, did you see the stylish kids in the riot...

Babyshambles - Shotter's Nation

Pete Doherty est toujours là. Pour payer son crack, pour assurer sa légende, l'un ou/et l'autre. Shotter's Nation est vu comme son retour en force, sa première déclaration publique post-Kate Moss, post-30% de la surface totale des tabloïds. Il est vrai qu'il a cette fois opté pour un vrai producteur (Stephen Street remplaçant le navrant Mick Jones) et raccourci l'album : 20 minutes en moins que Down In Albion, et 100% en moins de reggaeman taulard.

De fait, le son est très différent. Le groupe joue en même temps, et en rythme, rien de moins. Bon, Doherty ne sait toujours pas trop chanter, mais cela n'a pas empêché le grand frère Gallagher de sortir quelques hits. De plus, j'aimerais vous y voir, chanter avec la capacité pulmonaire de Doherty. Delivery, single et premier grand moment de l'album, sort tout droit de l'héritage pop anglais, avec une intro très Jam, et des paroles explicitant l'optique prise par Doherty ("This song might deliver me / From the harshness of misery"). Shotter's Nation permet aussi d'enfin prouver le fait qu'il est capable d'écrire de grandes et belles mélodies, comme Unbilotitled ou Unstookietitled.

Maintenant, même si l'album est amplement supérieur à son prédécesseur, on peu quand même froncer les sourcils à quelques reprises : les paroles de Doherty ressemblent plus au journal intime d'un trentenaire râleur qu'à la poésie dont il nous avait habitué, et son groupe, même si Street le maîtrise bien, n'est pas aussi bon que The Libertines, où la section rythmique était impeccable. Heureusement, Doherty a soigné ses compositions, ce qui permet de ne pas trop s'ennuyer : le sentiment de similitude craint n'arrive pas, grâce notamment à quelques éclairs de génie. Dans cette catégorie, on peut retrouver les passages pied au plancher de Side Of The Road, le très serré Crumb Begging, le jazzy There She Goes ou la ligne de basse Motown funky de French Dog Blues, malheureusement à la recherche du morceau qui va avec, problème récurrent d'un disque encore trop égocentrique.

Bert Jansch contribue au dernier morceau, superbe complainte acoustique qui conclut un album encourageant, même si encore clairement imparfait. Alors, qu'attendre de Doherty? Si on tient cet album en compte, difficile à dire. Il a prouvé qu'il savait faire mieux que Down In Albion, mais pas beaucoup mieux, en tout cas pas au point de justifier sa réputation. Il faut se rendre à l'évidence : le premier album des Libertines ne sera pas égalé, ni par Doherty, ni par Dirty Pretty Things. Une reformation, sans doute tôt ou tard inévitable, fera peut-être l'affaire, mais on peut en douter. Allez, did you see the stylish kids in the riot...