samedi 30 mars 2013

Mars 2013

Même si l'hiver n'en finit pas, le printemps des sorties commence, et avec lui une kyrielle de nouveaux albums avant l'arrivée des festivals d'été. Le mois de mars a vu quelques sorties majeures mais aussi des découvertes (ou redécouvertes) personnelles.


Waxahatchee - Cerulean SaltWaxahatchee, par exemple. Elle (Katie Crutchfield) a sorti son second album début du mois, à mi-chemin entre folk lo-fi et fuzz punkoïde, avec le son de basse de Kim Deal, une voix fantastique et une production sèche qui pourrait passer pour Steve Albini. Bien écrit, varié, Cerulean Salt est une belle découverte, et mon album du mois.


Mars a aussi vu le retour de quelques vieilles gloires plus ou moins avérées. D'abord, évidemment, David Bowie, dont l'annonce de l'album (The Next Day) fut la grosse surprise de ce début d'année. Mais l'autre surprise, c'est la qualité de l'album lui-même. Bowie n'était pas obligé de sortir un album, mais il a fait en sorte qu'il soit bon, étonnamment musclé et digne de sa légende. Puis, il fallait aussi assumer une telle pochette, c'est chose faite. Même si le sport à la mode en ce moment est de raconter un peu partout que l'album est mauvais, histoire de s'attirer un peu d'attention. Retour également pour Depeche Mode, avec un Delta Machine décent mais qui n'apporte pas grand chose, comme si ceux qui furent pionniers autrefois se contentent dorénavant de suivre. Par contre, on peut être surpris par le Bloodsports de Suede, qui prouve que des groupes qui se reforment initialement pour l'argent la nostalgie peuvent aussi toujours créer du nouveau et bon matériel. Finir par quatre ballades consécutives n'était peut-être pas une bonne idée, mais bon, on chicane.


Contrairement à ce que j'avais écrit à l'époque d'Angles, les Strokes existent toujours et sortent leur cinquième album, Comedown Machine. Il faut dire que ce n'était pas gagné, compte tenu du temps de gestation et du résultat médiocre de l'album précédent. Ce dernier n'est pas sans faille, loin s'en faut, mais il sonne comme celui d'un vrai groupe, même s'il est un peu bizarre quand même. On n'aura jamais de second Is This It, le groupe le sait et agit en conséquence. Pour Black Rebel Motorcycle Club, qui a connu le succès en même temps, c'est un peu différent. Specter at the Feast est trop dépendant de leur catalogue et réputation pour être vraiment considéré comme autre chose qu'un album de plus.


Mars a également vu les sorties d'albums de Trent Reznor et Dave Grohl, indépendamment de leur rôles principaux et habituels. Reznor a enfin lancé l'album de How to Destroy Angels (Welcome Oblivion), groupe qu'il forme depuis 2010 avec la chanteuse Mariqueen Maandig, son comparse de BO Atticus Ross et l'artiste visuel Rob Sheridan. Pour mieux apprécier l'importance que Reznor accorde à ce projet, pensez à ceci : il a choisi la semaine de la sortie de l'album pour annoncer le retour de Nine Inch Nails, en pause depuis 2009. Dave Grohl, quant à lui, s'est donné les moyens de réaliser deux rêves en un : un film sur l'histoire du studio californien Sound City et un album de nouveaux morceaux reprenant une liste all star d'artistes ayant enregistré là bas. Malheureusement, la révérence de Grohl envers certains artistes sérieusement AOR empêchent l'album de décoller, malgré des efforts louables de la part de Paul McCartney (Cut Me Some Slack, alias Helter Skelter part II) ou l'hypnotique Mantra, oeuvre de la dream team Grohl / Homme / Reznor.


Comme je vous disais, pas mal de gros trucs, et comme souvent, pas nécessairement les meilleurs. Niveau indie, on a tout ceci, ce mois-ci. D'abord, encore un nouvel album de The Men (New Moon), leur quatrième en quatre ans. Et ils continuent encore et encore une certaine évolution vers une musique plus "classique", tout en restant intense et excellente, peut-être juste un peu moins focalisée. Mais les fans de la première heure pourraient ne pas trop apprécier un virage qu'on pourrait stupidement qualifier de plus commercial. J'avais un peu oublié Devendra Banhart et j'avais sans doute tort : relativement éloigné du freestyle hippie d'il y a quelques années, Mala est un chouette album réfléchi, mélodique, personnel et tout de même un peu débridé. On connaissait Daughter et sa sad-cold-folk-quelque chose comme ça depuis 2010, et le premier album If You Leave (forcément chez 4AD) ne déçoit pas, ou du moins ne change pas d'orientation. Pas très varié, mais pour ce que c'est, c'est très bon.


En montant les amplis et la pédale fuzz, on retrouve Purling Hiss (Water on Mars), qui empoche provisoirement le titre de dévots de Dinosaur Jr. de l'année ; Suuns, dont Images du Futur serait un excellent album s'il n'avait déjà pas été enregistré par Clinic ; Wavves qui s'éloigne de plus en plus du surf rock pour aller faire coucou du côté de Seattle ou encore Golden Grrrls, trio indie-rock énergique, mélodique et catchy de Glasgow (Golden Grrrls). Enfin, après Palma Violets, c'est maintenant Peace qui fait la couverture de NME. Leur album, In Love, n'est pas mauvais du tout, mais je ne suis pas certain qu'il s'agit d'un plagiat, d'un pastiche ou simplement d'un hommage du rock anglais entre, disons, The Stone Roses et Definitely Maybe.


Le mois d'avril sera très chargé en sorties, on en reparle sur le Tumblr et ici dans un mois. En attendant, voici le traditionnel playlist Spotify du mois de mars!


lundi 4 mars 2013

Février 2013

Février a commencé avec une énorme surprise : m b v, l'album de My Bloody Valentine, le premier en vingt-deux ans, n'est plus un rêve, une chimère, un vague projet sans cesse repoussé. On pouvait l'écouter (et depuis quelques jours, le toucher), il existe vraiment. Ce qui est encore plus extraordinaire, c'est qu'il est vraiment très bon, totalement hors du temps, comme son génie géniteur Kevin Shields. J'ai rédigé une chronique pour Shoot Me Again, et il est facilement mon album du mois. Il est suivi de près par Iceage, gang danois de sales gosses qui poussent l'esprit punk très loin, avec une attitude authentique alliée à une manne d'influences très variées qui ont donné un second album (You're Nothing) intense, sans compromis et d'une puissance rare.


mbv


On aura eu moins de "grosses" sorties qu'en janvier mais plutôt quelques extraits et streams d'albums importants à venir (Strokes, Phoenix, Bowie, How to Destroy Angels notamment). Cependant, quelques sorties sont à signaler. Côté UK, Foals aimerait probablement suivre la trajectoire de Biffy Clyro : commencer par un succès critique avant de conquérir les foules. Holy Fire est clairement leur album le plus accessible, mais manque de punch et reste sans doute trop cérébral. Malgré mes efforts et tout le respect que j'ai pour le groupe de Yannis Philippakis, je n'ai jamais pu vraiment aimer Foals.


Johnny Marr et Palma Violets sortaient leur premier album. Pour Johnny Marr (The Messenger), évidemment, ce n'est pas loin de l'abus de langage, il faudrait probablement un mois pour faire la liste des artistes et groupes avec qui Marr a joué. Evidemment anachronique, son album est très bon, même si assez anecdotique. Sa voix juste mais sans grande personnalité nous rappelle pourquoi il a toujours préféré être un peu (et brillamment) en retrait. Pas de carrière à la Smiths, ni même à la Bromheads Jacket pour Palma Violets. Leur début (180) est aussi bordélique que prévu, mais très inégal (= trois bons morceaux, beaucoup de remplissage). Une fois de plus, le NME aurait du la fermer plutôt que de foutre une pression insoutenable sur ces pauvres gars qui méritent de grandir tranquillement.


Heureusement, Veronica Falls (Waiting for Something To Happen) redore le blason de l'indie UK avec un chouette album qui arrive à faire au moins aussi bien que leur excellent premier tout en conservant leur son et leur fraîcheur. De l'autre côté de l'Atlantique, on monte le son avec Pissed Jeans, toujours sans compromis mais de plus en plus précis et dynamique (Honeys), The Bronx qui revient enfin au punk/hardcore intense après leur sympathique parenthèse mariachi (The Bronx IV) ou Screaming Females qui fait suite à l'excellent Ugly de 2012 avec un EP de sept titres (Chalk Tape) plutôt expérimentaux (et cinglés) et qui les voit évoluer comme jamais auparavant. Darwin Deez et Eels ont aussi sorti leurs nouveaux opus, qui ne m'auront pas spécialement marqué.


Shields et Marr ne sont pas les seuls vétérans de retour en ce début d'année. Nick Cave et ses Bad Seeds ont mis de côté les incendiaires Grinderman pour un magnifique Push the Sky Away aérien et limpide, Thom Yorke (Atoms for Peace) a rassemblé Godrich, Refosco, Waronker et Flea pour un Amok suite logique de The Eraser alors que Thurston Moore a réussi un petit exploit avec son nouveau groupe depuis la fin (définitive?) de Sonic Youth : Chelsea Light Moving le voit reprendre sa Fender Jaguar et ses pédales pourries puis son album le plus noisy depuis un sacré bout de temps. Une dernière mention à Fat Goth (Stud), sorte de garage punk math metal plus sérieux que leurs titres de morceaux ne le font penser. C'est sorti en janvier, mais l'auteur de comics Kieron Gillen me l'a fait découvrir récemment, et je pourrais peut-être en reparler bientôt.


(Presque) tout cela est en écoute dans le playlist Spotify, ainsi que quelques extraits d'albums sortant bientôt (et Pulp - After You parce que j'ai oublié la fois passée). N'hésitez pas à me dire en commentaire si j'ai oublié un album ou l'autre, et rendez-vous sur le Tumblr pour des mises à jour quotidiennes.


mardi 26 février 2013

Janvier 2013

Plutôt que de ne rien écrire et de tout balancer fin de l'année, tout en oubliant la moitié de ce qui est sorti, j'ai eu l'idée d'écrire une sorte de récapitulatif mensuel, accompagné d'un playlist des morceaux marquants du mois + de ce qui sortira le mois suivant. J'y ai pensé un peu tard pour faire janvier à temps, mais bon, je fais janvier maintenant, février dans quelques jours, et puis ça sortira en fin de chaque mois. Je prévois aussi une possibilité de rattrapage pour ce que j'aurai évidemment oublié. Soit. Janvier 2013.


Il fut un temps où janvier était un mois dépourvu de sorties intéressantes. Ce n'est plus le cas maintenant, tant d'albums sortent qu'il faut bien les caser quelque part. Et l'année dernière, un des tous meilleurs albums de 2012, Attack on Memory, est sorti en janvier. On ne rigole plus avec janvier, donc. Par contre, décembre... Soit, encore.


La plus grosse sortie de janvier est sans doute Opposites, de Biffy Clyro. Absolument énormes en UK, ce qui n'était pas gagné du tout vu la bizarrerie de leurs trois premiers albums, ils tentent depuis de rester cohérents tout en devenant accessibles. Opposites est très casse-gueule, car c'est un double album. Comme à chaque fois (ou presque?) on aurait pu supprimer quelques morceaux et gagner en compacité, mais rien n'est mauvais, chaque piste se serait battue pour garder sa place. On regrettera peut-être le fait qu'ils n'ont pas trop profité du concept pour varier et évoluer musicalement, prendre un peu plus de risques, quoi. Opposites est quand même très bien, et Biffy Clyro est peut-être le seul groupe rock mainstream (et à succès, n°1 UK) crédible à l'heure actuelle.


THOAP


Mais mon album préféré (je ne parle plus de "meilleur", ça n'a aucun sens) est Out of View, de The History of Apple Pie. Un peu comme The Joy Formidable (on en reparle juste après), les très googlables THOAP ont sorti quelques morceaux depuis 2011, et maintenant enfin leur premier album, un fantastique mélange de mélodies pop dans un océan de guitares fuzz jouées par des musiciens qui regardent sans doute trop souvent leurs chaussures. La voix gentiment sucrée de Stephanie Min fonctionne parfaitement dans un album fun et adorable, même si légèrement anachronique. J'hésite juste entre See You et Mallory comme single de l'année. Pas du mois, de l'année.


The Joy Formidable, donc, ont sorti leur second album, et cela fait du bien d'enfin entendre des nouveaux morceaux. Wolf's Law est un second album tout ce qui est de plus classique, le groupe qui continue sur la même lancée, en raffinant l'écriture. Rien à jeter, mais il ne me semble pas qu'il aura le même impact que The Big Roar, et qu'il permettra au groupe d'accéder à ce qui semble être leurs désirs, le statut de groupe sinon de stade, de grosses salles. Mais ils ont joliment progressé dans les mélodies comme le montrent Silent Treatment ou le cinématique (presque) final The Turnaround, sans oublier des morceaux plus directs comme Cholla ou le New Orderesque This Ladder is Ours. Et The Maw Maw Song, complètement cinglé.


On retiendra aussi le premier album solo de l'ex-Girls Christopher Owens, court album-concept autour d'une certaine Lysandre (oui, Lysandre est un prénom masculin, mais bon, c'est une française - c'est pour rire, hein). Romantique à souhait, l'album est construit autour d'un thème vaguement médiéval que l'on entend à plusieurs reprises le long d'un album qui sert plutôt d'introduction à Christopher Owens en tant qu'artiste solo. Je ne serais pas surpris d'avoir un nouvel album d'ici décembre.


Dans la catégorie indie, on n'oubliera pas Yo La Tengo, avec un Fade presque trop parfait, Everything Everything en mode arty ou Unknown Mortal Orchestra (II) confirmant le talent particulier de Ruban Nielson, peut-être le Kevin Parker de 2013. On a aussi Tegan and Sara (Heartthrob) qui se la jouent (très bien) synthpop, les révisionnistes indie Foxygen, les énergiques, entraînants et sans aucune honte (solos de guitare! trompette! cowbell!) Free Energy (Love Sign) et Parquet Courts, que j'ai découvert grâce à la ressortie de Light Up Gold, sorti tellement intimement en 2012 qu'on peut dire qu'il est vraiment sorti cette année (oui, ça m'arrange). Pensez Pavement avec la tension de Wire.


Un peu plus bruyant, le grand retour de Tomahawk et son all-star band (Mike Patton, John Stanier, Duane Denison et Trevor Dunn) pour un Oddfellows un peu moins tordu que d'habitude, qui rappelle même parfois Faith No More (conséquence de la tournée de réunion?). Bad Religion a sorti son seizième (seizième!) album (True North), mais j'ai surtout accordé de l'attention au gang surf/punk bordélique FIDLAR ainsi qu'à California X, nouveau groupe sludge/punk qui vient du même endroit que J Mascis et le prouve avec brio.


Vous pouvez écouter des extraits de tout cela dans ce playlist Spotify, avec en plus le premier extrait du futur album de Paramore (Now) et le premier morceau solo de Kim Deal (qui vient d'un 7").



À dans quelques jours pour parler ce qui s'est passé en février.

dimanche 3 février 2013

Music Box en 2013

En septembre, cela fera dix ans que ce blog est ouvert. Il y a dix ans, Youtube, Twitter, Facebook n'existaient pas, Myspace avait... un mois. La musique était écoutée (je refuse de dire consommée) différemment, et les blogs de critiques musicales avaient encore une sorte d'intérêt. Maintenant, nous avons accès à beaucoup plus de musique qu'avant, et via nettement plus de moyens aussi. Pour un bien ou pas, je ne me lance pas pour le moment dans ce débat, mais clairement, des services comme Spotify ont révolutionné le domaine.


Depuis quelques années, je publie de moins en moins de chroniques d'albums, ceci pour différentes raisons. D'abord, l'excuse/raison classique du manque de temps (j'en ai moins maintenant qu'en 2003) et de motivation (idem, mais pas que) mais aussi d'un certain manque d'intérêt général. Je n'écrivais pas spécialement pour les autres, mais la multiplication des blogs et webzines + mon manque d'assiduité font que nettement moins de monde passe par ici qu'avant, ce qui n'est pas spécialement motivant. Pour donner une idée, je dépassais régulièrement le millier de visites quotidiennes, maintenant j'arrive à dépasser la centaine dans des rares cas, comme le top de fin d'année.


Plutôt que de promettre un reboot maintes fois annoncé de Music Box, je préfère prendre un peu la tangente  et de (re)lancer deux services complémentaires, Youtube et Tumblr.


Sur la chaîne Youtube de Music Box, je posterai aussi régulièrement que possible des vidéos qui pourraient/devraient vous intéresser, alors que le Tumblr sera mis à jour avec des vidéos, mais aussi des news, streams de nouveaux albums, morceaux et playlists Spotify entre autres choses. Ces deux services ont l'avantage de demander assez peu d'implication de ma part, juste quelques clics quand je tombe sur quelque chose d'intéressant.


Ceci dit, je tenterai de revenir par ici régulièrement, pour poster des articles plus longs, plus complets, mais pas nécessairements des chroniques.


En attendant, allez écouter le nouveau My Bloody Valentine maintenant.