jeudi 25 février 2010

Massive Attack - Heligoland


Parfois, certaines choses m'échappent (enfin, souvent, mais c'est un autre débat). Sept ans depuis le dernier Massive Attack? Oui, après vérification, 100 Windows est effectivement sorti en 2003. Depuis, le groupe n'est pas resté inactif, il s'est retrouvé en tournée, a réalisé la BO de Danny the Dog est s'est retrouvé compilé sur Collected. Mais on peut quand même se poser une question légitime : comment, en sept ans, un groupe peut si peu changer? Parce que le Massive Attack version 2010 n'est pas trop différent du 2003, et pour tout dire, il n'est même pas différent du 1998. Pourtant, la composition même du groupe a changé : en 1998, ils étaient encore trois (3D, Mushroom et Daddy G), cinq ans plus tard, ce dernier prit congé pour honorer son pseudo, et maintenant,   Massive Attack est donc un duo.

Même atmosphères pesantes, basses lourdes, ambiance de pluie londonienne et d'apocalypse façon The Road, et tant qu'à faire, les guests se répètent aussi : Horace Andy, évidemment, mais aussi Martina Topley-Bird, l'ex-muse de Tricky, Hope Sandoval (dont la carrière doit se résumer à attendre un coup de fil de Massive ou des Chemical Brothers) et le roi Midas de la pop anglais, Damon Albarn. Au moins, on ne pourra pas leur reprocher de surfer sur une zeitgeist aussi futile que peu talentueuse. Mais on pourrait être aussi critique que possible, quant au faible renouvellement du duo amélioré de Bristol, force est de constater que ça marche.

Heligoland commence et finit très fort : Pray The Rain allie piano et batterie menaçante à la voix d'un nouveau dans la galaxie Massive, le TV on the Radio Tunde Adebimpe. Des touches electro, un fond de guitare en feedback, des percussions tribales en crescendo, on secoue le tout et on relance la sauce 2 minutes après. Répétitif, peut-être, efficace, sans doute, étouffant, certainement. Le son de Massive Attack, tout en restant reconnaissable entre mille, semble un peu plus organique, cette fois. Basse, claviers (parfois joués par Damon Albarn), guitares, tout cela semble assez naturel, et pas trop manipulé. Reste qu'après un début d'album prometteur, on arrive vite en territoire conquis et convenu : Martina Topley-Bird traîne son ennui dans Babel et Psyche, Horace Andy fait sonner Girl I Love You comme Angel mais en quand même moins bien (les trompettes de l'apocalypse sont sympas) et l'invité surprise à la voix bourbonneuse Guy Garvey (Elbow) n'arrive pas à sortir Flat of the Blade d'une certaine platitude.

Heureusement, ces vieux briscards de studio savent comment conclure un album. Etrangement, deux des trois derniers morceaux ne sont pas chantés par des invités, mais par 3D et Daddy G. Ils sont convaincants, à un point tel qu'on pourrait espérer que le groupe se décide à larguer ce petit monde et à vraiment faire un album à eux deux : leurs voix, bien qu'imparfaites, se collent d'autant mieux aux atmosphères qu'ils ont eux-même créé. Rush Minute, assez agressif, et Atlas Air, (encore) plus sombre relèvent le niveau d'un album qui atteint son paroxysme avec le morceau qui se trouve entre les deux, Saturday Come Slow. Ce dernier porte la marque de Damon Albarn, dont la présence rappelle immanquablement les touches le plus expérimentales de la carrière de Blur, notamment le fabuleux album 13.

Même si cette chronique peut sembler sévère, Heligoland est un bon album. Personne ne fait du Massive Attack comme Massive Attack, et c'est sans doute autant une qualité qu'un défaut. Parfois, on peut avoir l'impression que le duo est bloqué fin des années 90, avec le même son menaçant, et carrément les mêmes vocalistes. D'un autre côté, pourquoi changer une formule qui fonctionne, et qui fonctionne d'ailleurs nettement mieux que sur 100th Window. On conservera donc une impression mitigée, mais qui ne changera ni la qualité intrinsèque de l'album, ni le statut de Massive Attack, groupe majeur des années... 90.

Massive Attack - Heligoland


Parfois, certaines choses m'échappent (enfin, souvent, mais c'est un autre débat). Sept ans depuis le dernier Massive Attack? Oui, après vérification, 100 Windows est effectivement sorti en 2003. Depuis, le groupe n'est pas resté inactif, il s'est retrouvé en tournée, a réalisé la BO de Danny the Dog est s'est retrouvé compilé sur Collected. Mais on peut quand même se poser une question légitime : comment, en sept ans, un groupe peut si peu changer? Parce que le Massive Attack version 2010 n'est pas trop différent du 2003, et pour tout dire, il n'est même pas différent du 1998. Pourtant, la composition même du groupe a changé : en 1998, ils étaient encore trois (3D, Mushroom et Daddy G), cinq ans plus tard, ce dernier prit congé pour honorer son pseudo, et maintenant,   Massive Attack est donc un duo.

Même atmosphères pesantes, basses lourdes, ambiance de pluie londonienne et d'apocalypse façon The Road, et tant qu'à faire, les guests se répètent aussi : Horace Andy, évidemment, mais aussi Martina Topley-Bird, l'ex-muse de Tricky, Hope Sandoval (dont la carrière doit se résumer à attendre un coup de fil de Massive ou des Chemical Brothers) et le roi Midas de la pop anglais, Damon Albarn. Au moins, on ne pourra pas leur reprocher de surfer sur une zeitgeist aussi futile que peu talentueuse. Mais on pourrait être aussi critique que possible, quant au faible renouvellement du duo amélioré de Bristol, force est de constater que ça marche.

Heligoland commence et finit très fort : Pray The Rain allie piano et batterie menaçante à la voix d'un nouveau dans la galaxie Massive, le TV on the Radio Tunde Adebimpe. Des touches electro, un fond de guitare en feedback, des percussions tribales en crescendo, on secoue le tout et on relance la sauce 2 minutes après. Répétitif, peut-être, efficace, sans doute, étouffant, certainement. Le son de Massive Attack, tout en restant reconnaissable entre mille, semble un peu plus organique, cette fois. Basse, claviers (parfois joués par Damon Albarn), guitares, tout cela semble assez naturel, et pas trop manipulé. Reste qu'après un début d'album prometteur, on arrive vite en territoire conquis et convenu : Martina Topley-Bird traîne son ennui dans Babel et Psyche, Horace Andy fait sonner Girl I Love You comme Angel mais en quand même moins bien (les trompettes de l'apocalypse sont sympas) et l'invité surprise à la voix bourbonneuse Guy Garvey (Elbow) n'arrive pas à sortir Flat of the Blade d'une certaine platitude.

Heureusement, ces vieux briscards de studio savent comment conclure un album. Etrangement, deux des trois derniers morceaux ne sont pas chantés par des invités, mais par 3D et Daddy G. Ils sont convaincants, à un point tel qu'on pourrait espérer que le groupe se décide à larguer ce petit monde et à vraiment faire un album à eux deux : leurs voix, bien qu'imparfaites, se collent d'autant mieux aux atmosphères qu'ils ont eux-même créé. Rush Minute, assez agressif, et Atlas Air, (encore) plus sombre relèvent le niveau d'un album qui atteint son paroxysme avec le morceau qui se trouve entre les deux, Saturday Come Slow. Ce dernier porte la marque de Damon Albarn, dont la présence rappelle immanquablement les touches le plus expérimentales de la carrière de Blur, notamment le fabuleux album 13.

Même si cette chronique peut sembler sévère, Heligoland est un bon album. Personne ne fait du Massive Attack comme Massive Attack, et c'est sans doute autant une qualité qu'un défaut. Parfois, on peut avoir l'impression que le duo est bloqué fin des années 90, avec le même son menaçant, et carrément les mêmes vocalistes. D'un autre côté, pourquoi changer une formule qui fonctionne, et qui fonctionne d'ailleurs nettement mieux que sur 100th Window. On conservera donc une impression mitigée, mais qui ne changera ni la qualité intrinsèque de l'album, ni le statut de Massive Attack, groupe majeur des années... 90.

dimanche 14 février 2010

Marketing rock 2.0 : quoi de neuf depuis la dernière la fois? (Ash, Bromheads, Corgan, Jack White, Modlife)

Dans le cadre "marketing rock 2.0", voici quelques nouvelles des programmes que je suis depuis quelques mois, et dont j'ai déjà parlé ici : les nouvelles sorties des Smashing Pumpkins, Ash, Bromheads ainsi qu'une description d'un service déjà connu mais potentiellement intéressant, Modlife.



1) Billy Corgan

Voici quelques mois, Corgan annonçait sa louable intention de sortir le nouveau Smashing Pumpkins gratuitement, un morceau à la fois. Seuls deux morceaux sont actuellement disponibles (les très moyens Song for a Son et Widow Made My Mind) et Corgan sortira un EP après que le quatrième morceau soit disponible. Mais à ce rythme-là, Teargarden by Kaleidyscope ne sera pas terminé avant quelques années. De plus, Corgan est fort peu disponible, et offre peu de mises à jour sur son projet, se contentant de tweets pseudo-ésotériques. C'est mal parti, tout ça.


2) Bromheads

Le groupe anglais Bromheads (ex-Bromheads Jacket) se sert amplement des réseaux sociaux pour faire la promo de leur musique, qui est offerte gratuitement sur leur site à raison d'un morceau par mois, depuis six mois. Pour faire le point sur le système, tenter de comprendre leurs motivations et leurs espérances, Music Box Off vous proposera prochainement leur interview.


3) Ash

Ash continue son petit bonhomme de chemin, continuant à sortir un nouveau morceau toutes les deux semaines. Les morceaux peuvent être écoutés et téléchargeables (pour 1,49$) sur leur site, mais l'abonnement aux 26 vinyls est soldout depuis un petit bout de temps. Ces sorties incessantes permettent au groupe de tourner en quasi permanence, en ayant toujours quelque chose à vendre. Cependant, ils viennent de s'exposer à la critique des fans qui suivent le programme depuis le début, en annonçant la sortie, le 19 avril, d'une compilation reprenant les treize premiers singles et cinq autres morceaux. Même si le groupe se justifie en disant qu'ils ont toujours eu l'intention de le faire, les fans qui ont dépensé une certaine somme d'argent pour collectionner les vinyls "exclusifs" l'ont un peu mauvaise, tout comme le concept "on ne sort plus d'album". Bon, c'est peut-être du chipotage, mais tout cela devient assez compliqué, car les abonnés ont droit à deux morceaux bonus qui ne seront pas sur la compile, qui comprendra, elle, quatre inédits. Finalement, les albums, c'était quand même plus simple.

Et la musique, dans tout ça? Pas de grosse surprise, c'est Ash : un morceau pop-punk, une ballade, un autre plus hard, un peu d'électro. J'y reviendrai sur Music Box à la sortie de l'album, mais malgré l'originalité du concept, j'ai bien peur que la compile ressemble à un album d'Ash, en un peu plus varié, peut-être.


4) Modlife / Third Man Records

Modlife est un site internet, lancé en 2008 par Tom DeLonge, de Blink-182 et Angels and Airwaves. La page wikipedia l'expliquera mieux que moi, mais en gros, c'est un réseau social axé autour de certains artistes, avec pour objectif d'augmenter leurs revenus en proposant des exclusivités aux fans, une sorte de fan club digital, en somme. On peut choisir entre un service gratuit, minimal (infos de tournée, etc) ou payant (environ 7$ par mois, avec prévente de tickets, chatrooms avec les artistes, ...). Le service est resté relativement confidentiel, car peu d'artistes majeurs en faisaient partie (notons seulement un EP 4 titres de Korn, proposé aux abonnés), mais l'arrivée de Third Man Records, le label de Jack White, a changé la donne. J'avais déjà mentionné le lancement de The Vault sur MBO, et depuis, force est de constater que l'expérience n'est pas vraiment extraordinaire.

D'abord, on peut trouver un peu douteux que quasi toutes les parties utiles des sites Third Man (White Stripes, Raconteurs, Dead Weather) soient réservées aux abonnés payants (c'est le but de Modlife, ok, mais vous connaissez beaucoup d'artistes qui font payer pour visionner des clips vidéo, vous?). Mais surtout, les objets exclusifs perdent de plus en plus de leur intérêt. Le second package comprenait un live des Raconteurs, un 7" de versions alternatives de deux vieux morceaux des White Stripes ainsi qu'un print, mais c'est surtout le troisième qui a joué un peu avec les pieds, pour être poli, des fans : un 7" de deux nouveaux morceaux du Dead Weather (passe encore, s'ils ne se retrouvent pas sur l'album d'avril), des cartes postales (ça change du t-shirt, quand même) et un double 12" compilant tous les singles sortis par Third Man Records en 2009. Même si le concept est intéressant, je me demande ce que doivent dire les fans qui ont déjà acheté chacun de ces morceaux en vinyl ou cd. Enfin, non, je ne me le demande pas, il suffit de faire un tour sur leur forum. Enfin, depuis le lancement du système, l'abonnement trimestriel a augmenté de 10$, pour "couvrir les frais d'envoi", ce qui fait donc 280 dollars par an. On va quand même leur laisser encore un peu de temps pour terminer le rôdage, mais jusqu'à présent, c'est décevant de la part de Jack White, qui semble clairement plus ancré dans le passé que dans le futur, ce qui lui convient plus par la musique que pour la distribution de celle-ci.

Enfin, la dernière activité de Modlife vient de son créateur, Tom DeLonge. Quelques mois après la reformation de Blink-182, qui passera en Europe cet été et devrait sortir un nouvel album fin de l'année, DeLonge sort le nouvel album de son "autre" groupe, Angels and Airwaves, gratuitement via fuse.tv et, évidemment, Modlife. L'idée est simple : en proposant gratuitement l'album, DeLonge espère gagner beaucoup, beaucoup de nouveaux fans qui pourront alors dépenser 7$ par mois sur Modlife. En deux mois, ils auraient alors dépensé l'équivalent de ce qu'ils auraient payé pour l'album, et tout le reste serait du bonus. Le futur dira si ce business model est rentable, mais en attendant, on pourra juste remarquer qu'Angels and Airwaves, c'est toujours aussi pompeusement mauvais.

samedi 6 février 2010

The Beatles - Rubber Soul (1965)


Quatre mois après la chronique de la première partie de Past Masters, je reviens sur la déjà légendaire série de remasters du catalogue des Beatles. Past Masters Volume One terminait peut-être une certaine époque, celle des morceaux "simples", ou moins expérimentaux que ceux qui allaient suivre. Rubber Soul est l'album charnière, celui où la sensibilité pop des Beatles est toujours présente (même si, finalement, elle ne partira jamais) mais où le groupe commençait sérieusement à voguer vers d'autres horizons.



Rubber Soul voit les quatre gars de Liverpool embrasser une world music naissante en Europe, découvrir certains paradis artificiels, écrire autre chose que des chansons d'amour, expérimenter un peu partout tout en écrivant des mélodies belles à mourir. Tout cela en trente-cinq minutes.



Drive My Car entame l'album avec un duo Lennon/McCartney qui commence à sérieusement se foutre des conventions : Drive My Car est au mieux une chanson sexiste sur une groupie tournée en bourrique, au pire une métaphore sexuelle douteuse ("baby you can drive my car, and maybe I'll love you"). Mais le morceau est bon, la basse de McCartney légendaire de propulsion. Paul McCartney qui, après avoir écrit ce qui restera à jamais sa chanson la plus connue (Yesterday), se la joue cette fois plutôt profil bas avec seulement trois compos exclusives. Mais comme on y retrouve le délicieux Michelle et l'hypermélodique You Won't See Me, on ne se plaindra pas, surtout que le rôle de bassiste de Paulo est une fois de plus bien rempli, notamment avec l'ajout - révolutionnaire - d'une fuzzbox sur Think For Yourself, excellent Harrison bénéficiant donc de deux lignes de basse complémentaires.



On l'aura compris, Rubber Soul est plutôt un album Lennon. Avec Nowhere Man, il écrit ce qui doit être la première chanson des Beatles qui ne parle pas d'amour du tout, mais plutôt de lui-même, dans un style autocritique qu'il utilisera fréquemment par la suite. Girl exposera au grand jour, et sans (trop d') ambiguïté, l'intérêt évident du fab four pour les "substances créatrices" : les inhalations du refrain se réfèrent à la prise de marijuana, et le rythme fait de "tit-tit-tit" n'a forcément pas été écrit dans un état sobre. Lennon a aussi, et surtout, livré Norwegian Wood (This Bird Has Flown). Écrite autour de paroles se référant à une aventure extraconjugale qui tourne relativement mal (le protagoniste, en colère parce que son aventure refuse de le faire dormir ailleurs que dans la baignoire, boute le feu à la maison), la chanson est surtout connue pour l'utilisation d'un sitar, la première fois pour un groupe rock. George Harrison allait continuer l'exploration de cet instrument et de toute la mythologie indienne l'entourant (avec des résultats mitigés, on le verra), mais ce crossover entre le rock et la musique traditionnelle indienne allait contribuer à créer un nouvel genre musical occidental : la world music. Enfin, quand Lennon n'expérimente pas trop, il livre le touchant et réflexif In My Life.



Rubber Soul possède une autre particularité très importante : c'est un des premiers exemples d'un album pop conçu dans sa totalité, et pas comme une collection de morceaux rallongés par quelques fillers. C'est en tout cas l'avis de Brian Wilson, qui, inspiré par l'album, s'est mis en tête de faire mieux : Pet Sounds sera le résultat, qui inspirera à son tour Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band. Ceci dit, on pourra quand même reprocher un ou deux morceaux moins importants, dont Wait, chute du précédent album qui a justement été ajouté car il en manquait un pour boucler le disque. On ne reviendra pas trop sur Run For Your Life, que Lennon qualifiera de pire morceau qu'il ait jamais écrit.



Tout cela ne saurait bien sûr pas gâcher l'héritage de Rubber Soul, antichambre d'un véritable exploit : les quatre albums qui vont suivre sont tout simplement la séquence d'albums la plus extraordinaire de l'histoire du rock and roll, et quatre candidats absolus au titre de Meilleur album de tous les temps, si seulement quelqu'un était assez stupide pour y penser. L'expérimentation entamée ici ne fera que prendre plus d'importance, et ceci dès Revolver. Avant cela, le groupe aura gardé deux morceaux pop pour un ébourriffant single : Day Tripper / We Can Work It Out. Mais personne, à l'époque, ne pouvait imaginer ce qui allait suivre.