mercredi 30 septembre 2009

The Beatles – Help! (1965)


La Beatlemania ne semblant jamais se terminer, les financiers derrière le Fab Four continuent à traire la vache à lait le plus possible. Help! est en effet la bande originale d'un nouveau film avec nos quatre garçons dans le vent comme héros. Une fois de plus, ce qui nous intéresse, c'est la musique, et quelle musique. Si les quatre premiers albums ne sont qu'un apéritif pour ce qu'il allait arriver, Help! est le point culminant des préliminaires (oui, les doubles métaphores dans une seule phrase, c'est lourd, je les laisse pour l'exemple ;-) ). Nous sommes quelques mois avant le moment qui verra le groupe passer de popact aux qualités indéniables à groupe le plus important de tous les temps. Help! sera postérieurement reconnu comme plaque tournante entre les deux niveaux.

Des Beatles-groupe rock 'n roll propret, on ne retiendra ici que les fillers (enfin, façon de parler) The Night Before, Another Girl et Tell Me What You See ou encore l'obligatoire morceau lourdingue chanté par Ringo Starr (Act Naturally). De même, on retiendra les qualités de It's Only Love et I've Just Seen a Face, qui change de rythme de manière totalement inattendue, un des premiers exmeples d'une technique qui sera souvent utilisée dans le futur. Le reste est phénoménal. Help!, le morceau titre, est la pop song parfaite, si ce n'est pour les paroles : Lennon appelle clairement à l'aide, déjà troublé par la célébrité et tout ce qui l'entoure. Il le restera pour les quinze années à venir. Le rythme est frénétique, et ouvre la voie au rock 2.0 : Ticket To Ride.

Lennon avait fièrement remarqué que Ticket To Ride était la première chanson heavy metal, et il n'a peut-être pas tort. La batterie de Ringo est proprement ahurissante, tout comme la basse drone de MCCartney. Macca qui se paie le luxe de jouer de la lead guitar, et quelle guitare. Ticket To Ride est un des plus grands morceaux de l'histoire du rock 'n roll, et un des plus importants. 44 ans après, et aussi cliché que cela puisse être, il n'a pas pris une ride. Ailleurs, Lennon continue à tirer son inspiration de Bob Dylan, et le magnifie : You've Got To Hide Your Love Away reste un classique éternel. Et tant qu'on parle de classique éternel...

Plus de trois mille versions connues, Yesterday est la chanson la plus reprise de tous les temps. La légende raconte que Paul McCartney a composé toute la mélodie dans un rêve, s'est rapidement levé pour l'enregistrer, avant de se lever le lendemain totalement paniqué : et s'il avait plagié un autre morceau sans s'en rendre compte? Il a bien du se rendre à l'évidence : non, Yesterday est à lui. Tellement à lui qu'il est le seul Beatle présent sur l'enregistrement, accompagné d'un quatuor à cordes. Inutile d'en parler davantage, Yesterday et ses deux parties emmêlées est un morceau simplement magnifique de retenue et de lyrisme, qui mérite, lui, d'être dans le top 3 des morceaux des Beatles les plus connus (je suis nettement plus sceptique par rapport à Let It Be et Hey Jude, mais on y reviendra).

Aussi superbe est-il, Yesterday marque la fin d'une époque. Les connaissances bien inspirées du groupe vont bientôt leur faire connaître les joies de certaines substances récréatives, alors qu'ils vont prendre un contrôle de plus en plus complet de leur création artistique (parce que mettre Dizzy Miss Lizzy juste après Yesterday, c'est lourd). C'est ainsi que le prochain album, Rubber Soul, entame la quintette des albums extraterrestres, qui devraient sans doute se trouver dans n'importe quel top 10, si on ne trouvait pas que 5 sur 10, c'est quand même un peu beaucoup. Mais avant Rubber Soul, je clôturerai cette page avec le premier disque de Past Masters, compilation des faces B et morceaux hors album.

mardi 29 septembre 2009

Alice In Chains - Black Gives Way To Blue

Autant commencer directement : non, je ne suis pas satisfait que, contrairement à leurs promesses, le groupe s'appelle toujours Alice in Chains. La voix de Layne Staley faisait partie intégrale du son Alice in Chains, c'était peut-être même sa principale particularité. Enlever Layne (enfin, façon de parler) et le remplacer par un autre chanteur, aussi bon soit-il, devrait nécessiter un changement de nom. Queen n'a pas été foutu de le faire, le résultat a été catastrophique. Mais même sous un autre nom, il aurait été catastrophique. Finalement, c'est juste un nom. Et les contre-arguments ne manquent pas d'intérêt. Le cerveau d'Alice in Chains, c'est et cela a toujours été Jerry Cantrell. Il a presque tout composé (paroles et musique) et chantait parfois plus que de raison quand Staley était incapable de le faire. De toute façon, qu'on le veuille ou non, c'est fait. Black Gives Way To Blue sera classé sous "Alice In Chains", quatorze ans après Alice In Chains, et sept après la mort de Layne Staley. Et passer à côté serait une grosse erreur. Parce que l'album est bon, et dépasse toute espérance.

C'est simple, il suffit d'une seconde de All Secrets Known pour se rendre compte d'une évidence : Alice is back, et le son de Cantrell n'a pas pris une ride, même si personne n'a plus fait ce genre de musique depuis... quatorze ans. C'est lourd, très lourd, et lent, avec un riff dévastateur et un autre, monumental après 2"25. Clairement plus dans la continuité d'Alice in Chains que Dirt, l'album est presque stoner, se rapprochant des Sabbath les plus terrifiants. Sludgy as fuck. Cantrell chante, de sa voix inimitable (et assez proche de Staley, mais ce n'est pas nouveau) "a new beginning, time to start living", et il a tout à fait raison. Evidemment, on aura tendance à analyser chaque texte à la lumière de la destinée de Staley, mais on aurait probablement tort : Check My Brain parle de la vie de Cantrell, lorsqu'il est passé de Seattle à LA, et les morceaux écrits par le nouveau chanteur n'ont sans doute rien à voir avec son glorieux prédecesseur.

Parlons-en, du nouveau chanteur. William DuVall, de Comes With The Fall, qui ne ressemble ni physiquement ni vocalement à Staley. Cantrell a touché dans le mille, car il est totalement impossible de le critiquer pour cela : il apporte littéralement une nouvelle voix à Alice in Chains. On l'aimera ou pas, mais elle est là. Mais il ne chante pas tant que ça : Cantrell se charge de la majorité des morceaux, réduisant parfois DuVall aux harmonies que Cantrell avait auparavant l'habitude de faire, et qui constituent un autre grand élément du son AiC. Mais quand DuVall prend le lead, on est assez impressionné par sa voix, unique et parfois inspirée de quelqu'un qui avait déjà chanté avec AiC post-Staley : Maynard James Keenan. On pourrait faire pire, comme comparaison. L'excellent Last of My Kind le démontre assez bien.

Bien sûr, on est clairement en train de bouffer une madeleine. Je n'ai pas la moindre idée comment l'album serait perçu par quelqu'un qui n'a pas vécu cette époque. Mais je suis comme je suis, et je n'ai jamais eu la prétention (et la stupidité) d'être objectif en ces pages. Plus personne ne sonne/chante/joue de la guitare comme ça, maintenant. Mais on a déjà vu énormément de tentatives avortées de recapture de gloires passées : ce n'est pas le cas ici, BGWTB n'a pas a rougir de la concurrence des autres albums du groupe, ou de la période. Son gros défaut, mais aussi sa grande qualité, c'est de sortir en 2009. L'exemple le plus évident sont les ballades : on est en plein dans le (légendaire) Unplugged de 1996. Mais quand les morceaux (Your Decision, When The Sun Rose Again) sont si bons, peut-on vraiment se plaindre? Ou juste plonger tête la première?

Black Gives Way To Blue n'est pas sans défaut. Le tempo reste constant sur toute la longueur (20 minutes de plus que Backspacer, pour le même nombre de morceaux), et quand les compos deviennent moins percutantes, quand l'effet de surprise s'envole, on peut être un peu déçu par Lesson Learned, Take Me Out, Private Hell. Mais les sept minutes apocalyptiques de A Looking In View ou le break metal de Acid Bubble relèvent facilement le niveau. On pouvait le prévoir, mais c'est sur une chanson optimiste et introspective (avec Elton John au piano!) que se termine l'album. "Black gives way to blue (...) I remember you". Même si je n'aime pas interpréter, cela me semble clair.

Alice in Chains est de retour, et de quelle manière. Ils possèdent un catalogue fantastique, et maintenant sortent un album de classe identique, qui montre qu'ils sont là pour durer. Pearl Jam ne sont plus les seuls survivants du big four, et même si Alice n'a pas évolué comme le groupe d'Eddie Vedder, ils sont toujours aussi bons, et ça, c'est vraiment incroyable. Pendant ce temps, Chris Cornell...

Alice In Chains - Black Gives Way To Blue

Autant commencer directement : non, je ne suis pas satisfait que, contrairement à leurs promesses, le groupe s'appelle toujours Alice in Chains. La voix de Layne Staley faisait partie intégrale du son Alice in Chains, c'était peut-être même sa principale particularité. Enlever Layne (enfin, façon de parler) et le remplacer par un autre chanteur, aussi bon soit-il, devrait nécessiter un changement de nom. Queen n'a pas été foutu de le faire, le résultat a été catastrophique. Mais même sous un autre nom, il aurait été catastrophique. Finalement, c'est juste un nom. Et les contre-arguments ne manquent pas d'intérêt. Le cerveau d'Alice in Chains, c'est et cela a toujours été Jerry Cantrell. Il a presque tout composé (paroles et musique) et chantait parfois plus que de raison quand Staley était incapable de le faire. De toute façon, qu'on le veuille ou non, c'est fait. Black Gives Way To Blue sera classé sous "Alice In Chains", quatorze ans après Alice In Chains, et sept après la mort de Layne Staley. Et passer à côté serait une grosse erreur. Parce que l'album est bon, et dépasse toute espérance.

C'est simple, il suffit d'une seconde de All Secrets Known pour se rendre compte d'une évidence : Alice is back, et le son de Cantrell n'a pas pris une ride, même si personne n'a plus fait ce genre de musique depuis... quatorze ans. C'est lourd, très lourd, et lent, avec un riff dévastateur et un autre, monumental après 2"25. Clairement plus dans la continuité d'Alice in Chains que Dirt, l'album est presque stoner, se rapprochant des Sabbath les plus terrifiants. Sludgy as fuck. Cantrell chante, de sa voix inimitable (et assez proche de Staley, mais ce n'est pas nouveau) "a new beginning, time to start living", et il a tout à fait raison. Evidemment, on aura tendance à analyser chaque texte à la lumière de la destinée de Staley, mais on aurait probablement tort : Check My Brain parle de la vie de Cantrell, lorsqu'il est passé de Seattle à LA, et les morceaux écrits par le nouveau chanteur n'ont sans doute rien à voir avec son glorieux prédecesseur.

Parlons-en, du nouveau chanteur. William DuVall, de Comes With The Fall, qui ne ressemble ni physiquement ni vocalement à Staley. Cantrell a touché dans le mille, car il est totalement impossible de le critiquer pour cela : il apporte littéralement une nouvelle voix à Alice in Chains. On l'aimera ou pas, mais elle est là. Mais il ne chante pas tant que ça : Cantrell se charge de la majorité des morceaux, réduisant parfois DuVall aux harmonies que Cantrell avait auparavant l'habitude de faire, et qui constituent un autre grand élément du son AiC. Mais quand DuVall prend le lead, on est assez impressionné par sa voix, unique et parfois inspirée de quelqu'un qui avait déjà chanté avec AiC post-Staley : Maynard James Keenan. On pourrait faire pire, comme comparaison. L'excellent Last of My Kind le démontre assez bien.

Bien sûr, on est clairement en train de bouffer une madeleine. Je n'ai pas la moindre idée comment l'album serait perçu par quelqu'un qui n'a pas vécu cette époque. Mais je suis comme je suis, et je n'ai jamais eu la prétention (et la stupidité) d'être objectif en ces pages. Plus personne ne sonne/chante/joue de la guitare comme ça, maintenant. Mais on a déjà vu énormément de tentatives avortées de recapture de gloires passées : ce n'est pas le cas ici, BGWTB n'a pas a rougir de la concurrence des autres albums du groupe, ou de la période. Son gros défaut, mais aussi sa grande qualité, c'est de sortir en 2009. L'exemple le plus évident sont les ballades : on est en plein dans le (légendaire) Unplugged de 1996. Mais quand les morceaux (Your Decision, When The Sun Rose Again) sont si bons, peut-on vraiment se plaindre? Ou juste plonger tête la première?

Black Gives Way To Blue n'est pas sans défaut. Le tempo reste constant sur toute la longueur (20 minutes de plus que Backspacer, pour le même nombre de morceaux), et quand les compos deviennent moins percutantes, quand l'effet de surprise s'envole, on peut être un peu déçu par Lesson Learned, Take Me Out, Private Hell. Mais les sept minutes apocalyptiques de A Looking In View ou le break metal de Acid Bubble relèvent facilement le niveau. On pouvait le prévoir, mais c'est sur une chanson optimiste et introspective (avec Elton John au piano!) que se termine l'album. "Black gives way to blue (...) I remember you". Même si je n'aime pas interpréter, cela me semble clair.

Alice in Chains est de retour, et de quelle manière. Ils possèdent un catalogue fantastique, et maintenant sortent un album de classe identique, qui montre qu'ils sont là pour durer. Pearl Jam ne sont plus les seuls survivants du big four, et même si Alice n'a pas évolué comme le groupe d'Eddie Vedder, ils sont toujours aussi bons, et ça, c'est vraiment incroyable. Pendant ce temps, Chris Cornell...

vendredi 25 septembre 2009

The Beatles – Beatles For Sale (1964)

A notre époque, deux ans entre deux albums, ce n'est pas bien long, un intervalle moyen. Mais dans les années 60, il fallait sortir quelque chose tous les deux mois, parfois au détriment de la créativité. Beatles for Sale est le quatrième album du groupe, et suit le (très bon) single I Feel Fine. Difficile de vraiment savoir si le titre est très second degré, mais BFS est une sorte de retour en arrière pour les Beatles, qui, après avoir sorti le 100% original A Hard Day's Night, se voit de nouveau obligé de refaire quelques reprises pour sortir un album assez long. Malgré le fait que Beatles for Sale soit un album mineur, il n'est pas pour autant dénué d'intérêt.

Par exemple, le style de composition de John Lennon tend maintenant à quitter les classiques compositions d'amour. Il est plus incisif, parfois plus sombre. No Reply, I'm a Loser, n'auraient jamais pu se retrouver plus tôt dans leur discographie. Ce dernier morceau prouve d'ailleurs que Lennon a été influencé par un compositeur dont on entendra encore parler, un certain Bob Dylan. I Don't Wanna Spoil The Party revendique des influences country, alors que Eight Days A Week est le morceau que l'histoire retiendra comme l'extrait de choix. Il est intéressant de noter qu'avec ce morceau, les Beatles (et George Martin) ont commencé à multiplier les prises pour expérimenter. Ces expérimentations allaient bien sûr être la base même des futures compositions du groupe.

Les reprises sont généralement assez peu mémorables, notamment Mr Moonlight, souvent considérée comme la plus mauvaise performance enregistrée des Beatles. La voix de Lennon avait définitivement besoin de repos. Heureusement, il assure totalement Rock 'N Roll Music (Chuck Berry). Macca, quant à lui, n'a pas fourni grand chose ici, même si What You're Doing et Every Little Thing sont assez sous-évaluées. Il allait bientôt écrire un ou deux trucs sympas pour Help!, de toute façon.

Beatles for Sale restera donc un des seuls albums mineurs des Beatles, et surtout, il marque la première fois que leur nouvel album est moins bon que le précédent. Mais au vu de ce qui va suivre, cela n'a pas beaucoup d'importance.

mardi 22 septembre 2009

Pearl Jam - Backspacer

Drôle d'animal que ce Backspacer. Neuvième album de Pearl Jam, il surprend avant même d'être écouté. Dix minutes plus court que leur précédent album le plus court (36 minutes, 11 morceaux), il est aussi leur plus accessible. Le premier single, The Fixer, a surpris par sa simplicité et ses paroles positives, ce qui est assez rare chez le parolier Eddie Vedder (un journaliste du NME avait un jour dit que se plaindre que Vedder est morose, c'est comme reprocher à Johnny Cash qu'il s'habillait de noir). Bush viré, Obama (The Fixer - le Réparateur?) installé, le groupe peut enfin se détendre, et au lieu de faire du Pearl Jam (comme leur précédent album), être le Pearl Jam de 2009.

Malheureusement, cela ne marche qu'à moitié. Backspacer (en référence à la touche du clavier qui permet de revenir en arrière, sans doute pour mieux avancer après) commence vite et fort : quatre morceaux rock, punky, enlevés en 11 minutes. On commence par Gonna See My Friend et son riff très rock 'n roll, l'opener le plus rock depuis Go (Vs, 1993), puis Got Some, plus ancré dans la bonne partie des 80s. McCready et Gossard y envoient des guitares un peu partout alors que Vedder est aussi frénétique que possible. On l'a déjà dit, mais on peut le répéter : la section rythmique Ament/Cameron est une des meilleures du rock actuel, surtout que Cameron s'est enfin installé confortablement dans un fauteuil qu'il occupe maintenant depuis dix ans. The Fixer continue la série, single mineur mais morceau quand même sympathique. Johnny Guitar étonne par son phrasé bizarre et une histoire fort légère. On doit s'y faire, PJ 09 est assez ensoleillé. Ce qui n'excuse pas les très vilains fade out des deux derniers morceaux.

Just Breathe nous ramène à la BO de Into The Wild, composée et interprétée par Vedder. Elle a permis de lui faire gagner un Grammy, d'entreprendre trois petites tournées solo et de carrément faire une OPA sur cet album : la moitié des compos (et toutes les paroles) sont signées par Eddie. Pour Just Breathe, cela passe, parce que le morceau est splendide et touchant, malgré des paroles parfois maladroites. Mais Speed of Sound et Unthought Known, deux morceaux débutés solo par Vedder durant sa dernière tournée, on se demande carrément ce qu'elles foutent là. Le dernier pourrait, avec son clavier craie sur tableau noir, être un morceau de Coldplay. Si. Si vous saviez comme j'ai mal, juste d'écrire ça. Speed of Sound, quant à lui, est heureusement sauvé par un refrain poignant. Vedder reste un artiste extraordinaire, mais je pense qu'il aurait du aller faire un vrai album solo plutôt que d'imposer ses vues au groupe, dont les autres membres ont fourni les deux meilleurs morceaux de Backspacer : Jeff Ament a écrit Got Some et McCready a notamment Force of Nature, qui bénéficie en outre d'un superbe texte de Vedder. Le groupe est de toute façon suffisamment bon, et la passion de Vedder toujours intacte pour truffer les morceaux de passages brillants, sans compter que certains prennent parfois une dimension inattendue, après plusieurs écoutes.

La seconde partie de l'album sera quand même sauvée par Supersonic, brûlot punky composé par Gossard (qui a aussi offert le trop classique Amongst The Waves) qui se transforme en impro bluesy avant de repartir en pleine vitesse, le fantastique Force of Nature déjà mentionné et enfin The End, terrible morceau qui ne colle pas, mais alors là pas du tout avec l'ambiance générale de l'album. The End, autre morceau 100% Vedder, ne compte même pas d'autre membre du groupe. Mais Eddie, sa voix, sa guitare, un quatuor à cordes et des instruments à vent. L'orchestration est touchante, et la voix légèrement craquante de Vedder convient parfaitement à cette triste histoire de père de famille, que je préfère ne pas interpréter. Le morceau se termine net, abruptement, dans ce qui est peut-être le seul moment de grâce de Backspacer.

Backspacer est une expérience intéressante, un album court et délibérément incohérent. Malheureusement, il est aussi plombé par une production fort peu subtile de Brendan O'Brien, qu'on a déjà connu bien plus inspiré. A croire que ses récents travaux avec Incubus et AC/DC lui ont fait oublier le concept même de subtilité. Ses claviers sont souvent lourds, et les gimmicks qu'il place un peu partout fatiguent vite. Mais, comme c'est l'album positif de Pearl Jam, voyons les choses du bon côté. Comme le groupe ne s'est jamais répété (et après neuf albums, chapeau quand même), il semble assuré que lorsqu'ils remettront l'ouvrage sur le métier, ce sera avec cette expérience mitigée en plus. Et gageons qu'ils sauront encore nous surprendre. Reste à espérer qu'ils arriveront aussi à convaincre.

Pearl Jam - Backspacer

Drôle d'animal que ce Backspacer. Neuvième album de Pearl Jam, il surprend avant même d'être écouté. Dix minutes plus court que leur précédent album le plus court (36 minutes, 11 morceaux), il est aussi leur plus accessible. Le premier single, The Fixer, a surpris par sa simplicité et ses paroles positives, ce qui est assez rare chez le parolier Eddie Vedder (un journaliste du NME avait un jour dit que se plaindre que Vedder est morose, c'est comme reprocher à Johnny Cash qu'il s'habillait de noir). Bush viré, Obama (The Fixer - le Réparateur?) installé, le groupe peut enfin se détendre, et au lieu de faire du Pearl Jam (comme leur précédent album), être le Pearl Jam de 2009.

Malheureusement, cela ne marche qu'à moitié. Backspacer (en référence à la touche du clavier qui permet de revenir en arrière, sans doute pour mieux avancer après) commence vite et fort : quatre morceaux rock, punky, enlevés en 11 minutes. On commence par Gonna See My Friend et son riff très rock 'n roll, l'opener le plus rock depuis Go (Vs, 1993), puis Got Some, plus ancré dans la bonne partie des 80s. McCready et Gossard y envoient des guitares un peu partout alors que Vedder est aussi frénétique que possible. On l'a déjà dit, mais on peut le répéter : la section rythmique Ament/Cameron est une des meilleures du rock actuel, surtout que Cameron s'est enfin installé confortablement dans un fauteuil qu'il occupe maintenant depuis dix ans. The Fixer continue la série, single mineur mais morceau quand même sympathique. Johnny Guitar étonne par son phrasé bizarre et une histoire fort légère. On doit s'y faire, PJ 09 est assez ensoleillé. Ce qui n'excuse pas les très vilains fade out des deux derniers morceaux.

Just Breathe nous ramène à la BO de Into The Wild, composée et interprétée par Vedder. Elle a permis de lui faire gagner un Grammy, d'entreprendre trois petites tournées solo et de carrément faire une OPA sur cet album : la moitié des compos (et toutes les paroles) sont signées par Eddie. Pour Just Breathe, cela passe, parce que le morceau est splendide et touchant, malgré des paroles parfois maladroites. Mais Speed of Sound et Unthought Known, deux morceaux débutés solo par Vedder durant sa dernière tournée, on se demande carrément ce qu'elles foutent là. Le dernier pourrait, avec son clavier craie sur tableau noir, être un morceau de Coldplay. Si. Si vous saviez comme j'ai mal, juste d'écrire ça. Speed of Sound, quant à lui, est heureusement sauvé par un refrain poignant. Vedder reste un artiste extraordinaire, mais je pense qu'il aurait du aller faire un vrai album solo plutôt que d'imposer ses vues au groupe, dont les autres membres ont fourni les deux meilleurs morceaux de Backspacer : Jeff Ament a écrit Got Some et McCready a notamment Force of Nature, qui bénéficie en outre d'un superbe texte de Vedder. Le groupe est de toute façon suffisamment bon, et la passion de Vedder toujours intacte pour truffer les morceaux de passages brillants, sans compter que certains prennent parfois une dimension inattendue, après plusieurs écoutes.

La seconde partie de l'album sera quand même sauvée par Supersonic, brûlot punky composé par Gossard (qui a aussi offert le trop classique Amongst The Waves) qui se transforme en impro bluesy avant de repartir en pleine vitesse, le fantastique Force of Nature déjà mentionné et enfin The End, terrible morceau qui ne colle pas, mais alors là pas du tout avec l'ambiance générale de l'album. The End, autre morceau 100% Vedder, ne compte même pas d'autre membre du groupe. Mais Eddie, sa voix, sa guitare, un quatuor à cordes et des instruments à vent. L'orchestration est touchante, et la voix légèrement craquante de Vedder convient parfaitement à cette triste histoire de père de famille, que je préfère ne pas interpréter. Le morceau se termine net, abruptement, dans ce qui est peut-être le seul moment de grâce de Backspacer.

Backspacer est une expérience intéressante, un album court et délibérément incohérent. Malheureusement, il est aussi plombé par une production fort peu subtile de Brendan O'Brien, qu'on a déjà connu bien plus inspiré. A croire que ses récents travaux avec Incubus et AC/DC lui ont fait oublier le concept même de subtilité. Ses claviers sont souvent lourds, et les gimmicks qu'il place un peu partout fatiguent vite. Mais, comme c'est l'album positif de Pearl Jam, voyons les choses du bon côté. Comme le groupe ne s'est jamais répété (et après neuf albums, chapeau quand même), il semble assuré que lorsqu'ils remettront l'ouvrage sur le métier, ce sera avec cette expérience mitigée en plus. Et gageons qu'ils sauront encore nous surprendre. Reste à espérer qu'ils arriveront aussi à convaincre.

samedi 19 septembre 2009

Blur – All The People : Blur Live At Hyde Park, July 3rd 2009

C'est déjà fini. Après une dizaine de concerts et pas mal de buzz, les membres du groupe ont tous confirmé qu'il n'y avait pas de plan pour d'autres concerts, et encore moins pour un nouvel album. La porte ne semble pas être scellée, mais la réunion d'un des plus importants groupes des années 90 n'aura pas duré bien longtemps. Les deux concerts de Hyde Park ont été le point de départ de la réunion : les concerts précédant ces deux dates (Glastonbury, T in the Park, quelques dates de chauffe et le seul concert hors-UK, à Lyon) ont été ajoutés après le double sold out rapide. Le groupe sort maintenant un double album pour chaque date, aux setlists hélas exactement semblables. J'ai choisi de parler de celui du 3 juillet, sans raison particulière.

Blur a souvent été très étrange, si pas capricieux, en concert. Prenons les trois dernières tournées (sans compter celle de Think Tank, où Simon Tong remplaçait Graham Coxon) : celle de Blur était roots, punk, sans concession. Puis, la tournée 13 les voyait jouer l'intégralité de l'album (y compris en festival!) puis quelques hits en rappel. Enfin, ils ont eu l'idée originale de jouer tous leurs singles dans l'ordre pour accompagner le premier "best of", en jouant les morceaux "détestés" (Country House, Charmless Man) avec une grosse dose de second degré.

On pouvait dès lors se demander ce qu'ils allaient faire ici, devant une foule immense. Finalement, ils ont opté pour le greatest hits, avec une attention particulière à la période pop, souvent délaissée lors des dernières années du groupe. C'est très étonnant de voir Damon Albarn (et sa dizaine de kilos en plus, soit dit en passant) chanter Country House avec une telle ferveur, mais pourquoi pas : ces concerts sont une célébration, et pas une étrange expérience.

D'ailleurs, les festivités commencent par leur premier single, She's So High, immédiatement suivi d'un Girls And Boys qui ne laisse aucun doute la-dessus : c'est la fête, demain, tout sera fini. Les premiers morceaux piochent allégrement dans la période Britpop, mais c'est évidemment un peu plus tard que le concert prend une autre dimension. Graham Coxon, jusque là impeccable, lance l'anti-riff de Beetlebum. De fête, le concert se transforme en triomphe presque intime, en célébration d'un groupe qui a allié brillance créatrice et succès populaire comme peu d'artistes ont réussi auparavant. Beetlebum est immédiatement suivi par une fabuleuse version de Out of Time, extrait de Think Tank. Coxon y apporte une seconde guitare qui complémente très bien l'acoustique d'Albarn, créant ainsi une jolie surprise, et un des meilleurs moments de la soirée. Suivent enfin trois extraits de 13, stellaires. Un très puissant Trimm Trabb, puis Coffee And TV qui montre que depuis l'époque 13, Coxon a pris de la bouteille (oops, mauvais et accidentel jeu de mot) en tant que chanteur, et enfin Tender, qui clôture brillamment cette partie du concert, en faisant monter les larmes dans une bonne partie du public. Blur a été une machine à hits, mais l'enchaîment de Blur et de 13 reste pour moi leur meilleur moment.

Mais comme je le disais plus haut, l'heure est à la célébration, et les morceaux plus sombres de cette période restent minoritaires. C'est donc avec Country House que le concert reprend, voyant Blur accompagné de trompettes, etc etc. Pas ma tasse de thé, et je trouve bizarre que le groupe joue ce maudit morceau comme si de rien n'était. On le remarquera après, c'est carrément dix morceaux de la période Modern Life Is Rubbish / Parklife / The Great Escape qui vont se succéder, avec notamment un Parklife avec Phil Daniels et un frénétique Sunday Sunday avant que trois morceaux introvertis clôturent le concert : End of A Century, To The End et évidemment This Is A Low. Subtil, émouvant, techniquement parfait : Blur a vraiment écrit quelques unes des plus belles pages des années 90.

Les rappels mélangeront les époques, avec notamment le single hors album Popscene, l'excellent extrait de Blur Death of a Party et les crowdpleasers Advert et Song 2, augmenté d'une superbe intro à la batterie. Enfin, The Universal clôture le concert, et le court mais impressionnant retour de Blur. Qu'il arrive n'importe quoi, on ne pourra pas dire qu'ils auront raté leur retour, ni qu'ils auront trait la vache à lait jusqu'à la dernière goutte. Finalement, il vaut peut-être mieux que tout cela reste comme ça.

Blur - All The People : Blur Live At Hyde Park, July 3rd 2009

C'est déjà fini. Après une dizaine de concerts et pas mal de buzz, les membres du groupe ont tous confirmé qu'il n'y avait pas de plan pour d'autres concerts, et encore moins pour un nouvel album. La porte ne semble pas être scellée, mais la réunion d'un des plus importants groupes des années 90 n'aura pas duré bien longtemps. Les deux concerts de Hyde Park ont été le point de départ de la réunion : les concerts précédant ces deux dates (Glastonbury, T in the Park, quelques dates de chauffe et le seul concert hors-UK, à Lyon) ont été ajoutés après le double sold out rapide. Le groupe sort maintenant un double album pour chaque date, aux setlists hélas exactement semblables. J'ai choisi de parler de celui du 3 juillet, sans raison particulière.

Blur a souvent été très étrange, si pas capricieux, en concert. Prenons les trois dernières tournées (sans compter celle de Think Tank, où Simon Tong remplaçait Graham Coxon) : celle de Blur était roots, punk, sans concession. Puis, la tournée 13 les voyait jouer l'intégralité de l'album (y compris en festival!) puis quelques hits en rappel. Enfin, ils ont eu l'idée originale de jouer tous leurs singles dans l'ordre pour accompagner le premier "best of", en jouant les morceaux "détestés" (Country House, Charmless Man) avec une grosse dose de second degré.

On pouvait dès lors se demander ce qu'ils allaient faire ici, devant une foule immense. Finalement, ils ont opté pour le greatest hits, avec une attention particulière à la période pop, souvent délaissée lors des dernières années du groupe. C'est très étonnant de voir Damon Albarn (et sa dizaine de kilos en plus, soit dit en passant) chanter Country House avec une telle ferveur, mais pourquoi pas : ces concerts sont une célébration, et pas une étrange expérience.

D'ailleurs, les festivités commencent par leur premier single, She's So High, immédiatement suivi d'un Girls And Boys qui ne laisse aucun doute la-dessus : c'est la fête, demain, tout sera fini. Les premiers morceaux piochent allégrement dans la période Britpop, mais c'est évidemment un peu plus tard que le concert prend une autre dimension. Graham Coxon, jusque là impeccable, lance l'anti-riff de Beetlebum. De fête, le concert se transforme en triomphe presque intime, en célébration d'un groupe qui a allié brillance créatrice et succès populaire comme peu d'artistes ont réussi auparavant. Beetlebum est immédiatement suivi par une fabuleuse version de Out of Time, extrait de Think Tank. Coxon y apporte une seconde guitare qui complémente très bien l'acoustique d'Albarn, créant ainsi une jolie surprise, et un des meilleurs moments de la soirée. Suivent enfin trois extraits de 13, stellaires. Un très puissant Trimm Trabb, puis Coffee And TV qui montre que depuis l'époque 13, Coxon a pris de la bouteille (oops, mauvais et accidentel jeu de mot) en tant que chanteur, et enfin Tender, qui clôture brillamment cette partie du concert, en faisant monter les larmes dans une bonne partie du public. Blur a été une machine à hits, mais l'enchaîment de Blur et de 13 reste pour moi leur meilleur moment.

Mais comme je le disais plus haut, l'heure est à la célébration, et les morceaux plus sombres de cette période restent minoritaires. C'est donc avec Country House que le concert reprend, voyant Blur accompagné de trompettes, etc etc. Pas ma tasse de thé, et je trouve bizarre que le groupe joue ce maudit morceau comme si de rien n'était. On le remarquera après, c'est carrément dix morceaux de la période Modern Life Is Rubbish / Parklife / The Great Escape qui vont se succéder, avec notamment un Parklife avec Phil Daniels et un frénétique Sunday Sunday avant que trois morceaux introvertis clôturent le concert : End of A Century, To The End et évidemment This Is A Low. Subtil, émouvant, techniquement parfait : Blur a vraiment écrit quelques unes des plus belles pages des années 90.

Les rappels mélangeront les époques, avec notamment le single hors album Popscene, l'excellent extrait de Blur Death of a Party et les crowdpleasers Advert et Song 2, augmenté d'une superbe intro à la batterie. Enfin, The Universal clôture le concert, et le court mais impressionnant retour de Blur. Qu'il arrive n'importe quoi, on ne pourra pas dire qu'ils auront raté leur retour, ni qu'ils auront trait la vache à lait jusqu'à la dernière goutte. Finalement, il vaut peut-être mieux que tout cela reste comme ça.

vendredi 18 septembre 2009

The Beatles – A Hard Day’s Night (1964)


Les Beatles étaient le plus gros groupe du monde. La Beatlemania régnait partout, et tant qu'à faire, autant tirer sur la corde autant que possible, en suivant la mode de l'époque : mettre les popstars dans des films. A Hard Day's Night accompagne le film du même nom, du moins la face A du disque. Ces films ne m'ont jamais intéressé, mais l'album, quel album. Premier album du groupe a ne comprendre que des compositions originales, il contient hit sur hit, dès le premier accord du morceau-titre, peut-être l'accord le plus connu de l'histoire du rock 'n roll. A Hard Day's Night est fantastiquement frénétique, mélodique et étonnamment complexe. John Lennon a parfaitement appris les leçons des reprises, et les surpasse maintenant avec ses originaux. Lennon, qui a d'ailleurs composé une majorité de l'album, comme I Should Have Known Better, If I Fell et ses harmonies vocales ou Anytime At All.

Mais c'est peut-être les morceaux de McCartney qui impressionnent le plus. And I Love Her est proche de la perfection, alors que Things We Said Today a une telle recherche mélodique qu'on pourrait écrire un morceau à partir de chaque ligne. Même si McCartney s'occupait plutôt des morceaux "calmes", il a écrit Can't Buy Me Love (Ringo!), l'autre grand classique rock 'n roll de cet album. Dès ce moment, de toute façon, ce ne sont plus les morceaux "connus" qui font la différence. Chaque morceau vaut la peine d'être (ré)écouté, car le groupe est vraiment en pleine possession de leurs pouvoirs de poprockers mélodiques. Ils continueront encore pendant deux albums, avant de devenir, bien sûr, totalement dingues.

A Hard Day's Night, qui pêche peut-être par une seconde face moins percutante, est donc le premier excellent album du groupe. Ils feront plus bizarre, plus expérimental, et sans doute meilleur, mais en ce qui concerne la pop song parfaite, elle est ici. P
as d'inquiétude cependant : si vous l'avez ratée, elle reviendra.

mercredi 16 septembre 2009

Distribution de musique 2.0 : Bromheads et Ash

Les lecteurs de Music Box Off (version Skynetblogs, faut que j'importe les posts ici, tiens) le savent, je suis avec attention les artistes qui tentent de changer le canevas classique magasin/Amazon/iTunes/15€.

Cette fois, j'aimerais parler de deux nouvelles tentatives différentes, mais originales.





D'abord, les anglais de
Bromheads (ex-Bromheads Jacket), deux albums à ce jour dont l'excellent début Dits From The Commuter Belt. Prenant le contre-pied des récentes déclarations de la grande gueule un peu stupide Lily Allen, ils tentent de prouver que sortir de la musique gratuitement n'est pas un mauvais calcul : ils ont l'intention de sortir un single digital gratuitement, tous les mois pendant six mois. On verra comment tout cela se passe, mais le premier, Boots (une reprise de These Boots Are Made For Walkin') est disponible sur http://www.bromheads.tv. Vous y trouverez aussi des liens Youtube, Twitter, Facebook ou encore Myspace, où ils viennent de poster deux démos pour lesquelles ils attendent du feedback.




Ash est déjà nettement plus connu, notamment pour une série d'excellents singles qui leur ont valu le titre à double tranchant de "Singles Band". Il est vrai que leurs albums ont toujours laissé à désirer, mais leur idée semble vouloir changer cela.

A partir de mi-octobre, les nord-irlandais vont sortir un single (digital + vinyl) toutes les deux semaines, pendant un an. Ils seront disponibles individuellement, mais aussi suivant un système d'abonnement, dont les modalités devraient être bientôt connues.

Leur gimmick, c'est l'alphabet : chaque single portera une lettre, et ils vont accompagner tout cela par une tournée UK de 26 dates, chacune dans une ville portant une lettre différente, d'Aldershot à Zennor.

Le concept est intéressant, mais il faudra voir s'ils sauront tenir la distance, et sortir un morceau de qualité toutes les deux semaines. Le premier, True Love 1980, est en écoute sur http://www.ash-official.com et est assez synthastique.


lundi 14 septembre 2009

The Beatles – With The Beatles (1963)


Album numéro 2, With The Beatles et son titre kitschissime ne fera que confirmer la légende. Il détrôna Please Please Me des charts anglais pour lui même s'y installer pendant 21 semaines, portant les Beatles pendant presque un an au sommet. Pourtant, c'est probablement le moins bon album du groupe, le plus faible. Enregistré et sorti rapidement pour capitaliser sur leur immense succès, il reprend le même concept que son prédécesseur : six reprises (RnB/Motown) et huit originaux, dont, pour la première fois, un morceau de George Harrison (le dispensable Don't Bother Me).

On ne s'y attardera donc pas trop, même s'il comprend tout de même quelques passages intéressants, dont le mémorable All My Loving, montrant déjà le sens inné de la mélodie qui sera la marque de Paul McCartney pour les années à venir. En fin d'album, le superbe And I Love Her préfigure un certain Yesterday, et on notera aussi le méconnu Not a Second Time. Sinon, on remarque vite que l'album a été conçu comme photocopie de Please Please Me, avec Roll Over Beethoven pour "faire" Twist and Shout, par exemple.

Mais il faut tenir compte du fait que c'est tout de même le second album du groupe en six mois et qu'à l'époque, on alternait albums et singles : les Beatles venaient de sortir l'excellent She Loves You, alors que le non moins fantastique I Wanna Hold Your Hand allait suivre un mois après. On reparlera des morceaux non-albums lorsqu'on parlera des Past Masters, bien sûr. With The Beatles restera toujours connu comme le second album des Beatles, sans doute le moins intéressant, mais la rampe de lancement vers l'album qui définira la Beatlemania, A Hard Day's Night.

samedi 12 septembre 2009

Muse - The Resistance


Battre le fer tant qu'il est chaud, c'est ce que fait Muse depuis dix ans. Tournées incessantes, passages répétés en festival, cinq singles par album, et donc cinq albums studio (+ les dvd live) en dix ans. Grâce à tout cela, Muse est devenu probablement le plus gros groupe UK, et un des plus grands du monde (le monde, évidemment, ne comprend pas la grande île au large de l'Atlantique). Malheureusement, et c'est souvent le cas (voir récemment Kings of Leon), le succès populaire va de pair avec une méchante chute de qualité et de créativité. Black Holes and Revelations, l'album de la consécration, était probablement le moins bon, et les moments sympas (le surprenant comeback single Supermassive Black Hole) étaient dominés par le grand n'importe quoi (Knights of Cydonia) ou pire, le vraiment horrible (Starlight).

On ne pouvait donc pas s'attendre à grand chose de ce Resistance, surtout que les titres et le concept ne poussaient pas vraiment à l'optimisme, la parano politique du guitariste-miauleur Matthew Bellamy étant vite lassante. Les deux morceaux avant-coureurs n'ont pas aidé : United States of Eurasia commence comme une bête ballade, avant de "s'inspirer", une fois de plus, de Queen, alors que Uprising fait encore plus fort, plagiant facilement une dizaine de morceaux connus, une habitude chez Muse. Mais bon, si on est de bonne humeur, on peut aller chercher quelques éléments sympas, comme le refrain étonnant et très catchy du morceau-titre, l'intro musclée de Unnatural Selection (la suite est moins fun) ou l'assez carré MK Ultra.

Malheureusement, The Resistance est surtout le véhicule de l'ego de Bellamy, guitariste hors pair qui néglige ses guitares pour se focaliser ici sur le piano et le pompeux. Undisclosed Desires est totalement infâme, sorte de saloperie RnB rejetée par Boyz II Men en 1995 alors que I Belong To You (avec son piano cabaret parisien) se termine par un Bellamy qui ne trouve rien de mieux que de chanter un bout du Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns, en français. Ce qui donne, en gros, "riiiiipooooonza ma tendwessseeeeuuu". C'est mignon. L'album se termine avec la fameuse symphonie dont Bellamy parle depuis des années, et qu'il a eu la funeste idée de terminer. Enfin, soyons honnêtes : ce n'est pas mauvais, l'orchestre assure, mais on ne voit pas trop l'intérêt de ces dix minutes qui ne vont nulle part, et qui sont loin d'être le morceau épique promis.

Difficile de haïr The Resistance, qui est plus plat que le précédent. Au moins, il était très facile de détester Starlight ou Invincible, ici, on écoute une fois, on soupire et on passe son chemin. Vraiment dommage pour un groupe qui était prometteur, qui a sorti un très bon album, mais qui se perd en chemin depuis maintenant trop longtemps.

Muse - The Resistance


Battre le fer tant qu'il est chaud, c'est ce que fait Muse depuis dix ans. Tournées incessantes, passages répétés en festival, cinq singles par album, et donc cinq albums studio (+ les dvd live) en dix ans. Grâce à tout cela, Muse est devenu probablement le plus gros groupe UK, et un des plus grands du monde (le monde, évidemment, ne comprend pas la grande île au large de l'Atlantique). Malheureusement, et c'est souvent le cas (voir récemment Kings of Leon), le succès populaire va de pair avec une méchante chute de qualité et de créativité. Black Holes and Revelations, l'album de la consécration, était probablement le moins bon, et les moments sympas (le surprenant comeback single Supermassive Black Hole) étaient dominés par le grand n'importe quoi (Knights of Cydonia) ou pire, le vraiment horrible (Starlight).

On ne pouvait donc pas s'attendre à grand chose de ce Resistance, surtout que les titres et le concept ne poussaient pas vraiment à l'optimisme, la parano politique du guitariste-miauleur Matthew Bellamy étant vite lassante. Les deux morceaux avant-coureurs n'ont pas aidé : United States of Eurasia commence comme une bête ballade, avant de "s'inspirer", une fois de plus, de Queen, alors que Uprising fait encore plus fort, plagiant facilement une dizaine de morceaux connus, une habitude chez Muse. Mais bon, si on est de bonne humeur, on peut aller chercher quelques éléments sympas, comme le refrain étonnant et très catchy du morceau-titre, l'intro musclée de Unnatural Selection (la suite est moins fun) ou l'assez carré MK Ultra.

Malheureusement, The Resistance est surtout le véhicule de l'ego de Bellamy, guitariste hors pair qui néglige ses guitares pour se focaliser ici sur le piano et le pompeux. Undisclosed Desires est totalement infâme, sorte de saloperie RnB rejetée par Boyz II Men en 1995 alors que I Belong To You (avec son piano cabaret parisien) se termine par un Bellamy qui ne trouve rien de mieux que de chanter un bout du Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns, en français. Ce qui donne, en gros, "riiiiipooooonza ma tendwessseeeeuuu". C'est mignon. L'album se termine avec la fameuse symphonie dont Bellamy parle depuis des années, et qu'il a eu la funeste idée de terminer. Enfin, soyons honnêtes : ce n'est pas mauvais, l'orchestre assure, mais on ne voit pas trop l'intérêt de ces dix minutes qui ne vont nulle part, et qui sont loin d'être le morceau épique promis.

Difficile de haïr The Resistance, qui est plus plat que le précédent. Au moins, il était très facile de détester Starlight ou Invincible, ici, on écoute une fois, on soupire et on passe son chemin. Vraiment dommage pour un groupe qui était prometteur, qui a sorti un très bon album, mais qui se perd en chemin depuis maintenant trop longtemps.

jeudi 10 septembre 2009

The Beatles – Please Please Me (1963)


And so it begins... La série, qui s'entame donc aujourd'hui, de chroniques des albums remasterisés des Beatles n'est pas censée (ré)écrire l'histoire des quatre de Liverpool, mais sera simplement un point de vue très subjectif. L'oeuvre des Beatles est profondément ancrée dans son époque, c'est pourquoi je ne peux que conseiller la lecture du fantastique Revolution In My Head, de Ian Macdonald, qui non seulement analyse chaque morceau du groupe, mais replace le tout dans son contexte.

En quelques mots, le contexte de Please Please Me est simple. L'industrie du disque est fort différente de maintenant, et voulait à l'époque capitaliser sur un jeune groupe qui créait des vagues, notamment grâce à leurs shows en résidence au Cavern Club de Liverpool. C'est donc tout naturellement que l'album correspond à leur setlist de l'époque, et qu'il a été largement enregistré live en studio. Le succès est immense : trente semaines numéro 1 des charts britanniques, et le point de départ d'une légende, qui est aujourd'hui remise à neuf grâce aux remasters mono et stereo.

Au risque de commetre un blasphème, je ne suis pas un grand amateur des premiers albums. Please Please Me semble être reconnu comme le meilleur de la période "rock 'n roll" du groupe, et c'est vrai qu'il est intéressant à plusieurs égards. Mais il est très très loin d'attendre l'invraisemblable brillance que le Fab Four atteindra à plusieurs reprises quelques années plus tard. En fait, la principale qualité de l'album n'est même pas musicale, c'est ce qu'il représente : pour la première fois, un groupe de musiciens "pop" sort un album sur lequel ils chantent (tous, même), jouent de leurs propres instruments (avec notamment une section rythmique McCartney/Starr très solide) et composent une majorité de morceaux (huit sur quatorze). Ce qui n'était pas évident du tout à l'époque.

Parlons tout de même un peu de musique. Forcément, c'est brut et primitif, on est tout de même en 1963. Et même s'il ne faudra que quelques années pour que les Beatles (et certains de leurs pairs, n'oublions pas) révolutionnent la musique populaire, ici, c'est le début. On sent un groupe qui se cherche, notamment au niveau des voix : les cinq premiers morceaux voient quatre lead vocalistes différents se succéder. Quatre vocalistes qui d'ailleurs, chantent juste. De même, les contraintes de production et de marketing font que les compositions personnelles ne doivent pas s'éloigner trop des reprises. Il n'empêche que les toutes premières compositions estampillées Lennon/McCartney (pas encore de compos de Harrison) sont souvent meilleures que les reprises, et comprennent déjà quelques éclairs de génie, comme la ligne de piano de Misery, ou le rythme probablement indécent de Love Me Do (batterie jouée par Andy White, la version Ringo étant encore plus puissante).

I Saw Her Standing There et Please Please Me sont sans doute les deux autres originaux qui sortent du lot, mais c'est la reprise finale qui restera le morceau de choix de l'album. Enregistré en toute fin de session, Twist and Shout est électrique, et aussi puissant qu'un morceau pop pouvait être à l'époque. La voix de John Lennon, qui était préservée jusque là, se rapproche de la rupture, et montre à quel point ces quatre-là possédaient des talents complémentaires hors pair. On n'avait encore rien vu.

mercredi 9 septembre 2009

The Beatles Remasters : introduction explicative

Vous l'avez probablement entendu/lu quelque part, un vieux petit groupe refait parler de lui ces jours-ci. Pour voir un peu plus clair, voici un résumé de ce qui se passe avec les remasters des Beatles et Music Box.

Aujourd'hui, le 9/9/9, sortent les albums des Beatles, remasterisés pour la première fois depuis leur sortie en cd, qui date de 1987. Pour faire court, les albums avaient besoin d'un gros dépoussiérage, et ce dernier est magnifique.

Les albums sortent de trois manières :

- individuellement, les douze albums studio + Magical Mystery Tour et la (double) compilation de morceaux hors albums Past Masters. Ce seront les mixes stéréo, pour la première fois en ce qui concerne les quatre premiers albums. Chaque album est accompagné d'un documentaire en quicktime, ainsi que des notes d'époque.

- un box reprenant tous les albums qui sortent individuellement, avec un DVD reprenant les documentaires

- un box plus particulier, qui comprend les dix albums sortis à l'époque en mono, autrement dit, de la manière à laquelle on était tous censés les écouter. De plus, Help! et Rubber Soul comprennent le mix stereo d'origine (les versions cd de 1987 avaient été remixées pour l'occasion). Past Masters est ici renommé Mono Masters, et comprend les morceaux non-albums mono, y compris un EP 4 titres jamais sorti pour accompagner Yellow Submarine (le film).

Ce qui fait donc trente disques, et un certain temps pour tout ingurgiter. Après quelques écoutes, deux conclusions sont évidentes : d'abord, le son est totalement somptueux, et surpasse non seulement les cd de 87 (ce qui n'était pas difficile) mais aussi les remasters officieux du Dr. Ebbetts. Ensuite, les versions mono me semblent préférables quand c'est possible, pour des raisons de fidélité, mais aussi de qualité sonore : on peut remasteriser ce qu'on veut, mais à l'époque, l'enregistrement en stéréo, ce n'était pas encore au point.

Mais je ne veux pas rentrer dans des détails trop techniques : les articles qui, j'espère, seront publiés ici régulièrement feront part de mes impressions en tant qu'auditeur, pas en tant que technicien qui repère le moindre détail, la moindre différence entre les versions.




On commencera donc avec Please Please Me, pour se terminer un jour avec Let It Be.


"When I get to the bottom, I go back to the top of the slide..."

mardi 1 septembre 2009

Arctic Monkeys - Humbug

Les circonstances font qu'on ne peut pas passer à côté : le nouvel album de ceux qui sont peut-être le plus grand groupe anglais depuis Oasis sort en même temps que la séparation (?) de ces derniers. Passage de témoin? Non, parce que les années nous ont fait comprendre qu'Oasis s'est très vite essouflé. Le temps n'est pas encore là pour nous aider à juger les Singes de Sheffield, mais au même moment de leur carrière (le troisième album), ils éclipsent très facilement les frères mancuniens. Pour revenir 10 ans (12, même) en arrière, et terminer cette comparaison, le troisième album d'Oasis (Be Here Now) était extraordinairement attendu. La déception fut proportionnelle à l'attente. Il fallait clairement quelque chose pour qu'Arctic Monkeys passe outre ce piège, et sorte un troisième album qui cimente leur légende. C'est fait.

Humbug est un album exceptionnel à bien des égards. Là où un groupe à gros succès aurait pu simplement continuer à faire la même chose, plus ou moins bien (Oasis, mais plus près de nous Muse, Kaiser Chiefs, par exemple), mais ils ont sorti un album difficile, complexe, pas tellement commercial, mais absolument passionnant. On repense aux paroles du prophétique "Who The Fuck Are Arctic Monkeys", sorti entre leurs deux premiers albums : "don't care if it's marketing suicide, we won't crack or compromise". Marketing suicide, peut-être pas : Humbug est trop bon pour ça, mais l'absence de compromis est là, et se remarque d'entrée.

Les deux premiers morceaux des deux albums précédents étaient rapides d'entrée, et se caractérisaient par la vitesse d'exécution du chanteur Alex Turner. Ici, rien de tout ça, au contraire : Turner a appris que le silence pouvait être très pertinent. "If you can summon the strength - pause réflexive - tow me". C'est une des conclusions qu'on tirera dans quelques paragraphes : Turner a terriblement évolué, comme chanteur mais aussi comme lyriciste. My Propeller, par exemple, est l'expression de la nouvelle passion de Turner pour les moteurs d'avion. Á moins que ce soit une longue métaphore sexuelle? Le morceau peut faire penser au projet parallèle (et excellent) de Turner, The Last Shadow Puppets, car il prouve une grande maturité d'écriture. C'est aussi un des trois morceaux produits par le fidèle James Ford, car le gros de l'album, on le sait, a été géré par un certain Joshua Homme.

Josh Homme. Figure légendaire du rock US, on ne doit plus vraiment le présenter, mais bon : guitariste des légendaires stoners Kyuss, puis frontman de Queens of the Stone Age (dont Songs for the Deaf, 2002, est peut-être le meilleur album rock des années 2000) et tout récemment membre de Them Crooked Vultures, "supergroupe" réunissant Dave Grohl et John Paul Jones, il a proposé aux Monkeys de venir essayer son studio en plein Mojave Desert. Le résultat dépasse tout attente, et même s'il est difficile de dire précisément ce que Homme a apporté au groupe, on peut ressentir à certains endroits un feeling QOTSA. Je ne serais d'ailleurs pas étonné d'apprendre que Homme y a placé quelques guitares, en plus de ses backing vocals inratables.

Crying Lightning, étonnant premier single, a donc été produit par Homme (avec son ingénieur du son attitré, le fantastique Alain Johannes, dont l'importance ne doit pas être sous-estimée), et montre un son étendu, une dynamique basse-batterie époustouflante et une histoire pleine de détails, comme Turner sait si bien les écrire. Dangerous Animals, qui suit, est peut-être un peu moins immédiat (même si l'album est clairement de ceux qui s'améliorent au fil des écoutes) à cause d'un refrain trop mécanique, mais montre à quel point le guitariste Jamie Cook a augmenté ses possibilités, et exprime une créativité hors pair. Arctic Monkeys, c'est un vrai groupe, avec quatre excellents musiciens. Qui l'eut cru?

Humbug est dense, nettement moins frénétique que Favourite Worst Nightmare, mais comporte quand même quelques morceaux lents à tomber par terre. Secret Door, le premier, commence calmement, avec la voix de Turner éloignée, sur un fond de guitares psyché, avant de devenir un hymne énorme, sensible et sensé, qui rappelle en même temps Ennio Morricone et Morrissey, Kyuss et ... Oasis. Même si Turner utilise des mots compliqués avec trois syllabes. Quelques pistes plus loin, Cornerstone est moins anthémique (néologisme du jour) mais très émouvant. On suit le narrateur, qui passe de pub en pub en espérant retrouver son amour, et demandant à chaque fille qu'il croise s'il peut l'appeler du prénom de sa douce... La pathétique résolution de l'histoire la rend encore plus poignante. Juste une très belle chanson, intercalée entre plusieurs morceaux plus secs, Potion Approaching et Fire And The Thud

Il est probable que Mr Homme a fait plus que chuchoter le refrain, tant le morceau pourrait presque sortir d'un des deux derniers QOTSA. Mais malgré son clin d'oeil à Very Ape (Nirvana), il est loin d'être un plagiat ou morceau peu inspiré. Alors qu'il semble se répéter, il effectue un virage à 180 degrés, avec un bridge fait de "ooh-oohs" inquiétants, et d'une basse ronflante. Le "potion approaching... shield your eyes" de Turner est carrément inquiétant, et ensuite, le morceau repart à pleine vitesse, jusqu'à un coda improbable. Nous sommes alors à la moitié de l'album, et la sensation est double : non seulement, on est surpris, limite perdu, mais terriblement impressionné. Ce qui ne changera pas.

Fire And The Thud, quant à lui débute dans la même veine Morriconesque subtile, mais se change vite (après un solo très Homme) en un monstre à deux têtes avec Alison Mosshart qui apporte sa légendaire intensité et tension sexuelle. Il est encore est toujours question de tension, et de densité dans les trois dernières pistes de l'album. Dance Little Liar exprime une fois de plus la nouvelle subtilité du groupe, et se termine avec un jeu de guitare absolument époustouflant. Turner continue dans son registre calme, presque éthéré, et cela fonctionne très bien avec le feeling psychédélique qui confirme le relatif cliché de l'enregistrement dans le désert, avec Homme et ses plantes...

Pretty Visitors est de loin le morceau le plus rapide de l'album, mais ce n'est pas I Bet You Look Good on the Dancefloor pour autant, surtout si on tient en compte un break très très lourd (genre Sabbath, lourd comme ça). Témoignage ultime de l'excellence du batteur Matt Helders, Pretty Visitors voit aussi Turner s'essayer à des paroles plus obtuses, mais tellement catchy ("what came first, the chicken or the dickhead?"). Le dernier morceau de l'album était aussi très attendu, car il fallait suivre 505 ou A Certain Romance. Fatalement, les Monkeys ont fait le contraire de ce qu'on pouvait attendre, avec un morceau fantomatique, aux accents de fête foraine qui tourne assez mal. Lysergique, éthérée, ce genre de cliché fonctionne assez bien, pour un morceau réflexif, qui clôture un album court (autre leçon apprise : moins de morceaux = moins de chance de baisse de niveau), invraisemblablement fantastique et totalement inattendu.

On se verrait presque espérer que le groupe se sépare maintenant. Parce que franchement, que faire, maintenant? Rien que penser qu'il y a cinq ans, le groupe était inconnu est vertigineux. Leur progression est aussi improbable qu'impressionnante, mais comment vont-ils suivre Humbug, comment vont-ils faire là où tout le monde, ou presque, a échoué? C'est cette peur, ce danger constant, cette stressante impossbilité de prédire l'étape suivante qui rend le rock 'n roll viscéral et attirant. Arctic Monkeys est un des seuls groupes encore capables de faire surgir cette étincelle qu'on pouvait croire éteinte depuis longtemps. Humbug prouve le contraire, et Arctic Monkeys continuera probablement à le prouver. Finalement, qu'on laisse les mauvais groupes se séparer : on a trop besoin des bons.

Arctic Monkeys - Humbug

Les circonstances font qu'on ne peut pas passer à côté : le nouvel album de ceux qui sont peut-être le plus grand groupe anglais depuis Oasis sort en même temps que la séparation (?) de ces derniers. Passage de témoin? Non, parce que les années nous ont fait comprendre qu'Oasis s'est très vite essouflé. Le temps n'est pas encore là pour nous aider à juger les Singes de Sheffield, mais au même moment de leur carrière (le troisième album), ils éclipsent très facilement les frères mancuniens. Pour revenir 10 ans (12, même) en arrière, et terminer cette comparaison, le troisième album d'Oasis (Be Here Now) était extraordinairement attendu. La déception fut proportionnelle à l'attente. Il fallait clairement quelque chose pour qu'Arctic Monkeys passe outre ce piège, et sorte un troisième album qui cimente leur légende. C'est fait.

Humbug est un album exceptionnel à bien des égards. Là où un groupe à gros succès aurait pu simplement continuer à faire la même chose, plus ou moins bien (Oasis, mais plus près de nous Muse, Kaiser Chiefs, par exemple), mais ils ont sorti un album difficile, complexe, pas tellement commercial, mais absolument passionnant. On repense aux paroles du prophétique "Who The Fuck Are Arctic Monkeys", sorti entre leurs deux premiers albums : "don't care if it's marketing suicide, we won't crack or compromise". Marketing suicide, peut-être pas : Humbug est trop bon pour ça, mais l'absence de compromis est là, et se remarque d'entrée.

Les deux premiers morceaux des deux albums précédents étaient rapides d'entrée, et se caractérisaient par la vitesse d'exécution du chanteur Alex Turner. Ici, rien de tout ça, au contraire : Turner a appris que le silence pouvait être très pertinent. "If you can summon the strength - pause réflexive - tow me". C'est une des conclusions qu'on tirera dans quelques paragraphes : Turner a terriblement évolué, comme chanteur mais aussi comme lyriciste. My Propeller, par exemple, est l'expression de la nouvelle passion de Turner pour les moteurs d'avion. Á moins que ce soit une longue métaphore sexuelle? Le morceau peut faire penser au projet parallèle (et excellent) de Turner, The Last Shadow Puppets, car il prouve une grande maturité d'écriture. C'est aussi un des trois morceaux produits par le fidèle James Ford, car le gros de l'album, on le sait, a été géré par un certain Joshua Homme.

Josh Homme. Figure légendaire du rock US, on ne doit plus vraiment le présenter, mais bon : guitariste des légendaires stoners Kyuss, puis frontman de Queens of the Stone Age (dont Songs for the Deaf, 2002, est peut-être le meilleur album rock des années 2000) et tout récemment membre de Them Crooked Vultures, "supergroupe" réunissant Dave Grohl et John Paul Jones, il a proposé aux Monkeys de venir essayer son studio en plein Mojave Desert. Le résultat dépasse tout attente, et même s'il est difficile de dire précisément ce que Homme a apporté au groupe, on peut ressentir à certains endroits un feeling QOTSA. Je ne serais d'ailleurs pas étonné d'apprendre que Homme y a placé quelques guitares, en plus de ses backing vocals inratables.

Crying Lightning, étonnant premier single, a donc été produit par Homme (avec son ingénieur du son attitré, le fantastique Alain Johannes, dont l'importance ne doit pas être sous-estimée), et montre un son étendu, une dynamique basse-batterie époustouflante et une histoire pleine de détails, comme Turner sait si bien les écrire. Dangerous Animals, qui suit, est peut-être un peu moins immédiat (même si l'album est clairement de ceux qui s'améliorent au fil des écoutes) à cause d'un refrain trop mécanique, mais montre à quel point le guitariste Jamie Cook a augmenté ses possibilités, et exprime une créativité hors pair. Arctic Monkeys, c'est un vrai groupe, avec quatre excellents musiciens. Qui l'eut cru?

Humbug est dense, nettement moins frénétique que Favourite Worst Nightmare, mais comporte quand même quelques morceaux lents à tomber par terre. Secret Door, le premier, commence calmement, avec la voix de Turner éloignée, sur un fond de guitares psyché, avant de devenir un hymne énorme, sensible et sensé, qui rappelle en même temps Ennio Morricone et Morrissey, Kyuss et ... Oasis. Même si Turner utilise des mots compliqués avec trois syllabes. Quelques pistes plus loin, Cornerstone est moins anthémique (néologisme du jour) mais très émouvant. On suit le narrateur, qui passe de pub en pub en espérant retrouver son amour, et demandant à chaque fille qu'il croise s'il peut l'appeler du prénom de sa douce... La pathétique résolution de l'histoire la rend encore plus poignante. Juste une très belle chanson, intercalée entre plusieurs morceaux plus secs, Potion Approaching et Fire And The Thud

Il est probable que Mr Homme a fait plus que chuchoter le refrain, tant le morceau pourrait presque sortir d'un des deux derniers QOTSA. Mais malgré son clin d'oeil à Very Ape (Nirvana), il est loin d'être un plagiat ou morceau peu inspiré. Alors qu'il semble se répéter, il effectue un virage à 180 degrés, avec un bridge fait de "ooh-oohs" inquiétants, et d'une basse ronflante. Le "potion approaching... shield your eyes" de Turner est carrément inquiétant, et ensuite, le morceau repart à pleine vitesse, jusqu'à un coda improbable. Nous sommes alors à la moitié de l'album, et la sensation est double : non seulement, on est surpris, limite perdu, mais terriblement impressionné. Ce qui ne changera pas.

Fire And The Thud, quant à lui débute dans la même veine Morriconesque subtile, mais se change vite (après un solo très Homme) en un monstre à deux têtes avec Alison Mosshart qui apporte sa légendaire intensité et tension sexuelle. Il est encore est toujours question de tension, et de densité dans les trois dernières pistes de l'album. Dance Little Liar exprime une fois de plus la nouvelle subtilité du groupe, et se termine avec un jeu de guitare absolument époustouflant. Turner continue dans son registre calme, presque éthéré, et cela fonctionne très bien avec le feeling psychédélique qui confirme le relatif cliché de l'enregistrement dans le désert, avec Homme et ses plantes...

Pretty Visitors est de loin le morceau le plus rapide de l'album, mais ce n'est pas I Bet You Look Good on the Dancefloor pour autant, surtout si on tient en compte un break très très lourd (genre Sabbath, lourd comme ça). Témoignage ultime de l'excellence du batteur Matt Helders, Pretty Visitors voit aussi Turner s'essayer à des paroles plus obtuses, mais tellement catchy ("what came first, the chicken or the dickhead?"). Le dernier morceau de l'album était aussi très attendu, car il fallait suivre 505 ou A Certain Romance. Fatalement, les Monkeys ont fait le contraire de ce qu'on pouvait attendre, avec un morceau fantomatique, aux accents de fête foraine qui tourne assez mal. Lysergique, éthérée, ce genre de cliché fonctionne assez bien, pour un morceau réflexif, qui clôture un album court (autre leçon apprise : moins de morceaux = moins de chance de baisse de niveau), invraisemblablement fantastique et totalement inattendu.

On se verrait presque espérer que le groupe se sépare maintenant. Parce que franchement, que faire, maintenant? Rien que penser qu'il y a cinq ans, le groupe était inconnu est vertigineux. Leur progression est aussi improbable qu'impressionnante, mais comment vont-ils suivre Humbug, comment vont-ils faire là où tout le monde, ou presque, a échoué? C'est cette peur, ce danger constant, cette stressante impossbilité de prédire l'étape suivante qui rend le rock 'n roll viscéral et attirant. Arctic Monkeys est un des seuls groupes encore capables de faire surgir cette étincelle qu'on pouvait croire éteinte depuis longtemps. Humbug prouve le contraire, et Arctic Monkeys continuera probablement à le prouver. Finalement, qu'on laisse les mauvais groupes se séparer : on a trop besoin des bons.