vendredi 27 août 2010

Isobel Campbell & Mark Lanegan - Hawk

On ne l'aurait sans doute pas cru il y a quatre ans, mais Hawk marque la troisième collaboration entre Isobel Campbell et Mark Lanegan, après Ballad of the Broken Seas (2006) et Sunday at Devil Dirt (2008). On a donc largement eu le temps de sortir les clichés Belle/Bête ou Hazelwood/Sinatra, autant se concentrer sur la musique.


D'abord, un constat. Ces trois albums appartiennent à Isobel Campbell. L'Ecossaise a presque tout écrit, produit et arrangé les trois albums. Ce sont plutôt des albums solo sur lesquels Mark Lanegan apparaît régulièrement. Certes. Mais alors, pourquoi est-ce que Campbell se met quasi systématiquement en retrait? Presque chaque duo est dominé par Lanegan, qui ne le fait pourtant pas exprès : la voix d'Isobel est enfouie dans le mix (au mieux), réduite à des coeurs quasi insignifiants (au pire).


Heureusement, les morceaux sont là : We Die and See Beauty Reign et Come Undone sont facilement l'égal des meilleurs moments des albums précédents, alors que Get Behind Me et You Won't Let Me Down Again apporte un peu plus de rock 'n roll au duo. Time of the Season est sans doute la meilleure collaboration de l'album, pour une fois, les deux voix se font parfaitement entendre. Mais pour un album de duos, on a quand même quelques surprises, notamment des morceaux solos (le typique Sunrise pour Isobel, le gospel Lately pour Mark) ou encore l'instrumental Hawk, et ses cuivres. La plus grande curiosité est la présence de Willy Mason, qui remplace Lanegan sur deux reprises de Townes Van Zandt. Malgré ses 25 ans, Mason chante comme un vieux bluesman enfumé, et son ton apporte un changement intéressant par rapport à la voix grave de Lanegan. Un album entier entre eux deux serait certainement une idée à suivre.


Hawk reste un bon album, que ce ne soit que grâce aux talents multiples d'Isobel Campbell. Mais on regrette sa discrétion légendaire, qui la conduit à faire de la figuration sur son propre album. Cependant, s'ils veulent encore en sortir un, c'est quand ils veulent.


En écoute sur Spotify.

jeudi 26 août 2010

Music Box 2.0

Maintenant, c'est fini. Non, pas mes écrits, même si j'y ai sérieusement pensé ces dernières semaines. Ce qui est fini, ce sont les migrations, et les adaptations des différents sites/blogs que j'ai eu au cours des sept dernières années : tout se passera ici.


Un petit peu d'histoire : j'ai commencé Music Box (chroniques d'albums contemporains, le plus proche possible de leur sortie officielle) en septembre 2003. Puis, j'ai ouvert RetroMusicBox (chroniques d'albums plus anciens, jusque 2003, quoi) et enfin Music Box Off, pour tout le reste. J'étais hébergé par Skynetblogs, à l'époque. J'ai compris un peu tard qu'il y avait bien mieux ailleurs, c'est pourquoi je suis passé chez Google (Blogger). Blogspot est un très bon service, mais j'ai compris qu'ils ne voyaient pas d'un bon oeil les blogs musicaux : certains blogs hébergeant (légalement) des mp3 ont été fermés du jour au lendemain, et j'ai moi-même reçu un avertissement de Google. La solution coulait de source, je ne devais plus dépendre d'un service externe. Music Box se trouve maintenant sur mon propre hébergement, et tourne sous Wordpress, plateforme plus complexe à gérer que Blogger, mais autrement plus complète et flexible.


De plus, j'ai multiplié les blogs au fil des années. Trois sur Skynet qui sont devenus deux sur Blogger (RetroMusicBox était en pause) puis le Wordpress, auxquels on peut ajouter un Tumblr que je destinais aux groupes autoproduits. Tout cela finissait pas être assez confus, et m'empêchaient de me concentrer sur ce que je voulais vraiment écrire. De plus, j'avais tellement d'adresses différentes que plus personne ne s'y retrouvait.


Maintenant, tout se passera ici. Tous les posts sur les différentes incarnations de Music Box et Music Box Off ont été importées et classées par catégories et tags (un tag par artiste), ainsi qu'une bonne moitié des posts RetroMusicBox. A partir de maintenant, mes chroniques, articles, reviews de concerts, etc, tout sera publié ici. De plus, je pourrai parfois refaire des chroniques sur d'anciens albums, et aussi (enfin!) écrire sur des groupes autoproduits, sans m'éparpiller sur quatre blogs/sites différents.


Seulement, il me reste encore quelques choses à faire, et quelques défauts qui resteront. Le principal défaut, c'est la mise en forme. Certains posts ont été importés trois fois, et la mise en page (polices, taille, espacement) laisse parfois à désirer. Tout corriger prendrait vraiment, vraiment trop de temps. De plus, certains posts (les anciens de RetroMusicBox) étaient illustrés par un lecteur mp3, qui est maintenant inutilisable. Mais bon, ce n'est pas, je pense, bien important. Certains commentaires ont aussi été perdus.


Ce qu'il reste à faire : importer le reste des posts RetroMusicBox (une quarantaine, à copier/coller) ainsi que quelques chroniques écrites à droite et à gauche. Je vais aussi réfléchir à une meilleure gestion/description des catégories, ainsi que vérifier la cohérence de certains anciens posts. Et essayer de trouver le design/thème ultime.


Mais maintenant que tout est en place, à un seul endroit facilement identifiable, je vais pouvoir me concentrer sur ce que je fais depuis maintenant une quinzaine d'années, toujours en totale indépendance, et dans le plus parfait amateurisme.


Music Box 2.0 starts now.

samedi 14 août 2010

Helmet, ou l’esprit DIY revisité

Je n'ai plus parlé de ce que j'avais appelé "marketing 2.0" depuis quelques mois. Il faut dire que maintenant, n'importe quelle sortie majeure est accompagnée de gimmicks divers et variés, entre éditions supermegadeluxe invraisemblables (l'exemple extrême étant sans doute l'anthologie de Lamb of God, dont la version la plus chère propose une véritable guitare électrique) et autres trucs pour vendre du disque : le dernier Arcade Fire est actuellement numero 1 aux USA, mais est-ce que c'est grâce à sa qualité, à ses huit pochettes différentes, ou au fait que le download coûte quatre dollars?



Je vous parlerai bientôt de ce que Jonah Matranga propose pour son nouvel album solo, mais maintenant, c'est au tour de Helmet. Groupe des années 90 qui en a influencé plus d'un, Helmet continue à régulièrement sortir des albums sans vraiment déchaîner les passions, malgré l'évident talent du leader (et seul membre constant) Page Hamilton. On est habitué aux différentes éditions accompagnant une nouvelle sortie, mais ici, le rapport qualité/quantité/prix est assez extraordinaire, et crée un pont entre deux entités trop souvent séparées : l'album et le live.



Pour commencer, Helmet offre les options habituelles : download, cd, vinyl et y ajoute un album live. L'édition deluxe à 74,99$ y ajoute même une clé USB avec quatre albums live supplémentaires (dont Graspop 2008), le tout signé par Hamilton. Mais c'est le package supérieur qui interpelle. Pour 100 dollars, l'acheteur a droit à l'édition deluxe, mais aussi (il faut le relire 20 fois pour le croire) un passe qui donne accès à chaque concert du groupe en 2010, avec autant de rencontres du groupe. For real. Quand on sait que le groupe a 32 dates prévues cette années, dont pas mal sur la côte ouest, il fait bon être californien fan de Helmet avec une bonne voiture. En plus de ça, le groupe court-circuite les réseaux habituels de vente de billets, ce qui leur permet d'en vendre à seulement 24 dollars (avec album live compris) directement sur leur site.



Il serait très intéressant de savoir si une telle aventure est financièrement profitable, mais c'est une idée absolument géniale, qui, pour une fois, ne prend pas le fan comme un gros pigeon prêt à claquer n'importe quoi pour son groupe préféré. Maintenant, si Seeing Eye Dog pouvait être du niveau d'Aftertaste...



Détails sur le site officiel de Helmet, avec quelques morceaux en écoute. Seeing Eye Dog sort le 7 septembre sur le label de Page Hamilton, Work Song.

Mise à jour 22 août : le passe qui donne droit à la tournée US de Helmet permet aussi l'entrée aux 26 concerts européens de novembre/décembre.

dimanche 8 août 2010

Queens of the Stone Age – Rated R (Deluxe Edition)

Queens of the Stone Age n'est plus vraiment le même groupe aujourd'hui par rapport à Rated R, leur second album et celui qui les aura lancé dans le mainstream. A l'époque, Josh Homme était toujours connu comme ancien guitariste des légendes stoner Kyuss, et avait sorti un premier album discret mais remarqué. Pour Rated R, il s'est adjoint les services de Nick Oliveri, qui aura aussi servi quelque temps chez Kyuss avant de se faire virer. Leurs concerts étaient épiques, surtout quand Oliveri oubliait ses vêtements, et se servait d'une basse très... basse comme extension d'une virilité qui lui jouera des mauvais tours dans le futur.

Dix ans après, Josh Homme est le seul membre restant dans le groupe. Oliveri se sera fait une nouvelle fois virer, quelques batteurs se seront succédés (dont Dave Grohl) et Queens of The Stone Age, qui aura sorti trois albums depuis, n'est plus finalement que le projet solo de Josh Homme, ce qu'il aura peut-être finalement toujours été. Enfin, il faut aussi mentionner que Homme a multiplié les projets parallèles, comme Eagles of Death Metal, la production du dernier Arctic Monkeys ou plus récemment Them Crooked Vultures, avec Grohl et John Paul Jones.


Rated R
 est un album fantastique, et effectivement extraordinaire. Il réussit à montrer le talent de compositeur et de musicien de Homme par des morceaux toujours excellents, qui ne vont jamais où on les attend, et d'une variété étonnante. Un hilarant critique de l'époque avait parlé de Rated R comme un album de heavy metal "léger", ce qui est aussi ridicule que sémantiquement discutable. Rated R est un album metal, sans doute, mais d'un metal qui n'avait pas encore de prédecesseur, un metal qui n'en fait qu'à sa tête, et qui n'a pas peur d'envoyer des refrains bizarres (Monsters in the Parasol), des mélodies pop (The Lost Art of Keeping a Secret), des harmonies vocales (oui, c'est Mark Lanegan) ou encore le morceau politiquement totalement incorrect Feel Good Hit of the Summer, avec choeurs de Rob Halford - assez metal pour vous?


Alors qu'on s'est peut-être trop concentré sur l'album suivant, Songs for the Deaf, comme album ultime du groupe (choisir, c'est mourir un peu), Rated R est le plus varié, peut-être effectivement le plus léger, mais c'est sans tenir compte de Quick and to the Pointless, ou le vraiment cinglé I Think I Lost My Headache, et ses trois minutes finales à la trompette. Too much, évidemment, mais Rated R est tellement révolutionnaire qu'on peut tout leur passer.


La ressortie remasterise très bien l'album original, lui conférant un son clair et extrêmement précis, et ajoute un second cd de faces B, dont l'excellemment violent Ode to Clarissa et la reprise marrant du You're So Vain de Carly Simon (les fans de Nine Inch Nails doivent connaître) et un concert du Reading Festival, où un Josh Homme probablement pas à jeun préface les quatre premiers morceaux par "This is a song for you". Le concert, et le disque se termine avec une version basique du morceau des Desert Sessions "Millionaire", qui ouvrira quelques temps après Songs for the Deaf.


Après avoir parcouru le monde avec sa bande de vautours tordus, Homme a remonté Queens of the Stone Age le temps de quelques concerts en août, et, espérons-le, un nouvel album. Josh Homme et Queens of The Stone Age occupent un très important chapitre dans l'histoire du rock contemporain, chapitre qui continue à s'écrire. Rated R est un des morceaux de choix, et un album immanquable, qui n'a pas encore livré tous ses secrets.

Blip.fm : Better Living Through Chemistry, Feel Good Hit of the Summer
Spotify : Rated R (Deluxe Edition)