jeudi 25 décembre 2008

Times New Viking - Rip It Off

2009, l'année de la production pourrie. Les crimes contre l'humanité commis par Rick Rubin et Metallica (victimes consentantes et confirmées en interview) ont fait beaucoup parler d'eux dans le mauvais sens, alors que les très lo-fi No Age et Times New Viking se retrouvent dans toutes les listes indie de fin d'année. Avec quelques semaines/mois de retard, je m'attaque donc à Times New Viking qui allient mélodies assez catchy à un mur sonore totalement radio-unfriendly.

Le shoegaze, Jesus & Mary Chain, My Bloody Valentine, Raveonettes, Vivian Girls (bientôt sur MB) c'est bien, mais parfois, point trop n'en faut. Ici, ce n'est même plus de la lo-fi, mais de la no-fi. Tout a été fait pour pourrir l'enregistrement le plus possible, surtout sur les voix, souvent ultradéformées au point d'être totalement incompréhensibles. Ce n'est pas mauvais pour autant : un groupe sans concession mérite le respect, surtout quand, finalement, les morceaux sont bien foutus, mélodies classiques dans une esthétique grungy à mort. TNV connaît les limites de son oeuvre, et un seul morceau dépasse les trois minutes, tandis que dix autres ne font pas plus de deux minutes. Grâce à cela, Rip It Off le bien nommé reste appréciable, mais Times New Viking devra faire attention, et commencer un jour à regarder autre chose que leur propre nombril, pour être poli.

Rip It Off reste intéressant, mais assez loin de la dithyrambe pitchforkiste de cette fin 2009. Mais on a entendu bien pire aussi.

Times New Viking - Rip It Off

2009, l'année de la production pourrie. Les crimes contre l'humanité commis par Rick Rubin et Metallica (victimes consentantes et confirmées en interview) ont fait beaucoup parler d'eux dans le mauvais sens, alors que les très lo-fi No Age et Times New Viking se retrouvent dans toutes les listes indie de fin d'année. Avec quelques semaines/mois de retard, je m'attaque donc à Times New Viking qui allient mélodies assez catchy à un mur sonore totalement radio-unfriendly.

Le shoegaze, Jesus & Mary Chain, My Bloody Valentine, Raveonettes, Vivian Girls (bientôt sur MB) c'est bien, mais parfois, point trop n'en faut. Ici, ce n'est même plus de la lo-fi, mais de la no-fi. Tout a été fait pour pourrir l'enregistrement le plus possible, surtout sur les voix, souvent ultradéformées au point d'être totalement incompréhensibles. Ce n'est pas mauvais pour autant : un groupe sans concession mérite le respect, surtout quand, finalement, les morceaux sont bien foutus, mélodies classiques dans une esthétique grungy à mort. TNV connaît les limites de son oeuvre, et un seul morceau dépasse les trois minutes, tandis que dix autres ne font pas plus de deux minutes. Grâce à cela, Rip It Off le bien nommé reste appréciable, mais Times New Viking devra faire attention, et commencer un jour à regarder autre chose que leur propre nombril, pour être poli.

Rip It Off reste intéressant, mais assez loin de la dithyrambe pitchforkiste de cette fin 2009. Mais on a entendu bien pire aussi.

vendredi 12 décembre 2008

Kanye West - 808s & Heartbreak

Ce n'est pas vraiment dans mes habitudes de parler de "musique urbaine", pour diverses raisons dont, clairement, un certain manque d'intérêt. Mais Kanye West, c'est un personnage. Je n'ai quasi jamais entendu son oeuvre (le manque d'intérêt mentionné plus le fait que je n'écoute jamais la radio, et encore moins les chaînes musicales qui, d'ailleurs, ne diffusent plus vraiment de musique), mais il me fait marrer, quand il insulte George Bush en live, et qu'il monte sur scène aux MTV Awards réclamant un prix qu'il n'a pas gagné. Bref, le type même de tête à claque qu'on adore démonter. Et quand j'apprends que le roi du bling bling sort un album minimaliste, inspiré par une rupture sentimentale et la mort accidentelle de sa mère (dont Kanye se dit responsable, c'est sa vie clinquaillante qui l'aurait poussée à faire une opération de chirurgie esthétique qui lui fut fatale), et sur lequel Kanye ne rappe pas mais chante à travers un auto-tune, je ne pouvais décemment pas passer à côté.

L'auto-tune, tiens, parlons-en. Vous vous rappelez peut-être de Roger Troutman, qui avait popularisé l'usage du vocoder, "instrument" déformant de manière marrante les voix. Troutman avait été repris dans le tube mondial de Tupac Shakur, California Love. L'auto-tune part sur les mêmes bases, mais est en fait (d'où son nom) un programme permettant aux chanteurs de chanter juste, moyennant quelques modifications légères de la voix. Le chasseur d'ours de Metallica, James Hetfield, en a usé et abusé pour Death Magnetic : sans cela, Lars Ulrich arait sans doute du chanter. Mais l'auto-tune a surtout été détourné par quelques rappeurs/RnBistes US, dont le plus fameux est T-Pain. Trafiquer les réglages de l'auto-tune permet d'obtenir un effet semblable au vocoder, et donc un élement de novelty dans certains morceaux. Eh bien, West fait ça durant tout l'album. Tout l'album. Déjà, le type chante mal, et pourquoi pas, ce n'est pas trop son job. Mais là, non seulement ça n'arrange rien, mais c'est en plus totalement ridicule. Il aurait chanté gonflé à l'hélium, ça n'aurait pas été pire. Et comme en plus, il écrit très mal, alignant les rimes faciles comme un Tim Wheeler prépubère, on ne demande qu'à le voir retourner au rap, ou à prendre plus de guests.

Et à part ça? 808s and Heartbreak est très minimaliste niveau production, avec beaucoup de morceaux midtempo. Kanye semble sincère, quand il se rend compte que ses amis ont des gosses, alors qu'il n'a que des grosses bagnoles (Welcome to Heartbreak). Mais il retombe dans l'excès lors de plusieurs morceaux imbécilement sexistes (Robocop, ou Love Lockdown :"I can't keep myself and still keep you too", pas changé tant que ça, hmm, Kanye?) et une longueur lassante : une heure de logorrhée auto-tunée, non, quoi. Le pire est pour la fin, un freestyle live à Singapour qui devait être une pause pipi parfaite. Heureusement on peut en ressortir quelques beats ravageurs (Paranoid), et une production froide et efficace, hélas dominée par un grand sentiment d'ennui.

Certains critiques US, toujours premiers sur la balle, ont parlé de cet album comme le Kid A de Kanye : un album difficile, mais reconnu comme terriblement novateur. Certaines personnes n'ont pas aimé Kid A, c'est vrai, mais je ne sais pas comment il pourrait être possible de ne pas trouver 808s chiantissime. Alors, s'il s'agit vraiment d'un album catarthique (et pas seulement un gros caprice de gosse pourri), Kanye aurait sans doute du le garder privé. Hélas, la "voix de sa génération" pense que le monde est sa vie privée, ou inversément. Pendant ce temps, le monde soupire, et pense à autre chose.

Kanye West - 808s & Heartbreak

Ce n'est pas vraiment dans mes habitudes de parler de "musique urbaine", pour diverses raisons dont, clairement, un certain manque d'intérêt. Mais Kanye West, c'est un personnage. Je n'ai quasi jamais entendu son oeuvre (le manque d'intérêt mentionné plus le fait que je n'écoute jamais la radio, et encore moins les chaînes musicales qui, d'ailleurs, ne diffusent plus vraiment de musique), mais il me fait marrer, quand il insulte George Bush en live, et qu'il monte sur scène aux MTV Awards réclamant un prix qu'il n'a pas gagné. Bref, le type même de tête à claque qu'on adore démonter. Et quand j'apprends que le roi du bling bling sort un album minimaliste, inspiré par une rupture sentimentale et la mort accidentelle de sa mère (dont Kanye se dit responsable, c'est sa vie clinquaillante qui l'aurait poussée à faire une opération de chirurgie esthétique qui lui fut fatale), et sur lequel Kanye ne rappe pas mais chante à travers un auto-tune, je ne pouvais décemment pas passer à côté.

L'auto-tune, tiens, parlons-en. Vous vous rappelez peut-être de Roger Troutman, qui avait popularisé l'usage du vocoder, "instrument" déformant de manière marrante les voix. Troutman avait été repris dans le tube mondial de Tupac Shakur, California Love. L'auto-tune part sur les mêmes bases, mais est en fait (d'où son nom) un programme permettant aux chanteurs de chanter juste, moyennant quelques modifications légères de la voix. Le chasseur d'ours de Metallica, James Hetfield, en a usé et abusé pour Death Magnetic : sans cela, Lars Ulrich arait sans doute du chanter. Mais l'auto-tune a surtout été détourné par quelques rappeurs/RnBistes US, dont le plus fameux est T-Pain. Trafiquer les réglages de l'auto-tune permet d'obtenir un effet semblable au vocoder, et donc un élement de novelty dans certains morceaux. Eh bien, West fait ça durant tout l'album. Tout l'album. Déjà, le type chante mal, et pourquoi pas, ce n'est pas trop son job. Mais là, non seulement ça n'arrange rien, mais c'est en plus totalement ridicule. Il aurait chanté gonflé à l'hélium, ça n'aurait pas été pire. Et comme en plus, il écrit très mal, alignant les rimes faciles comme un Tim Wheeler prépubère, on ne demande qu'à le voir retourner au rap, ou à prendre plus de guests.

Et à part ça? 808s and Heartbreak est très minimaliste niveau production, avec beaucoup de morceaux midtempo. Kanye semble sincère, quand il se rend compte que ses amis ont des gosses, alors qu'il n'a que des grosses bagnoles (Welcome to Heartbreak). Mais il retombe dans l'excès lors de plusieurs morceaux imbécilement sexistes (Robocop, ou Love Lockdown :"I can't keep myself and still keep you too", pas changé tant que ça, hmm, Kanye?) et une longueur lassante : une heure de logorrhée auto-tunée, non, quoi. Le pire est pour la fin, un freestyle live à Singapour qui devait être une pause pipi parfaite. Heureusement on peut en ressortir quelques beats ravageurs (Paranoid), et une production froide et efficace, hélas dominée par un grand sentiment d'ennui.

Certains critiques US, toujours premiers sur la balle, ont parlé de cet album comme le Kid A de Kanye : un album difficile, mais reconnu comme terriblement novateur. Certaines personnes n'ont pas aimé Kid A, c'est vrai, mais je ne sais pas comment il pourrait être possible de ne pas trouver 808s chiantissime. Alors, s'il s'agit vraiment d'un album catarthique (et pas seulement un gros caprice de gosse pourri), Kanye aurait sans doute du le garder privé. Hélas, la "voix de sa génération" pense que le monde est sa vie privée, ou inversément. Pendant ce temps, le monde soupire, et pense à autre chose.

dimanche 7 décembre 2008

The Raveonettes - 4 EPs

J'aime bien les Extended Plays, ces « disques » d'entre deux albums, mais qui ne sont pas nécessairement construits autour d'un morceau. Et j'aime bien The Raveonettes, dont Lust Lust Lust était un de mes préférés de 2007. J''ai donc été ravi d'apprendre que le duo danois allait en sortir quatre en autant de mois, fin 2008. Le premier est une collection de quatre remixes de Lust Lust Lust, mais je ne m'intéresserai ici qu'aux trois EP d'originaux, même si on peut y trouver quelques sons intéressants.

Sometimes They Drop By est présenté comme étant uniquement électro, et s'ouvre effectivement sur un déluge sonore synthétique. La guitare de Sune Rose Wagner a tellement l'habitude d'être maltraitée par des pédales d'effets elles-même martyrisées qu'il n'y a pas tant de différence, même si certains morceaux, comme Blood Red Leis sont nettement plus dansants que d'habitude. On le ferait volontiers passer dans une soirée new/no/postwave, son beat entêtant ferait des ravages, avant, évidemment, que le feedback ne fasse son entrée. Les voix, par contre, sont toujours aussi posées et deadpan. Ce virage électro est une chouette déviation de leur norme parfois un peu contraignante, et s'applique parfaitement au concept EP, ni trop court, ni trop long. On pourrait quand même regretter qu'ils n'ont pas vraiment été au bout de leurs idées, Sometimes They Drop By est simplement Raveonettes + synthés, alors que Vintage Future comporte quand même une guitare.

Beauty Dies, le numéro trois, a un titre typiquement Raveonettes et revient à une logique plus basique, même si on retrouve quand même un peu d'electro. Tant mieux, rien de plus emmerdant que les étiquettes contraignantes. Young And Beautiful est carrément un des meilleurs morceaux du groupe. Gardant les influences shoegaze qu'on leur connaît, il s'en affranchit notamment en accélérant le tempo. Sharin Foo fait sa Sharin Foo, et c'est fantastique comme ça. Black/White est emmené par une basse motown, prouvant une fois de plus que Wagner et Foo mélangent les influences, les époques pour en faire leur propre genre. The Thief commence par un déferlement de percussion et de piano, montrant que le duo n'a pas de limites dans son imagination, contrairement à ce qu'on aurait pu croire. La prochaine fois, ils sont capable de sortir un album entièrement acoustique, et encore le réussir.

Enfin, le quatrième et dernier EP est de saison, puisque Wishing You A Rave Christmas est évidemment composé de quatre morceaux de Noël, à la sauce Raveonettes. On parle donc de neige et de sapin mais aussi de sous-entendus (on parle quand même d'un groupe qui chantait, il y a quelques années, « My girl is a little animal, she always wants to fuck »). Sympa, parfois dispensable mais ça fera un excellent effet lors de votre repas en famille. Et une bonne idée de soundtrack si le prochain Sofia Coppola se passe en hiver.

Après quatre albums et autant d'EPs, le duo danois n'est plus une surprise, mais simplement un des meilleurs groupes de pop avant-gardiste contemporaine. Il faut parfois faire des efforts et passer outre l'exercice de style, mais le jeu en vaut largement la chandelle.

The Raveonettes - 4 EPs

J'aime bien les Extended Plays, ces « disques » d'entre deux albums, mais qui ne sont pas nécessairement construits autour d'un morceau. Et j'aime bien The Raveonettes, dont Lust Lust Lust était un de mes préférés de 2007. J''ai donc été ravi d'apprendre que le duo danois allait en sortir quatre en autant de mois, fin 2008. Le premier est une collection de quatre remixes de Lust Lust Lust, mais je ne m'intéresserai ici qu'aux trois EP d'originaux, même si on peut y trouver quelques sons intéressants.

Sometimes They Drop By est présenté comme étant uniquement électro, et s'ouvre effectivement sur un déluge sonore synthétique. La guitare de Sune Rose Wagner a tellement l'habitude d'être maltraitée par des pédales d'effets elles-même martyrisées qu'il n'y a pas tant de différence, même si certains morceaux, comme Blood Red Leis sont nettement plus dansants que d'habitude. On le ferait volontiers passer dans une soirée new/no/postwave, son beat entêtant ferait des ravages, avant, évidemment, que le feedback ne fasse son entrée. Les voix, par contre, sont toujours aussi posées et deadpan. Ce virage électro est une chouette déviation de leur norme parfois un peu contraignante, et s'applique parfaitement au concept EP, ni trop court, ni trop long. On pourrait quand même regretter qu'ils n'ont pas vraiment été au bout de leurs idées, Sometimes They Drop By est simplement Raveonettes + synthés, alors que Vintage Future comporte quand même une guitare.

Beauty Dies, le numéro trois, a un titre typiquement Raveonettes et revient à une logique plus basique, même si on retrouve quand même un peu d'electro. Tant mieux, rien de plus emmerdant que les étiquettes contraignantes. Young And Beautiful est carrément un des meilleurs morceaux du groupe. Gardant les influences shoegaze qu'on leur connaît, il s'en affranchit notamment en accélérant le tempo. Sharin Foo fait sa Sharin Foo, et c'est fantastique comme ça. Black/White est emmené par une basse motown, prouvant une fois de plus que Wagner et Foo mélangent les influences, les époques pour en faire leur propre genre. The Thief commence par un déferlement de percussion et de piano, montrant que le duo n'a pas de limites dans son imagination, contrairement à ce qu'on aurait pu croire. La prochaine fois, ils sont capable de sortir un album entièrement acoustique, et encore le réussir.

Enfin, le quatrième et dernier EP est de saison, puisque Wishing You A Rave Christmas est évidemment composé de quatre morceaux de Noël, à la sauce Raveonettes. On parle donc de neige et de sapin mais aussi de sous-entendus (on parle quand même d'un groupe qui chantait, il y a quelques années, « My girl is a little animal, she always wants to fuck »). Sympa, parfois dispensable mais ça fera un excellent effet lors de votre repas en famille. Et une bonne idée de soundtrack si le prochain Sofia Coppola se passe en hiver.

Après quatre albums et autant d'EPs, le duo danois n'est plus une surprise, mais simplement un des meilleurs groupes de pop avant-gardiste contemporaine. Il faut parfois faire des efforts et passer outre l'exercice de style, mais le jeu en vaut largement la chandelle.

vendredi 5 décembre 2008

Scott Weiland - Happy In Galoshes

C'est peut-être une coïncidence, mais elle est amusante. Deux personnes ne s'appréciant guère, Scott Weiland et Axl Rose, sortent leur album solo en même temps ou presque (oui, je sais, mais non). Pour rappel, Scott Weiland est le chanteur des Stone Temple Pilots, groupe sympathique ayant passé les années 90 dans l'ombre de Pearl Jam et l'ex de Velvet Revolver, où les musiciens étaient en majorité issus de Guns 'N Roses. Mais Scott Weiland est surtout quelqu'un qui n'est pas fort pote avec la vie, et inversément. Ses problèmes d'addictions variées sont légendaires, et ne semblent jamais s'arranger. Il a récemment perdu son frère (accident), sa femme (divorce), son groupe (le reste de VR l'a viré) pour retrouver STP le temps d'une lucrative tournée de réunion qui sera peut-être éphémère.

Malgré tout, Weiland est toujours là, contrairement à ses anciens collègues Cobain, Staley et Cornell (oui, je sais, mais non). Happy In Galoshes est son second album solo mais arrive dix ans après le premier. Quel est son but? Probablement de gagner un peu de fric, même si les 10 000 ventes de la première semaine sont particulièrement cruelles. On gardera donc l'impression que Weiland, comme la majorité des artistes qui s'émancipent de leur groupe, voulait faire autre chose.

Malgré tout, Happy In Galoshes commence avec un morceau qui pourrait facilement se retrouver dans les derniers STP, Missing Cleveland. Morceau rock assez simple, il nous rappelle que Scott Weiland peut toujours réussir à faire passer une grande émotion avec sa voix. C'est juste dommage qu'il y arrive une fois sur quatre, et que son exceptionnelle voix ne tient plus la distance, les excès se payant cash, à son âge. Initialement, l'album se laisse écouter : sans être exceptionnel, il ne semble pas être la catastrophe prévue. Même l'influence Killers de Blind Confusion ne gâche pas la fête.


Parce que Scott Weiland, la fête, il la gâche bien tout seul. Notamment par des expérimentations électro foireuses, un morceau grandiloquant sans queue ni tête, un autre où il se prend pour Jeff Buckley ou pire, une horrible reprise du Fame de Bowie (déjà pas terrible pour commencer) avec Paul Oakenfold. Tout n'est pas à jeter, on retiendra, outre le début de l'album, l'ambitieux Beautiful Day et ses harmonies Beach Boysiennes, mais sinon, trop de ballades, trop de n'importe quoi qui part dans tous les sens, et une voix qui n'est plus ce qu'elle était. Ce qui me rappelle quelque chose sorti il n'y a pas bien longtemps...

Scott Weiland - Happy In Galoshes

C'est peut-être une coïncidence, mais elle est amusante. Deux personnes ne s'appréciant guère, Scott Weiland et Axl Rose, sortent leur album solo en même temps ou presque (oui, je sais, mais non). Pour rappel, Scott Weiland est le chanteur des Stone Temple Pilots, groupe sympathique ayant passé les années 90 dans l'ombre de Pearl Jam et l'ex de Velvet Revolver, où les musiciens étaient en majorité issus de Guns 'N Roses. Mais Scott Weiland est surtout quelqu'un qui n'est pas fort pote avec la vie, et inversément. Ses problèmes d'addictions variées sont légendaires, et ne semblent jamais s'arranger. Il a récemment perdu son frère (accident), sa femme (divorce), son groupe (le reste de VR l'a viré) pour retrouver STP le temps d'une lucrative tournée de réunion qui sera peut-être éphémère.

Malgré tout, Weiland est toujours là, contrairement à ses anciens collègues Cobain, Staley et Cornell (oui, je sais, mais non). Happy In Galoshes est son second album solo mais arrive dix ans après le premier. Quel est son but? Probablement de gagner un peu de fric, même si les 10 000 ventes de la première semaine sont particulièrement cruelles. On gardera donc l'impression que Weiland, comme la majorité des artistes qui s'émancipent de leur groupe, voulait faire autre chose.

Malgré tout, Happy In Galoshes commence avec un morceau qui pourrait facilement se retrouver dans les derniers STP, Missing Cleveland. Morceau rock assez simple, il nous rappelle que Scott Weiland peut toujours réussir à faire passer une grande émotion avec sa voix. C'est juste dommage qu'il y arrive une fois sur quatre, et que son exceptionnelle voix ne tient plus la distance, les excès se payant cash, à son âge. Initialement, l'album se laisse écouter : sans être exceptionnel, il ne semble pas être la catastrophe prévue. Même l'influence Killers de Blind Confusion ne gâche pas la fête.


Parce que Scott Weiland, la fête, il la gâche bien tout seul. Notamment par des expérimentations électro foireuses, un morceau grandiloquant sans queue ni tête, un autre où il se prend pour Jeff Buckley ou pire, une horrible reprise du Fame de Bowie (déjà pas terrible pour commencer) avec Paul Oakenfold. Tout n'est pas à jeter, on retiendra, outre le début de l'album, l'ambitieux Beautiful Day et ses harmonies Beach Boysiennes, mais sinon, trop de ballades, trop de n'importe quoi qui part dans tous les sens, et une voix qui n'est plus ce qu'elle était. Ce qui me rappelle quelque chose sorti il n'y a pas bien longtemps...

mercredi 3 décembre 2008

MGMT - Oracular Spectacular

C'est l'évidence même : je ne saurais jamais chroniquer tous les albums (que je juge) intéressants, par manque de temps, simplement. L'album de MGMT est sorti depuis déjà quelques mois, mais j'en parle seulement maintenant, pour je ne sais plus quelle raison. Au moment où les (web)zines vont commencer à publier leurs traditionnellement emmerdantes listes de fin d'année, il est probable qu'Oracular Spectacular s'y retrouvera, donc, pourquoi ne pas en parler. Surtout qu'il possède son lot de fulgurances.

Sous leurs apparats branchouilles, vetêments débiles et nom très zeitgeist (MGMT est la contraction de leur ancien nom, The Management - une référence à Carnivale?), MGMT cache deux gars clairement influencés par une décade (les 70s du prog, des Bee Gees, d'Elton et des claviers Korg) durant laquelle ils n'étaient peut-être même pas nés. Mais heureusement, ils ne sont pas uniquement passéistes. Time To Pretend entame l'album d'une bien belle manière. C'est d'abord une profession de foi semi-ironique ("Let's make some music, make some money, find some models for wives"... "We were fated to pretend") mais surtout un morceau vraiment très bon, propulsé par une basse monstrueuse et des synthés étranges (étrange dans le genre "faut oser ressortir ces vieux trucs"). Cheesy, cliché, mais aussi efficace et étonnant : rien de tout cela n'est original en soi, mais un mélange glam-electro réussi, ça fait plaisir à entendre, et ça fait bouger. On pouvait dès lors s'attendre à ce qu'Oracular Spectacular soit une succession de tubes, tous calqués sur le modèle. Ce qui ne sera pas le cas, fort heureusement.

Le truc de MGMT, c'est de tout enfouir sous des couches de guitare, de synthés, de basse vrombissante (sans doute la plus puissante lead bass depuis Death From Above 1979). Ce qui n'est pas une mauvaise chose, mais montre assez vite les limites du chant, assez faible, et qui plombe certains morceaux (Weekend Wars, The Youth). Mais le one-two punch dévastateur Electric Feel (le morceau disco de l'année, sans aucun doute)/Kids (le second Time To Pretend) fait de la première partie de l'album une réussite, surtout pour un premier album (même si le groupe n'est pas si récent). L'important, c'est que MGMT ose. Même si cela ne marche pas toujours (le solo de synthé "flûte de Pan" d'Electric Feel est vraiment too much), ils essaient. Malheureusement, comme on pouvait le craindre, l'album ne tient pas trop sur la durée. On retrouve les mêmes ingrédients, mais le produit fini devient lourdingue, et parfois vraiment dispensable, tout en restant parfois complètement cinglé.

Oracular Spectacular n'est pas Is This It, mais il est prometteur. Et même là où il échoue, il vaut toujours la peine d'y jeter une oreille, tant les idées lancées un peu partout par le duo Goldwasser/VanWyngarden sont intéressantes. il faudra juste un peu organiser tout cela, y ajouter un peu de substance et de constance, et on risque d'avoir un bien bon album dans le futur.

MGMT - Oracular Spectacular

C'est l'évidence même : je ne saurais jamais chroniquer tous les albums (que je juge) intéressants, par manque de temps, simplement. L'album de MGMT est sorti depuis déjà quelques mois, mais j'en parle seulement maintenant, pour je ne sais plus quelle raison. Au moment où les (web)zines vont commencer à publier leurs traditionnellement emmerdantes listes de fin d'année, il est probable qu'Oracular Spectacular s'y retrouvera, donc, pourquoi ne pas en parler. Surtout qu'il possède son lot de fulgurances.

Sous leurs apparats branchouilles, vetêments débiles et nom très zeitgeist (MGMT est la contraction de leur ancien nom, The Management - une référence à Carnivale?), MGMT cache deux gars clairement influencés par une décade (les 70s du prog, des Bee Gees, d'Elton et des claviers Korg) durant laquelle ils n'étaient peut-être même pas nés. Mais heureusement, ils ne sont pas uniquement passéistes. Time To Pretend entame l'album d'une bien belle manière. C'est d'abord une profession de foi semi-ironique ("Let's make some music, make some money, find some models for wives"... "We were fated to pretend") mais surtout un morceau vraiment très bon, propulsé par une basse monstrueuse et des synthés étranges (étrange dans le genre "faut oser ressortir ces vieux trucs"). Cheesy, cliché, mais aussi efficace et étonnant : rien de tout cela n'est original en soi, mais un mélange glam-electro réussi, ça fait plaisir à entendre, et ça fait bouger. On pouvait dès lors s'attendre à ce qu'Oracular Spectacular soit une succession de tubes, tous calqués sur le modèle. Ce qui ne sera pas le cas, fort heureusement.

Le truc de MGMT, c'est de tout enfouir sous des couches de guitare, de synthés, de basse vrombissante (sans doute la plus puissante lead bass depuis Death From Above 1979). Ce qui n'est pas une mauvaise chose, mais montre assez vite les limites du chant, assez faible, et qui plombe certains morceaux (Weekend Wars, The Youth). Mais le one-two punch dévastateur Electric Feel (le morceau disco de l'année, sans aucun doute)/Kids (le second Time To Pretend) fait de la première partie de l'album une réussite, surtout pour un premier album (même si le groupe n'est pas si récent). L'important, c'est que MGMT ose. Même si cela ne marche pas toujours (le solo de synthé "flûte de Pan" d'Electric Feel est vraiment too much), ils essaient. Malheureusement, comme on pouvait le craindre, l'album ne tient pas trop sur la durée. On retrouve les mêmes ingrédients, mais le produit fini devient lourdingue, et parfois vraiment dispensable, tout en restant parfois complètement cinglé.

Oracular Spectacular n'est pas Is This It, mais il est prometteur. Et même là où il échoue, il vaut toujours la peine d'y jeter une oreille, tant les idées lancées un peu partout par le duo Goldwasser/VanWyngarden sont intéressantes. il faudra juste un peu organiser tout cela, y ajouter un peu de substance et de constance, et on risque d'avoir un bien bon album dans le futur.

lundi 24 novembre 2008

Guns N' Roses - Chinese Democracy

Non, je ne reviendrai pas sur la genèse de l'album, les treize ans et treize millions de dollars nécessaires à sa production : tout le monde en a parlé, et l'info est disponible partout. Je vais uniquement m'intéresser à Chinese Democracy, sixième album de Guns 'N Roses (dont Axl Rose est le seul membre fondateur restant), qui sort ce 23 novembre. Oui, c'est tout à fait incroyable, mais franchement, on s'en fiche : ce qu'on veut savoir, c'est ce qu'il vaut, et si Axl Rose nous a donné le bâton ultime avec lequel il adore se faire frapper.

Une bonne partie des morceaux sont connus de longue date, pour avoir été joués en concert ou pour s'être retrouvés « par hasard » sur internet. Maintenant, on a enfin entre les mains le produit fini, et il commence par un choc, un avertissement. Chinese Democracy, le morceau, débute lentement, par un bruit de fond, puis par quelques accords de Buckethead et un megariff industrieux avant qu'Axl ne pousse un cri primal, qui rappelle immanquablement le premier morceau d'Appetite For Destruction, Welcome To The Jungle. Shackler's Revenge revendique aussi ces influences industrielles, et lorgne bizaremment vers le Tanzmetall, avec un Axl enfouissant sa voix sous des couches d'effets. So far, peut-être pas so good, mais en tout cas, ça va.

Comme si. Better commence à inverser la tendance, avec deux refrains débordant de saccharine mais une vraie mélodie. Probablement le hit de l'album, il nous ramène à l'époque du rock FM, dans laquelle Axl Rose vit sans doute toujours. Mais il manquait un élément majeur du rock FM, le piano. Ouaip, un piano qui ficherait la honte à Elton John, et qui est responsable de l'intro du déjà légendaire Street of Dreams. Si jamais (et c'est pas gagné) des terroristes se trouvent vraiment à Guantanamo, alors je conseille à Barack Obama de faire passer ce morceau (et les suivants) en boucle avant de fermer la prison, Ben Laden, Al Zawahiri, tout le monde serait retrouvé en trois minutes. C'est pire que Nothing Else Matters.

Il semble qu'en treize ans, Axl n'a écouté personne qui aurait pu donner un avis critique. A la place, Rose compile et empile les excès et le mauvais goût manifeste, comme If The World qui commence sympathiquement avant de devenir une mauvaise ballade des derniers jours de Faith No More, ou encore There Was A Time (dont l'abréviation est ô combien adéquate) qui dure au moins cinq minutes de trop (« it was a long time for me / it was a long time for you / it was a long time for anyone », on a attendu treize ans pour ça?)

Bien sûr, la voix d'Axl occupe toujours le premeir plan. Elle est trafiquée une fois sur trois, et quand elle ne l'est pas, on est parfois surpris du fait qu'elle a relativement bien passé les années. Ceci dit, le multitrack systématique fait qu'on se sent vite agressé par une vingtaine d'Axl prépubères qui nous hurlent dans les oreilles. Pas toujours une bonne idée. Musicalement, malgré le fait qu'il se soit entouré d'excellents musiciens, on ne peut pas dire que cela vole très haut. Rose a payé Bryan « Brain » Mantia à prix d'or, tout ça pour qu'il rejoue à l'identique les parties de Josh Freese (!), ou pire, pour le remplacer par une boîte à rythmes. Niveau guitares, Axl en a engagé cinq, qui jouent d'ailleurs sur quasi tous les morceaux. Oui, ça veut donc dire que parfois, on a trois lead guitaristes (Buckethead, Ron "Bumblefoot" Thal et Robin Finck) et deux rythmiques (Richard Fortus et Paul Tobias) en même temps. Même chose pour la batterie, ou Brain et Frank Ferrer sont crédités simultanément.

Cette longue liste de dramatis personae (et encore, je passe les claviers) est symptomatique : Chinese Democracy a été tellement difficile à enregistrer qu'il ressemble plus à un énorme patchwork de copiés/collés de studios (sept personnes sont crédités pour Pro-Tools) qu'à un album cohérent de vrai groupe. Mais on le sait, le "Guns 'N Roses" actuel, c'est juste Axl Rose. Encore pire : l'album est tellement produit qu'il est parfois difficile d'entendre qui joue quoi. En d'autres termes, Axl a réussi à faire jouer Buckethead comme n'importe quel autre guitariste, ce qui est vraiment dommage. Les passages où il est vraiment reconnaissable sont trop peu nombreux, mais se retrouvent facilement parmi les meilleurs de l'album.

Chinese Democracy est aussi bien trop long. OK, il a fallu treize ans blah blah mais quand même, les morceaux de six minutes, les albums de 71, c'est limite. Surtout quand certains passages sont étendus inutilement, comme l'intro de Riad N' The Bedouins, pourtant un des meilleurs morceaux ici (compte tenu de la chute vertigineuse des espérances). Et quand on se demande ce que Rose peut encore sortir de son chapeau pour nous faire marrer/pleurer, il ne trouve rien de mieux qu'une collaboration avec un autre vieux type semi-oublié, Sebastian Bach. Ce dernier avait décrit Sorry comme un morceau doom metal avec un beat grind, il est donc encore plus cinglé que Rose. Même si le refrain a effectivement une certaine puissance. Dans le même ordre d'idées, l'album est souvent surproduit et bourrés d'artifices divers et variés. Exemple, There Was A Time. On a un orchestre, un choeur, des percussions tribales, des cordes de BO ciné, un break hip-hop, une backing track à l'envers (sans doute pour Charlie Manson), un solo de guitare et Axl. Et ce, durant les vingt premières secondes : après c'est moins sobre. Rose a sans doute voulu caler le plus de trucs possible, mais c'est très vite fatigant, comme l'est aussi la sur-représentation des ballades.

Si l'album a un point positif, c'est de nous rappeller ce que c'était, les fameuses ballades « de l'époque ». « And III will loooooove you babyyyyy aaalwayyyyys », de ces braves gens de Bon Jovi, remember? Messieurs K. Cobain et L. Staley y ont donné leur vie, mais ce putain de cadavre est toujours en train de frétiller, et Dr Axl Frankenstein a tenté de le faire marcher. Catcher In The Rye (quelle insulte) y réussit peut-être, je ne veux pas me prononcer, ignorant totalement ce qu'est une bonne ballade rock FM, si seulement ça existe. Mais en tout cas, c'est loin d'être un bon morceau. La tendance ne se démentira pas, avec une grande partie des morceaux comprenant au moins un passage lent, souvent au piano, avec un Axl vraiment triste (peut-être n'aime-t-il pas le Dr. Pepper). This I Love serait ridicule, s'il ne venait pas d'un vieux type paranoïaque et psychopathe. Là, c'est juste pathétique.

Dommage, car la fin de l'album comprend son lot de passages sympathiques à aller chercher, comme dans IRS, Scraped, Madagascar ou Prostitute. Mais la folie mégalo mal placée de Rose ne permet jamais à un seul morceau, à une seule simple mélodie de se développer tranquillement. Ok, Axl Rose n'a jamais voulu être calme, et cela lui a réussi dans le passé. Chinese Democracy, malgré tout, déçoit (forcément) mais montre une image sans doute fidèle de son géniteur. Si seulement l'album portait son seul nom, je suis sur que les choses seraient très différentes. Malheureusement, Chinese Democracy est un album de Guns N' Roses, doit être jugé comme tel, et se plante. Avec panache, certes, mais il se plante.

Guns N' Roses - Chinese Democracy

Non, je ne reviendrai pas sur la genèse de l'album, les treize ans et treize millions de dollars nécessaires à sa production : tout le monde en a parlé, et l'info est disponible partout. Je vais uniquement m'intéresser à Chinese Democracy, sixième album de Guns 'N Roses (dont Axl Rose est le seul membre fondateur restant), qui sort ce 23 novembre. Oui, c'est tout à fait incroyable, mais franchement, on s'en fiche : ce qu'on veut savoir, c'est ce qu'il vaut, et si Axl Rose nous a donné le bâton ultime avec lequel il adore se faire frapper.

Une bonne partie des morceaux sont connus de longue date, pour avoir été joués en concert ou pour s'être retrouvés « par hasard » sur internet. Maintenant, on a enfin entre les mains le produit fini, et il commence par un choc, un avertissement. Chinese Democracy, le morceau, débute lentement, par un bruit de fond, puis par quelques accords de Buckethead et un megariff industrieux avant qu'Axl ne pousse un cri primal, qui rappelle immanquablement le premier morceau d'Appetite For Destruction, Welcome To The Jungle. Shackler's Revenge revendique aussi ces influences industrielles, et lorgne bizaremment vers le Tanzmetall, avec un Axl enfouissant sa voix sous des couches d'effets. So far, peut-être pas so good, mais en tout cas, ça va.

Comme si. Better commence à inverser la tendance, avec deux refrains débordant de saccharine mais une vraie mélodie. Probablement le hit de l'album, il nous ramène à l'époque du rock FM, dans laquelle Axl Rose vit sans doute toujours. Mais il manquait un élément majeur du rock FM, le piano. Ouaip, un piano qui ficherait la honte à Elton John, et qui est responsable de l'intro du déjà légendaire Street of Dreams. Si jamais (et c'est pas gagné) des terroristes se trouvent vraiment à Guantanamo, alors je conseille à Barack Obama de faire passer ce morceau (et les suivants) en boucle avant de fermer la prison, Ben Laden, Al Zawahiri, tout le monde serait retrouvé en trois minutes. C'est pire que Nothing Else Matters.

Il semble qu'en treize ans, Axl n'a écouté personne qui aurait pu donner un avis critique. A la place, Rose compile et empile les excès et le mauvais goût manifeste, comme If The World qui commence sympathiquement avant de devenir une mauvaise ballade des derniers jours de Faith No More, ou encore There Was A Time (dont l'abréviation est ô combien adéquate) qui dure au moins cinq minutes de trop (« it was a long time for me / it was a long time for you / it was a long time for anyone », on a attendu treize ans pour ça?)

Bien sûr, la voix d'Axl occupe toujours le premeir plan. Elle est trafiquée une fois sur trois, et quand elle ne l'est pas, on est parfois surpris du fait qu'elle a relativement bien passé les années. Ceci dit, le multitrack systématique fait qu'on se sent vite agressé par une vingtaine d'Axl prépubères qui nous hurlent dans les oreilles. Pas toujours une bonne idée. Musicalement, malgré le fait qu'il se soit entouré d'excellents musiciens, on ne peut pas dire que cela vole très haut. Rose a payé Bryan « Brain » Mantia à prix d'or, tout ça pour qu'il rejoue à l'identique les parties de Josh Freese (!), ou pire, pour le remplacer par une boîte à rythmes. Niveau guitares, Axl en a engagé cinq, qui jouent d'ailleurs sur quasi tous les morceaux. Oui, ça veut donc dire que parfois, on a trois lead guitaristes (Buckethead, Ron "Bumblefoot" Thal et Robin Finck) et deux rythmiques (Richard Fortus et Paul Tobias) en même temps. Même chose pour la batterie, ou Brain et Frank Ferrer sont crédités simultanément.

Cette longue liste de dramatis personae (et encore, je passe les claviers) est symptomatique : Chinese Democracy a été tellement difficile à enregistrer qu'il ressemble plus à un énorme patchwork de copiés/collés de studios (sept personnes sont crédités pour Pro-Tools) qu'à un album cohérent de vrai groupe. Mais on le sait, le "Guns 'N Roses" actuel, c'est juste Axl Rose. Encore pire : l'album est tellement produit qu'il est parfois difficile d'entendre qui joue quoi. En d'autres termes, Axl a réussi à faire jouer Buckethead comme n'importe quel autre guitariste, ce qui est vraiment dommage. Les passages où il est vraiment reconnaissable sont trop peu nombreux, mais se retrouvent facilement parmi les meilleurs de l'album.

Chinese Democracy est aussi bien trop long. OK, il a fallu treize ans blah blah mais quand même, les morceaux de six minutes, les albums de 71, c'est limite. Surtout quand certains passages sont étendus inutilement, comme l'intro de Riad N' The Bedouins, pourtant un des meilleurs morceaux ici (compte tenu de la chute vertigineuse des espérances). Et quand on se demande ce que Rose peut encore sortir de son chapeau pour nous faire marrer/pleurer, il ne trouve rien de mieux qu'une collaboration avec un autre vieux type semi-oublié, Sebastian Bach. Ce dernier avait décrit Sorry comme un morceau doom metal avec un beat grind, il est donc encore plus cinglé que Rose. Même si le refrain a effectivement une certaine puissance. Dans le même ordre d'idées, l'album est souvent surproduit et bourrés d'artifices divers et variés. Exemple, There Was A Time. On a un orchestre, un choeur, des percussions tribales, des cordes de BO ciné, un break hip-hop, une backing track à l'envers (sans doute pour Charlie Manson), un solo de guitare et Axl. Et ce, durant les vingt premières secondes : après c'est moins sobre. Rose a sans doute voulu caler le plus de trucs possible, mais c'est très vite fatigant, comme l'est aussi la sur-représentation des ballades.

Si l'album a un point positif, c'est de nous rappeller ce que c'était, les fameuses ballades « de l'époque ». « And III will loooooove you babyyyyy aaalwayyyyys », de ces braves gens de Bon Jovi, remember? Messieurs K. Cobain et L. Staley y ont donné leur vie, mais ce putain de cadavre est toujours en train de frétiller, et Dr Axl Frankenstein a tenté de le faire marcher. Catcher In The Rye (quelle insulte) y réussit peut-être, je ne veux pas me prononcer, ignorant totalement ce qu'est une bonne ballade rock FM, si seulement ça existe. Mais en tout cas, c'est loin d'être un bon morceau. La tendance ne se démentira pas, avec une grande partie des morceaux comprenant au moins un passage lent, souvent au piano, avec un Axl vraiment triste (peut-être n'aime-t-il pas le Dr. Pepper). This I Love serait ridicule, s'il ne venait pas d'un vieux type paranoïaque et psychopathe. Là, c'est juste pathétique.

Dommage, car la fin de l'album comprend son lot de passages sympathiques à aller chercher, comme dans IRS, Scraped, Madagascar ou Prostitute. Mais la folie mégalo mal placée de Rose ne permet jamais à un seul morceau, à une seule simple mélodie de se développer tranquillement. Ok, Axl Rose n'a jamais voulu être calme, et cela lui a réussi dans le passé. Chinese Democracy, malgré tout, déçoit (forcément) mais montre une image sans doute fidèle de son géniteur. Si seulement l'album portait son seul nom, je suis sur que les choses seraient très différentes. Malheureusement, Chinese Democracy est un album de Guns N' Roses, doit être jugé comme tel, et se plante. Avec panache, certes, mais il se plante.

jeudi 20 novembre 2008

Cradle Of Filth - Godspeed On The Devil's Thunder

Cradle Of Filth... Rarement un groupe aura suscité autant de haine dans le milieu du metal "extrême". Pourris, sellouts, poseurs, on leur aura tout lancé à la gueule, avec finalement assez peu d'arguments. En fait, Cradle a eu la mauvaise idée de tourner le black metal en dérision, notamment avec la video parodique hilarante de From The Cradle Of Enslave. De plus, il faut reconnaître que leur musique n'était pas spécialement difficile, mais je ne pense pas que c'était une mauvaise chose de rendre le black metal plus accessible. Mais évidemment, les puristes n'étaient pas de cet avis.

Vendus ou pas, Cradle of Filth n'a quand même plus sorti grand chose de terrible ces derniers temps, et a multiplié les albums-remplisseurs, genre live, best of, compiles diverses et variées, éditions spéciales. Et voilà que Godspeed On The Devil's Thunder est le meilleur album de CoF depuis Midian (2000), au moins. Comme souvent chez le groupe du ptit Dani Filth, il est basé sur un concept, cette fois le tueur en série, déviant sexuel et contemporain de Jeanne d'Arc Gilles de Rais. L'album raconte ses oeuvres jusqu'à sa rencontre finale avec le vieux barbu, et est entrecoupé de narrations de l'artiste, une fois de plus réalisées par Doug Bradley (Pinhead!).

Après une intro symphonique, Shat Out Of Hell (ah, ce raffinement...) est ravissant d'agressivité, comme on ne l'attendait plus trop chez CoF. Tout n'est pas de cet acabit, mais Godspeed comprend suffisamment de morceaux décents pour être écouté (en jouant à D&D). Malheureusement, même si c'est le meilleur album de Cradle Of Filth, c'est aussi... un album de Cradle of Filth.

La voix de Dani Filth, même si toujours efficace, est quand même parfois irritante, et finalement, c'est quand même encore toujours la même chose, en juste un peu mieux, plus agressif. Mais rien ne peut excuser l'infâme The Death Of Love, dont le refrain serait rejeté pour un album d'Evanescence. Cradle Of Filth, même s'ils ne méritaient pas la terreur médiatique dirigée contre eux, ne méritent pas non plus leur titre de plus gros groupe metal UK depuis Iron Maiden. Godspeed a beau être leur meilleur album depuis huit ans, cela ne veut pas dire grand chose, hélas.

Cradle Of Filth - Godspeed On The Devil's Thunder

Cradle Of Filth... Rarement un groupe aura suscité autant de haine dans le milieu du metal "extrême". Pourris, sellouts, poseurs, on leur aura tout lancé à la gueule, avec finalement assez peu d'arguments. En fait, Cradle a eu la mauvaise idée de tourner le black metal en dérision, notamment avec la video parodique hilarante de From The Cradle Of Enslave. De plus, il faut reconnaître que leur musique n'était pas spécialement difficile, mais je ne pense pas que c'était une mauvaise chose de rendre le black metal plus accessible. Mais évidemment, les puristes n'étaient pas de cet avis.

Vendus ou pas, Cradle of Filth n'a quand même plus sorti grand chose de terrible ces derniers temps, et a multiplié les albums-remplisseurs, genre live, best of, compiles diverses et variées, éditions spéciales. Et voilà que Godspeed On The Devil's Thunder est le meilleur album de CoF depuis Midian (2000), au moins. Comme souvent chez le groupe du ptit Dani Filth, il est basé sur un concept, cette fois le tueur en série, déviant sexuel et contemporain de Jeanne d'Arc Gilles de Rais. L'album raconte ses oeuvres jusqu'à sa rencontre finale avec le vieux barbu, et est entrecoupé de narrations de l'artiste, une fois de plus réalisées par Doug Bradley (Pinhead!).

Après une intro symphonique, Shat Out Of Hell (ah, ce raffinement...) est ravissant d'agressivité, comme on ne l'attendait plus trop chez CoF. Tout n'est pas de cet acabit, mais Godspeed comprend suffisamment de morceaux décents pour être écouté (en jouant à D&D). Malheureusement, même si c'est le meilleur album de Cradle Of Filth, c'est aussi... un album de Cradle of Filth.

La voix de Dani Filth, même si toujours efficace, est quand même parfois irritante, et finalement, c'est quand même encore toujours la même chose, en juste un peu mieux, plus agressif. Mais rien ne peut excuser l'infâme The Death Of Love, dont le refrain serait rejeté pour un album d'Evanescence. Cradle Of Filth, même s'ils ne méritaient pas la terreur médiatique dirigée contre eux, ne méritent pas non plus leur titre de plus gros groupe metal UK depuis Iron Maiden. Godspeed a beau être leur meilleur album depuis huit ans, cela ne veut pas dire grand chose, hélas.

dimanche 16 novembre 2008

The Bronx - The Bronx (3)

Les groupes qui donnent leur nom à un album (ou qui n'en donnent pas, question de point de vue), ça m'énerve. Quand c'est un premier album, passe encore : l'artiste se dit "voilà, c'est moi, je donne mon nom à l'album". Prétentieux, mais ça se défend. Quand c'est un album ultérieur, c'est déjà moins logique, et sans doute encore plus prétentieux. Mais là où le problème se passe, c'est lorsqu'un artiste le fait plusieurs fois dans sa carrière. La dernière bouse de Korn n'avait pas de nom, comme leur excellent et novateur premier album.,Weezer a déjà sorti trois albums sans nom, mais ils s'en sont sortis avec des couleurs (bleu = excellent, vert = bof, rouge = au secours), et dans le cas qui nous occupe, The Bronx n'a jamais donné de nom à ses albums, et ceci est le troisième. Irritant, non? Ben non, parce que The Bronx, c'est tellement bien qu'on peut tout leur pardonner.

Le premier album (2003) était une avalanche de puissance et de violence punk, d'une intensité remarquable. Le second (2006) était plus varié, mais gardait le même esprit. Pas de grande variation ici, mais des morceaux plus posés, mieux écrits, et qui ne dépendent pas uniquement de la vitesse à laquelle ils sont joués. Ceci dit, l'album est sans concession du début à la fin, orgie d'accords destructeurs et de voix vindicatives. Inveich aurait d'ailleurs pu se retrouver sur le premier album, tandis que montre le talent musical du groupe, qui n'a fait que s'améliorer depuis leurs débuts. Même choix pour la voix de Matt Caughthran, qui n'hésite plus à chanter. Past Lives bénéficie d'un refrain pour lequel Offspring tuerait (même si Offspring n'a évidemment jamais fait quelque chose d'aussi bien) et Six Days A Week est juste phénoménal. Trente-trois minutes parfaites.

The Bronx, troisième du nom, n'a pas l'immédiateté du premier, mais il est sans doute leur meilleur album, et un des plus efficaces de 2008. The Bronx est un groupe dans lequel on peut croire, un groupe qui change des vies. Même s'ils menacent de sortir un album de mariachi l'année prochaine.

The Bronx - The Bronx (3)

Les groupes qui donnent leur nom à un album (ou qui n'en donnent pas, question de point de vue), ça m'énerve. Quand c'est un premier album, passe encore : l'artiste se dit "voilà, c'est moi, je donne mon nom à l'album". Prétentieux, mais ça se défend. Quand c'est un album ultérieur, c'est déjà moins logique, et sans doute encore plus prétentieux. Mais là où le problème se passe, c'est lorsqu'un artiste le fait plusieurs fois dans sa carrière. La dernière bouse de Korn n'avait pas de nom, comme leur excellent et novateur premier album.,Weezer a déjà sorti trois albums sans nom, mais ils s'en sont sortis avec des couleurs (bleu = excellent, vert = bof, rouge = au secours), et dans le cas qui nous occupe, The Bronx n'a jamais donné de nom à ses albums, et ceci est le troisième. Irritant, non? Ben non, parce que The Bronx, c'est tellement bien qu'on peut tout leur pardonner.

Le premier album (2003) était une avalanche de puissance et de violence punk, d'une intensité remarquable. Le second (2006) était plus varié, mais gardait le même esprit. Pas de grande variation ici, mais des morceaux plus posés, mieux écrits, et qui ne dépendent pas uniquement de la vitesse à laquelle ils sont joués. Ceci dit, l'album est sans concession du début à la fin, orgie d'accords destructeurs et de voix vindicatives. Inveich aurait d'ailleurs pu se retrouver sur le premier album, tandis que montre le talent musical du groupe, qui n'a fait que s'améliorer depuis leurs débuts. Même choix pour la voix de Matt Caughthran, qui n'hésite plus à chanter. Past Lives bénéficie d'un refrain pour lequel Offspring tuerait (même si Offspring n'a évidemment jamais fait quelque chose d'aussi bien) et Six Days A Week est juste phénoménal. Trente-trois minutes parfaites.

The Bronx, troisième du nom, n'a pas l'immédiateté du premier, mais il est sans doute leur meilleur album, et un des plus efficaces de 2008. The Bronx est un groupe dans lequel on peut croire, un groupe qui change des vies. Même s'ils menacent de sortir un album de mariachi l'année prochaine.

mercredi 12 novembre 2008

The Cure - 4:13 Dream


Un album de Cure, même si c'est le treizième, reste toujours un événement. Histoire de ne pas passer à côté, les marketeers ont décidé de jouer avec le chiffre 13, en sortant un single chaque treizième jour des quatre mois précédant la sortie, prévue le 13 septembre. Sauf que tout cela a pris du retard, qu'il a fallu bidouiller en vitesse un single pour septembre (l'EP de remixes Hypnagogic States), et que finalement, 4:13 Dream est sorti... le 27 octobre. Toujours dans la symbolique, le chiffre quatre annonce qu'il reste quatre membres dans le groupe, modifié avec le retour du fidèle Porl Thompson et qui abandonne les claviers pour deux guitares (Thompson et Smith). C'est bien beau tout cela, mais quid de l'album? Cure, malgré quelques faux pas, n'est jamais tombé trop bas. Le précédent album, The Cure, produit par Ross Robinson montrait un groupe désireux de revenir à ses racines, vers une musique peu complexe et assez organique : cette recherche sonore continue ici.

4:13 Dream commence très bien, avec le long et lancinant Underneath The Stars qui ne dépareillerait pas sur Zuma, oui, carrément. On se sent tout de suite dans une atmosphère tendue mais familière, avec forcément le Roi des corbeaux qui vient poser sa foutue voix inimitable. C'est bien, mais... Mais c'est le meilleur morceau de l'album, et d'assez loin. Smith l'avait annoncé, 4:13 Dream serait assez light. Mais on ne s'attendait pas à quelques singles trop évidents (Freakshow), ni à des pompages quasi incessants de leurs propres moments de gloire.

The Cure version 2008 fait donc dans le légèrement menaçant (The Real Snow White pour attirer les fans de NIN, sans doute), le légèrement acoustique (Siren Song) et le légèrement agressif (Sleep When You're Dead, du moins l'intro). On retrouve quand même quelques trucs assez intéressants, comme The Perfect Boy qui est tellement Cure que le rouge à lèvres coule des écouteurs, et This. Here and Now. With You qui est mieux que son titre. Typiquement, It's Over conclut l'album avec Bob qui prévient que maintenant, c'est fini. Personne ne le croit, et c'est peut-être bien dommage, il serait peut-être temps de penser à raccrocher.

L'importance de Cure dans l'histoire de la musique n'est pas vraiment sujette à débat, et la qualité de 4:13 Dream non plus. Ce n'est pas Wild Mood Swings, ok, mais il reste assez anecdotique, et surtout, on pouvait attendre plus et mieux d'un Cure sans clavier (même si Porl Thompson et loin d'être mauvais). Ce qui est questionnable, par contre, c'est la pertinence du groupe. Heureusement que leurs concerts valent toujours la peine, parce que 4:13 Dream, pas trop.

The Cure - 4:13 Dream


Un album de Cure, même si c'est le treizième, reste toujours un événement. Histoire de ne pas passer à côté, les marketeers ont décidé de jouer avec le chiffre 13, en sortant un single chaque treizième jour des quatre mois précédant la sortie, prévue le 13 septembre. Sauf que tout cela a pris du retard, qu'il a fallu bidouiller en vitesse un single pour septembre (l'EP de remixes Hypnagogic States), et que finalement, 4:13 Dream est sorti... le 27 octobre. Toujours dans la symbolique, le chiffre quatre annonce qu'il reste quatre membres dans le groupe, modifié avec le retour du fidèle Porl Thompson et qui abandonne les claviers pour deux guitares (Thompson et Smith). C'est bien beau tout cela, mais quid de l'album? Cure, malgré quelques faux pas, n'est jamais tombé trop bas. Le précédent album, The Cure, produit par Ross Robinson montrait un groupe désireux de revenir à ses racines, vers une musique peu complexe et assez organique : cette recherche sonore continue ici.

4:13 Dream commence très bien, avec le long et lancinant Underneath The Stars qui ne dépareillerait pas sur Zuma, oui, carrément. On se sent tout de suite dans une atmosphère tendue mais familière, avec forcément le Roi des corbeaux qui vient poser sa foutue voix inimitable. C'est bien, mais... Mais c'est le meilleur morceau de l'album, et d'assez loin. Smith l'avait annoncé, 4:13 Dream serait assez light. Mais on ne s'attendait pas à quelques singles trop évidents (Freakshow), ni à des pompages quasi incessants de leurs propres moments de gloire.

The Cure version 2008 fait donc dans le légèrement menaçant (The Real Snow White pour attirer les fans de NIN, sans doute), le légèrement acoustique (Siren Song) et le légèrement agressif (Sleep When You're Dead, du moins l'intro). On retrouve quand même quelques trucs assez intéressants, comme The Perfect Boy qui est tellement Cure que le rouge à lèvres coule des écouteurs, et This. Here and Now. With You qui est mieux que son titre. Typiquement, It's Over conclut l'album avec Bob qui prévient que maintenant, c'est fini. Personne ne le croit, et c'est peut-être bien dommage, il serait peut-être temps de penser à raccrocher.

L'importance de Cure dans l'histoire de la musique n'est pas vraiment sujette à débat, et la qualité de 4:13 Dream non plus. Ce n'est pas Wild Mood Swings, ok, mais il reste assez anecdotique, et surtout, on pouvait attendre plus et mieux d'un Cure sans clavier (même si Porl Thompson et loin d'être mauvais). Ce qui est questionnable, par contre, c'est la pertinence du groupe. Heureusement que leurs concerts valent toujours la peine, parce que 4:13 Dream, pas trop.

lundi 10 novembre 2008

Of Montreal - Skeletal Lamping


Of Montreal, évidemment, ne vient pas de Montreal. Mais d'Athens, Georgia, comme REM. Et ils ne sonnent pas du tout comme REM, mais plutôt comme... Of Montreal. Habitués des honneurs de Pitchfork et des albums concepts barrés (ce qui va souvent de pair), le groupe devait confirmer leur album-breakthrough, Hissing Fauna Are You The Destroyer, durant lequel le frontman Kevin Barnes (attention) se transforme en Georgie Fruit, transsexuel black & ex-taulard de 40 ans, ex-musicien de funk dans le groupe Arousal. Ce sera donc ce Georgie Fruit qui sera le héros de l'album, et on ne peut pas ne pas le remarquer, tant il exude l'exubérance.

En fait d'album, Skeletal Lamping (le nom d'une technique de chasse assez horrible) est une série totalement psychopathique et schizophrène de bouts de morceaux, repris plus ou moins aléatoirement en quinze pistes. Ca part littéralement dans tous les sens, passant de la disco assez gay au noise rock, après un passage hip-hop. Et inversément. Skeletal Lamping est aussi un de ces albums difficiles à décrire, il faudrait un article entier rien que pour décrire ce qui se passe dans un seul morceau. Ce qui force l'admiration au départ avant de devenir franchement irritant : c'est peut-être le but, mais il semble qu'à aucun moment, le groupe ne sait ce qu'il est en train de faire. De plus, les idées sont tellement courtes qu'elles manquent de développement : on retient un hook, et il disparaît aussitôt.

Ce qui ne disparaît pas, par contre, c'est l'obsession franchement maladive de Barnes/Bowie/Fruit pour le sexe. "We can do it softcore if you want, but you should know that I go both ways". Tant mieux, ça fait plus de choix. Parfois, le groupe change de registre (enfin, façon de parler, vu qu'il n'en ont pas vraiment, de registre) et lorgne vers le sentimental. Mais Touched Something Hollow ressemble à Elton John sous crack, et ouvre la voie à l'invraisemblable An Eluardian INstance, sorte de Love Boat disco.

Sans surprise, les morceaux les plus facile à digérer sont les plus classiques : le premier single, Id Engager (et la tyrannie du phallus) et l'irrésistible Gallery Piece. De l'autre côté du spectre, Plastis Wafers est une expérience frankensteinienne en n'importe quoi. Et rien que pour le titre, il faut citer Triphallus, To Punctuate!

Of Montreal, malgré leurs efforts, ne réussisent pas à sortir le classique qu'on pouvait peut-être attendre. Skeletal Lamping est truffé de choses extraordinaires, mais elles sont trop peu nombreuses, et surtout, très difficile à trouver et à conserver, comme si le groupe enfouissait consciemment son talent. Outre le quota d'irritation fort important, ils ont toutefois réussi à démontrer leur grand talent, qu'on espère mieux utilisé la prochaine fois. Puis, Skeletal Lamping est quand même leur neuvième album : ils ne peuvent plus passer pour des débutants.

dimanche 9 novembre 2008

Of Montreal - Skeletal Lamping


Of Montreal, évidemment, ne vient pas de Montreal. Mais d'Athens, Georgia, comme REM. Et ils ne sonnent pas du tout comme REM, mais plutôt comme... Of Montreal. Habitués des honneurs de Pitchfork et des albums concepts barrés (ce qui va souvent de pair), le groupe devait confirmer leur album-breakthrough, Hissing Fauna Are You The Destroyer, durant lequel le frontman Kevin Barnes (attention) se transforme en Georgie Fruit, transsexuel black & ex-taulard de 40 ans, ex-musicien de funk dans le groupe Arousal. Ce sera donc ce Georgie Fruit qui sera le héros de l'album, et on ne peut pas ne pas le remarquer, tant il exude l'exubérance.

En fait d'album, Skeletal Lamping (le nom d'une technique de chasse assez horrible) est une série totalement psychopathique et schizophrène de bouts de morceaux, repris plus ou moins aléatoirement en quinze pistes. Ca part littéralement dans tous les sens, passant de la disco assez gay au noise rock, après un passage hip-hop. Et inversément. Skeletal Lamping est aussi un de ces albums difficiles à décrire, il faudrait un article entier rien que pour décrire ce qui se passe dans un seul morceau. Ce qui force l'admiration au départ avant de devenir franchement irritant : c'est peut-être le but, mais il semble qu'à aucun moment, le groupe ne sait ce qu'il est en train de faire. De plus, les idées sont tellement courtes qu'elles manquent de développement : on retient un hook, et il disparaît aussitôt.

Ce qui ne disparaît pas, par contre, c'est l'obsession franchement maladive de Barnes/Bowie/Fruit pour le sexe. "We can do it softcore if you want, but you should know that I go both ways". Tant mieux, ça fait plus de choix. Parfois, le groupe change de registre (enfin, façon de parler, vu qu'il n'en ont pas vraiment, de registre) et lorgne vers le sentimental. Mais Touched Something Hollow ressemble à Elton John sous crack, et ouvre la voie à l'invraisemblable An Eluardian INstance, sorte de Love Boat disco.

Sans surprise, les morceaux les plus facile à digérer sont les plus classiques : le premier single, Id Engager (et la tyrannie du phallus) et l'irrésistible Gallery Piece. De l'autre côté du spectre, Plastis Wafers est une expérience frankensteinienne en n'importe quoi. Et rien que pour le titre, il faut citer Triphallus, To Punctuate!

Of Montreal, malgré leurs efforts, ne réussisent pas à sortir le classique qu'on pouvait peut-être attendre. Skeletal Lamping est truffé de choses extraordinaires, mais elles sont trop peu nombreuses, et surtout, très difficile à trouver et à conserver, comme si le groupe enfouissait consciemment son talent. Outre le quota d'irritation fort important, ils ont toutefois réussi à démontrer leur grand talent, qu'on espère mieux utilisé la prochaine fois. Puis, Skeletal Lamping est quand même leur neuvième album : ils ne peuvent plus passer pour des débutants.

dimanche 26 octobre 2008

Sebastien Grainger And The Mountains - Sebastien Grainger And The Mountains

Death From Above 1979 fut aussi éphémère que percutant. Un bassiste et un batteur qui chante, il ne fallait pas plus pour créer un combo brûlant, et un album ovni remarqué. Le duo s'est séparé bien vite. Jesse F Keller (basse) a embrassé la musique electronique en tant que MSTRKRFT, et c'est maintenant son compère qui se lance dans l'aventure solo. Car même si on évoque un groupe (The Mountains), sur disque, c'est bien Grainger tout seul. Et il se débrouille très bien.

Love Can Be So Mean donne le ton. de DFA79, on conserve la puissance sonore et l'intensité, et on y ajoute un réel sens mélodique et du songwriting plus classique. Le morceau sonne comme une version hard des Strokes, avec une basse terrible et une voix peut-être pas assurée, mais authentique. Who Do We Care For ajoute un refrain à tomber par terre, et on se dit qu'on a entre les mains une des surprises de 2008. Grainger assure, a vite fait ses preuves et peut se permettre d'innvoer un peu, avec une batterie éclatante (c'est quand même son boulot), tantôt stoner, tantôt carrément dance. Les morceaux sont grands, amples et évoquent peut-être plus les grandes salles que les clubs poussièreux chers à DFA79, mais attention : on n'est pas chez les Killers non plus.

Ce qui n'empêche pas Grainger de truffer son album de minihits indie potentiels, comme I Hate My Friends ou American Names. Sans réfuter ses débuts bruitistes sur un Niagara dévastateur. Histoire de brouiller encore plus les pistes, Grainger termine avec le très shoegaze Meet New Friends et un morceau plus dansant, sous son alias The Rhythm Method.

Comme tous les débuts, SG&TM n'est pas parfait : ce que Grainger fait très bien, il a parfois tendance à le recopier, et il veut parfois trop se disperser. Mais il arrive sans aucun problème à amplifier ce que faisait Death From Above 1979 et à se présenter comme un artiste sur lequel il faudra compter dans le futur.

Sebastien Grainger And The Mountains - Sebastien Grainger And The Mountains

Death From Above 1979 fut aussi éphémère que percutant. Un bassiste et un batteur qui chante, il ne fallait pas plus pour créer un combo brûlant, et un album ovni remarqué. Le duo s'est séparé bien vite. Jesse F Keller (basse) a embrassé la musique electronique en tant que MSTRKRFT, et c'est maintenant son compère qui se lance dans l'aventure solo. Car même si on évoque un groupe (The Mountains), sur disque, c'est bien Grainger tout seul. Et il se débrouille très bien.

Love Can Be So Mean donne le ton. de DFA79, on conserve la puissance sonore et l'intensité, et on y ajoute un réel sens mélodique et du songwriting plus classique. Le morceau sonne comme une version hard des Strokes, avec une basse terrible et une voix peut-être pas assurée, mais authentique. Who Do We Care For ajoute un refrain à tomber par terre, et on se dit qu'on a entre les mains une des surprises de 2008. Grainger assure, a vite fait ses preuves et peut se permettre d'innvoer un peu, avec une batterie éclatante (c'est quand même son boulot), tantôt stoner, tantôt carrément dance. Les morceaux sont grands, amples et évoquent peut-être plus les grandes salles que les clubs poussièreux chers à DFA79, mais attention : on n'est pas chez les Killers non plus.

Ce qui n'empêche pas Grainger de truffer son album de minihits indie potentiels, comme I Hate My Friends ou American Names. Sans réfuter ses débuts bruitistes sur un Niagara dévastateur. Histoire de brouiller encore plus les pistes, Grainger termine avec le très shoegaze Meet New Friends et un morceau plus dansant, sous son alias The Rhythm Method.

Comme tous les débuts, SG&TM n'est pas parfait : ce que Grainger fait très bien, il a parfois tendance à le recopier, et il veut parfois trop se disperser. Mais il arrive sans aucun problème à amplifier ce que faisait Death From Above 1979 et à se présenter comme un artiste sur lequel il faudra compter dans le futur.

mardi 21 octobre 2008

AC/DC - Black Ice


AC/DC est un groupe extraordinaire. Ils n'ont plus rien sorti depuis huit ans, et de toute façon, tout le monde sait très bien comment le nouvel album va sonner. Malgré ça dès que la tournée 2009 est annoncée, la vente des tickets fonctionne du tonnerre, toutes les dates étant sold out en quelques minutes, malgré un prix totalement scandaleux (mais pas autant que le marché noir sur ebay).

Black Ice accompagne la nouvelle tournée, plus que le contraire : comme les Stones, un nouvel opus des Australiens est un événement, mais paradoxalement n'intéresse pas grand monde. Et bien, c'est une erreur. non, Black Ice ne réinvente rien, et ne voit pas AC/DC se mettre à la nu-rave. Mais pour un bon disque de rock 'n roll, c'est un putain de bon disque de rock 'n roll.

On ne peut d'ailleurs pas avoir de doute sur la musique produite par le groupe des frères Young : le premier single (et morceau) s'appelle Rock 'n Roll Train, et plus loin on aura Rock 'n Roll Dream (une ballade), She Likes Rock 'n Roll (every day, évidemment) et enfin Rockin' All The Way. AC/DC n'a jamais fait dans le subtil, et on les en remercie chaleureusement. De toute façon, AC/DC ne parle généralement que de rock 'n roll et de sexe, via métaphores un peu moins douteuses que d'habitude (War Machine, ce n'est pas une kalaschnikov...), même si l'état pitoyable de notre planète les inspire aussi (le morceau titre, Stormy May Day).

Malcolm Young envoie ses riffs infernaux au début de chaque morceau, comme il le fait depuis trois siècles. Mais qu'importe : dès le début, on sait que c'est AC/DC, et forcément, ce n'est que confirmé dès que Brian Johnson se lance dans un de ces numéros improbables de chant en dessous de la ceinture. La rythmique est solide (le batteur Phil Rudd est un métronome vivant, et le bassiste Cliff Williams prend parfois un peu de spotlight, comme sur Skies On Fire), et Angus Young délivre à chaque fois un très bon solo, qui ne semble jamais inutile. Il ressort même un bottleneck sur Stormy May Day.

L'album est sans doute trop long (15 morceaux, 55 minutes), et bénéficierait de la suppression de trois ou quatre morceaux un peu (trop) générico-répétitifs. Mais avec des riffs comme ceux de Big Jack, War Machine, Black Ice ou la relative agressivité de Spoilin' For A Fight, on pardonnera tout, même le Rod Stewardesque Anything Goes.

Black Ice est meilleur que prévu : même si la formule est avérée, il fallait quand même réussir à la reprendre correctement, et seul AC/DC peut le faire. Meilleur qu'une grosse moitié de leur catalogue, il méritera d'être visité plus que trois fois lors de la mégatournée, entre Hells Bells et You Shook Me All Night Long.

lundi 20 octobre 2008

AC/DC - Black Ice


AC/DC est un groupe extraordinaire. Ils n'ont plus rien sorti depuis huit ans, et de toute façon, tout le monde sait très bien comment le nouvel album va sonner. Malgré ça dès que la tournée 2009 est annoncée, la vente des tickets fonctionne du tonnerre, toutes les dates étant sold out en quelques minutes, malgré un prix totalement scandaleux (mais pas autant que le marché noir sur ebay).

Black Ice accompagne la nouvelle tournée, plus que le contraire : comme les Stones, un nouvel opus des Australiens est un événement, mais paradoxalement n'intéresse pas grand monde. Et bien, c'est une erreur. non, Black Ice ne réinvente rien, et ne voit pas AC/DC se mettre à la nu-rave. Mais pour un bon disque de rock 'n roll, c'est un putain de bon disque de rock 'n roll.

On ne peut d'ailleurs pas avoir de doute sur la musique produite par le groupe des frères Young : le premier single (et morceau) s'appelle Rock 'n Roll Train, et plus loin on aura Rock 'n Roll Dream (une ballade), She Likes Rock 'n Roll (every day, évidemment) et enfin Rockin' All The Way. AC/DC n'a jamais fait dans le subtil, et on les en remercie chaleureusement. De toute façon, AC/DC ne parle généralement que de rock 'n roll et de sexe, via métaphores un peu moins douteuses que d'habitude (War Machine, ce n'est pas une kalaschnikov...), même si l'état pitoyable de notre planète les inspire aussi (le morceau titre, Stormy May Day).

Malcolm Young envoie ses riffs infernaux au début de chaque morceau, comme il le fait depuis trois siècles. Mais qu'importe : dès le début, on sait que c'est AC/DC, et forcément, ce n'est que confirmé dès que Brian Johnson se lance dans un de ces numéros improbables de chant en dessous de la ceinture. La rythmique est solide (le batteur Phil Rudd est un métronome vivant, et le bassiste Cliff Williams prend parfois un peu de spotlight, comme sur Skies On Fire), et Angus Young délivre à chaque fois un très bon solo, qui ne semble jamais inutile. Il ressort même un bottleneck sur Stormy May Day.

L'album est sans doute trop long (15 morceaux, 55 minutes), et bénéficierait de la suppression de trois ou quatre morceaux un peu (trop) générico-répétitifs. Mais avec des riffs comme ceux de Big Jack, War Machine, Black Ice ou la relative agressivité de Spoilin' For A Fight, on pardonnera tout, même le Rod Stewardesque Anything Goes.

Black Ice est meilleur que prévu : même si la formule est avérée, il fallait quand même réussir à la reprendre correctement, et seul AC/DC peut le faire. Meilleur qu'une grosse moitié de leur catalogue, il méritera d'être visité plus que trois fois lors de la mégatournée, entre Hells Bells et You Shook Me All Night Long.

vendredi 17 octobre 2008

Gojira - The Way Of All Flesh

Quel étrange animal, ce Gojira. Non seulement c'est un groupe de metal français qui bénéficie d'une solide réputation internationale, ce qui n'est pas courant, mais en plus ils sortent un album original et difficilement classifiable. Depuis leur troisième album (From Mars To Sirius), ils se sont fait remarquer grâce à un metal aggro-progressif (mais pas trop), des paroles étonnantes (partiellement centrée sur la protection écologique, ce qui leur a valu l'amusante étiquette d'éco-metal) et un leader reconnu (Joe Duplantier, par ailleurs bassiste de Cavalera Conspiracy).

The Way Of All Flesh est puissant, violent, agressif, mais ne joue pas dans la surenchère du bruit : les passages plus calmes, ou du moins moins cinglés, permettent de préparer le chaos suivant. Le chant est éraillé, habité, et la batterie puissante : comme chez Meshuggah, c'est la pierre angulaire du groupe. On trouve des influences death, trash, mais aussi un peu d'industriel, et carrément des choses inattendues dans un genre pas souvent connu pour son caractère innovant. Tout cela fait que la musique de Gojira n'est pas fort aisée, il faut d'ailleurs plusieurs écoutes pour complètement rentrer dans un univers personnel mais parfois obtus, ce qui n'est pas aidé par la longueur de l'album (75 minutes)

On peut difficilement s'ennuyer, ceci dit, tant les rythmes sinueux sont hypnotiques et parfois poignants, et même quand Gojira décide de quitter leur domaine de prédilection pour s'aventurer dans le metal contemporain un peu plus classique, ils ont le bon goût de s'assurer les services gutturaux de Randy Blythe (des porte-drapeaux du metal US Lamb of God).

Mais The Way Of All Flesh est un album qui parle de mort, et est ainsi totalement implacable, sans concessions. Il est brutal, mais plus par le fond que par la forme, le groupe n'ayant pas jugé utile de forcer le ton, ils ne tombent donc pas dans une caricature de type Slipknot mais participent à la rénovation d'un genre parfois poussiéreux. Mais tant que le metal pourra compter sur des groupes comme Gojira ou Meshuggah, son avenir est assuré.

jeudi 16 octobre 2008

Gojira - The Way Of All Flesh

Quel étrange animal, ce Gojira. Non seulement c'est un groupe de metal français qui bénéficie d'une solide réputation internationale, ce qui n'est pas courant, mais en plus ils sortent un album original et difficilement classifiable. Depuis leur troisième album (From Mars To Sirius), ils se sont fait remarquer grâce à un metal aggro-progressif (mais pas trop), des paroles étonnantes (partiellement centrée sur la protection écologique, ce qui leur a valu l'amusante étiquette d'éco-metal) et un leader reconnu (Joe Duplantier, par ailleurs bassiste de Cavalera Conspiracy).

The Way Of All Flesh est puissant, violent, agressif, mais ne joue pas dans la surenchère du bruit : les passages plus calmes, ou du moins moins cinglés, permettent de préparer le chaos suivant. Le chant est éraillé, habité, et la batterie puissante : comme chez Meshuggah, c'est la pierre angulaire du groupe. On trouve des influences death, trash, mais aussi un peu d'industriel, et carrément des choses inattendues dans un genre pas souvent connu pour son caractère innovant. Tout cela fait que la musique de Gojira n'est pas fort aisée, il faut d'ailleurs plusieurs écoutes pour complètement rentrer dans un univers personnel mais parfois obtus, ce qui n'est pas aidé par la longueur de l'album (75 minutes)

On peut difficilement s'ennuyer, ceci dit, tant les rythmes sinueux sont hypnotiques et parfois poignants, et même quand Gojira décide de quitter leur domaine de prédilection pour s'aventurer dans le metal contemporain un peu plus classique, ils ont le bon goût de s'assurer les services gutturaux de Randy Blythe (des porte-drapeaux du metal US Lamb of God).

Mais The Way Of All Flesh est un album qui parle de mort, et est ainsi totalement implacable, sans concessions. Il est brutal, mais plus par le fond que par la forme, le groupe n'ayant pas jugé utile de forcer le ton, ils ne tombent donc pas dans une caricature de type Slipknot mais participent à la rénovation d'un genre parfois poussiéreux. Mais tant que le metal pourra compter sur des groupes comme Gojira ou Meshuggah, son avenir est assuré.

0,5/10

Ceux qui me lisent depuis longtemps le savent, j'ai toujours hésité entre coter les albums ou ne pas le faire. Les arguments contre sont clairs : coter une oeuvre d'art, c'est évidemment éminemment subjectif, et franchement assez con. 8/10, ça veut dire quoi? Que 80% des morceaux sont bons? Qu'il est meilleur que 80% des albums sortis cette année, cette décénnie, voire de l'histoire? Doit-on comparer l'album aux autres oeuvres du même artiste? Si un album est "bon" mais moins bon que le précédent, doit-il en souffrir pour autant?

En faveur des pour, c'est plus clair : quand j'ai décidé la première fois de suppiimer les cotations, j'ai perdu des lecteurs, et reçu pas mal de mails me demandant de les remettre. Je l'ai fait.

Entre rien et la classique cote sur dix, différents systèmes coexistent, des plus imagés (les étoiles, les "n fois logos") aux plus obscurs (le fameux système décimal de Pitchfork : Joanna Newsom, 9.3 ou 9.4?) en passant par les fantaisistes (les taches de Psychotonique). Mais finalement, ils ont tous le même but, et c'est justement celui-là que je refuse.

Conséquence : je refais marche arrière, et je supprime ce système de cotation, sans doute pour toujours. J'ai trop de fois hésité au moment de mettre la cote, et quand on passe autant de temps à balancer entre 6 et 7, pour finir à 6,5 (peut-être ma cote préférée, et une qui ne veut rien dire), on se fourvoie fatalement.

La compétition est déjà présente partout, de toute façon. Entre le nombre de MTV Awards que Linkin Hotel remportera et qui de Fortis ou Dexia se plantera le plus en bourse, l'art n'y a pas sa place. Et si je dois perdre des lecteurs, ce sera ceux qui ne prennent pas le temps de lire l'article et de comprendre qu'il ne peut se résumer à un bête chiffre. Pour tous ceux-là, les autres canaux ne manquent pas, pour Music Box, on s'arrêtera au texte, avec toutefois une conclusion qui sera (comme actuellement) écrite pour résumer mon point de vue, de manière nettement plus nuancée et prismique qu'une cote ne pourra jamais faire.