lundi 31 décembre 2012

Top albums 2012 : 40-21

Music Box 2012/3Petit changement de programme, comme je n'aurai (évidemment) pas terminé à temps, on aura un top 20 dans quelques jours plutôt que le top 10 prévu au départ. Sans plus attendre, voici les albums que j'ai (futilement) classé de 40 à 21.


40 Kendrick Lamar - good kid m.A.A.d city. On risque encore de dire que je “n’aime pas le rap”, parce que c’est censé être numéro 1 partout, ce truc. Et oui, c’est un album plein de trouvailles sonores, avec assez souvent un ton autobiographique fort intéressant et parfois autocritique (l’alcoolisme social sur Swimming Pools, la dynamique criminelle de groupe sur The Art of Peer Pressure). Mais faire un morceau se rapprochant bien trop près d’une glorification du viol, ce n’est pas une très bonne idée. Inviter Dr Dre qui va évidemment parler de 2Pac, de son casque pourri et de Compton (en 2012!), pas une très bonne idée non plus. Mais il est vrai que Kendrick Lamar suit une certaine tradition, en se comparant à un roi (ou à Lebron James?) ou encore à Martin Luther King, rien que ça. Alors, peut-être qu’il fallait envoyer un album hip-hop dans le mainstream, vu les relatives déceptions apportées par le camp Odd Future (à une gigantesque exception). Mais aussi intéressant puisse-t-il être, cet album à la typographie aussi irritante que son auteur ne mérite pas tant de louanges.


39 Crocodiles - Endless Flowers. Tiens, encore un groupe qui aurait bien aimé serrer les pinces de Ian Curtis et de Kevin Shields (pardon, on me dit que la pince de Shields est toujours en train d’appuyer sur une table de mixage à l’heure qu’il est) tout en discutant de girl pop 60s avec les frères Reid. Un peu déjà vu, encore plus quand on sait que le chanteur est marié avec une autre revivaliste, Dee Dee Dum Dum. Mais avec des chansons comme My Surfing Lucifer, on pardonne.


38 Baroness - Yellow and Green. Terminant d’exploser complètement la barrière entre le metal et le reste des genres, le troisième album de Baroness est certes parfois très heavy, mais aussi étrangement  accessible et mélodique. Ils ont réussi à créer un tout qui sublime la somme de leurs influences : prog mais pas chiant, heavy mais mélodique, stoner mais focalisé. Et ceci tout au long d’un double album de 75 minutes. Très impressionnant.


37 Toy - Toy. Psyché, sombre, avec plein de flanger et des voix vaguement shoegaze, Toy a pris la place laissée vacante par The Horrors (en plus drogué). Et franchement, pas certain qu’on ait envie qu’ils la quittent, la place.


36 Paws - Cokefloat. Vous vous rappelez de Yuck l’an dernier? Cette année, on a Paws, grands admirateurs des pédales fuzz, des Fender Jaguar et des enregistrements lo-fi. Dérivatif sans être un plagiat, Cokefloat est un album de rock sale bien réalisé, qui peut aussi être une madeleine de Proust selon l’âge de l’auditeur.  Et comme j’ai trente-deux ans...


35 The Menzingers - On the Impossible Past. Dans la catégorie “groupe punk virant dans le classic rock”, The Menzingers restent du bon côté de la Force. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde.


34 The Raveonettes - Observator. Après un Raven in the Grave en demi-teinte, le duo danois affine leur son en y ajoutant parfois un piano presque (ha) rave (Observator) et réalise leur meilleur album depuis Lust Lust Lust.


33 Jack White - Blunderbuss. Après trois groupes et pas mal de choses sur le côté, Jack White sort enfin son premier album solo. Et il faut reconnaître qu’il est assez différent de tout ce qu’il a fait auparavant, avec une importance accrue au clavier et au gospel. Cependant, il peut faire parler la poudre quand il le veut (Sixteen Saltines) et est toujours capable de jouer de la guitare comme personne (I’m Shakin’). On pardonnera la relative inégalité des morceaux et le manque de punch sur la fin, parce que finalement, ce n’est que son premier album.


32 Bob Mould - Silver Age. Mais si, Bob Mould, vous voyez, le type qui traîne avec Dave Grohl. Et qui sort un des meilleurs albums de “rock” de l’année. Attaque frontale sans répit, sans artifice ni distraction, très (trop?) carré. Gros refrains, grosses guitares, Dave aime bien, moi aussi.


31 DZ Deathrays - Bloodstreams. 2013 verra sans doute un nouvel album de Death From Above 1979, en attendant, leur ersatz australien vaut bien mieux qu’une simple copie, étant moins furieux et plus mélodique que l’original canadien.


30 Grimes - Visions. Ok, on a quelques morceaux énormes, et la (horrible double jeu de mot à venir) vision de Claire Boucher est assez prodigieuse. Mais Visions comprend un peu trop de fillers qui sonnent parfois comme un preset de clavier resté bloqué en place trop longtemps, tout comme son vocoder en mode chipmunk. Ou pour être moins sévère, l’effet de surprise et l’attrait de l’originalité passe un peu trop vite. Mais j’écris peut-être ça juste pour tempérer la dithyrambe lue ailleurs.


29 Disappears - Pre-Language. Hey, du rock alternatif avec des guitares, comme avant. On a parfois l’impression d’écouter un cours tant la musique semble technique, mais cela reste très bon, avec une rythmique parfaite et une voix no wave.


28 Alt-J - An Awesome Wave. Un bon album follement original, mais je reste un peu dubitatif quant à sa véritable importance, surtout de la part de certains qui le voient déjà comme un nouveau Kid A. On verra si Alt-J n’a juste pas trouvé un créneau très particulier qu’ils utilisent plus qu’ils ne devraient. En attendant, c’est un album qui ne ressemble à aucun autre.


27 Off!. De 42 secondes à 1 minute 37 par morceau pour un album intense de vieux types qui refusent de vieillir. Même la casquette d’Anthony Kiedis ne leur a pas porté préjudice, c’est dire qu’ils sont bons.


26 Ty Segall & White Fence - Hair. Ty Segall se retrouve trois fois dans le top 100, et c’est uniquement parce qu’il n’en a sorti que trois cette année. Sa collaboration avec White Fence mêle mélodies beatlesiennes et psyché moderne à la Tame Impala. A moins que ce soit le contraire. Plein de guitares fuzz, j’adore.


25 Jeff the Brotherhood - Hypnotic Nights. Potes de Jack White, ex-Be Your Own Pet, produits par Dan Auerbach, pas facile d’assumer de telles références. Pourtant, les frères Orrall y arrivent, avec un album rappelant parfois les meilleures heures pop-punkesques de Weezer (celles avec la pédale d’effet qui donne un son délicieusement pourri après quelques accords clairs) mais avec plus d’ambition, un peu de psyché par-ci, quelques cuivres par-là et un sens mélodique avéré. Nettement plus intéressant que le groupe principal du producteur.


24 Frank Ocean - Channel Orange. Je ne sais pas si tout ce qu’on dit ailleurs est vrai, mais Frank Ocean est un énorme talent, à la voix merveilleuse et à la vision stupéfiante. Pyramids est un monument, mais je ne peux m’empêcher de penser que l’album est parfois inégal, ce qui n’est vraiment pas un problème pour un artiste au tout début d’une carrière qui sera probablement immense. Laissons-lui juste le temps, et surtout, l’espace et l’air.


23 Ty Segall Band - Slaughterhouse. Ty et son groupe de scène. Plutôt rock n roll / garage, il confirme que Ty est le talent de 2012.


22 DIIV - Oshins. Beaucoup de groupes ont tenté de sortir le meilleur album dreamy/shoegazy de l’année, mais un seul a réussi. Ils traitent la voix comme un élement comme les autres, avec beaucoup de passages instrumentaux réussis tant techniquement qu’émotivement. Un très bel album.


21 Godspeed You! Black Emperor - Allelujah! Don't Bend! Ascend! Retour (in)attendu de 2012, ils n’ont rien perdu de leur puissance et encore moins de leur pertinence. Mais deux morceaux, aussi fantastiques puissent-ils être ainsi que deux drones, c’est trop court, pour une si longue période.


Suite et fin dans quelques jours...

jeudi 27 décembre 2012

Top albums 2012 : 70-41

Music Box 2012/2

Seconde partie du top albums 2012 Music Box, avec les disques (enfin, si possible) placés entre les places 70 et 41. La prochaine partie nous emmènera aux portes du top 10, avant de terminer (plus ou moins) en beauté. Il y a des omissions et j'ai déjà envie de changer certains albums placés trop haut et inversement, mais bon, il fallait bien s'arrêter quelque part. Comme mentionné précédemment, un playlist Spotify reprendra un extrait de chaque album disponible ainsi que d'autres morceaux qui m'ont marqué cette année.


70 The Evens - The Odds. Ian MacKaye et Amy Farina aiment les jeux de mots comme titres d’album mais aussi la musique sèche, minimale et intense. Deux voix, une guitare et une batterie en font un album qui sait ce qu’il veut, mais qui s’enferme peut-être dans un schéma restrictif. Mais c’est Ian MacKaye, il fait ce qu’il veut.


69 Mark Lanegan - Funeral Blues. Après des tonnes de collaborations généralement très réussies, Mark Lanegan sort son premier album solo en huit ans. Assez réussi, il surprend par sa variété et ses influences parfois improbables (Ode to Sad Disco porte bien son titre). Peut-être un peu long, Funeral Blues rappelle que Lanegan n’est pas que la voix à mi-temps de Gutter Twins ou à temps partiel de Soulsavers ou Queens of the Stone Age.


68 Future of the Left - The Plot Against Common Sense. Ou le moment où la musique est vraiment passée au second plan, derrière la plume acerbe d’Andy Falkous, les mélodies et rythmiques implacables derrière les titres des morceaux (Robocop 4 - Fuck Off Robocop, Sorry Dad I Was Late for The Riots). Pas que l’album soit mauvais, loin de là : il est puissant, intense et aussi dérangé que prévu, mais j’ai l’impression qu’ils sont un peu passé à côté. C’est peut-être pour cela qu’ils viennent de sortir un EP de cinq nouveaux morceaux. Ceci dit, il sera toujours difficile pour Falco de vivre dans l’ombre de son ancien groupe, ce qui est aussi malheureux qu’injuste.


67 Swearin’ - Swearin’. Punk lofi mélodique assez bordélique, souvent catchy et occasionnellement brillant. Les suspects habituels se retrouvent ici, Superchunk, Built to Spill, Dinosaur Jr, mais c’est la voix d’Allison Crutchfield qui confère à ces douze morceaux (dont un seul dépasse les trois minutes) une certain authenticité.


66 Gaz Coombes - Here Come the Bombs. Premier album solo pour l’ex-Supergrass, et essai réussi. Suffisamment différent du quatuor d’Oxford sans être aliénant, il confirme Coombes dans ses habits de songwriter anglais inventif et discret. On peut attendre encore un peu avant l’inévitable reformation.


65 Paul Weller - Sonik Kicks.  Quand on vieillit, on s’écoute parler et on fait de la merde. Sauf Paul Weller, qui n’a jamais cessé de se remettre en question, et de bien s’entourer (Graham Coxon, Noel Gallagher). Bon, ok, il s’écoute parfois parler, mais avec suffisamment de talent.


64 Poliça - Give You The Ghost. Intéressant mélange entre R&B contemporain, electronica limite witch house et rock indé, le tout chanté sous vocoder par Channy Leaneagh et, pour deux morceaux, avec le Bon Iver Mike Noyce. Déroutant au départ, l’album se révèle attachant et étrangement intime.


63 Hot Water Music - Exister. Les maîtres du genre reviennent aux affaires, avec un album totalement digne de leur énorme influence. L’intensité de Chuck Ragan peut parfois fatiguer, mais on peut difficilement ne pas les admirer.


62 Jake Bugg - Jake Bugg. Totalement différent du paysage musical actuel, le très jeune Jake Bugg (18 ans) allie gouaille typiquement working class à la Liam Gallagher (et donc, une voix unique mais potentiellement irritante) à des étonnantes influences blues/country/folk. La suite de sa carrière sera très intéressante à suivre.


61 King Tuff - King Tuff. King Tuff est l’alias de Kyle Thomas, un autre dévôt du vieux rock ‘n roll, à classer dans la même catégorie que Ty Segall ou Jack White, même s’il est peut-être un peu moins frénétique que ses illustres condisciples.  Sorti chez Sub Pop, King Tuff est parfait dans son genre.


60 Bat For Lashes - The Haunted Man. Presque aussi dépouillé que sa pochette, The Haunted Man voit Natasha Khan se concentrer sur l’intensité de ses morceaux, avec un accompagnement plus limité que dans le passé tout en restant varié et réfléchi. Mais paradoxalement, l’album manque un peu de personnalité. “Thank God I’m alive”, dit le premier morceau, Lillies. Je ne sais pas qui remercier, mais oui, merci.


59 Beach House - Bloom. Dream pop. Duo. Accords simples, jolie voix. Style over substance?


58 2:54 - 2:54. Nous renvoyant à une époque où “alternatif” voulait dire quelque chose, les soeurs Hannah et Colette Thurlow allient moments de fulgurante brillance à d’autres malheureusement plus oubliables. Mais ce n’est qu’un début.


57 St. Vincent & David Byrne - Love This Giant. Collaboration aussi inattendue que réussi, l’album montre des facettes des deux artistes qu’on ne connaissait même pas, comme s’ils se transcendaient mutuellement. Intéressant et très joli. Le talent d’Annie Clark n’a pas fini de faire user du clavier.


56 Pond - Beard Wives Denim. Premier des trois albums produits par Kevin Parker présents dans ce top 100, Beard Wives Denim est plutôt rock indé/garage teinté de psyché, ce qui est plus ou moins le contraire de Lonerism, qu’on retrouvera (beaucoup) plus haut.


55 Trash Talk - 119. L’EP Awake (2011) était devastateur, mais son successeur longue durée (enfin, façon de parler, en 22 minutes c’est plié) déçoit un peu, cul entre les deux chaises de l’accessibilité et le pur hardcore qui gueule et qui joue fort. Leurs collaborations tant musicales que commerciales avec Odd Future pourraient relancer un courant rapcore qui ne nous manque pas du tout.


54 Merchandise - Children of Desire. Beaucoup de groupes post-punk-no-wave-shoegaze-machin, cette année. Merchandise a une approche différente : leurs albums sont disponibles gratuitement sur leur site. Children of Desire ne comprend que six morceaux, dont deux dépassent les dix minutes, sans une seconde d’ennui mais des rythmes quasi tribaux, des mélodies lancinantes et un excellent vocaliste, aux inflexions proches de Morrissey.


53 Death Grips - The Money Store/No Love Deep Web. Placement groupé pour deux albums relativement similaire, même si NLDW va encore plus loin dans la folie. Avec une instrumentation cinglée mais pas autant que le MC, Death Grips est probablement le groupe le plus punk de l’année, tant sur la scène qu’en dehors, de vrais esprits libres.


52 Graham Coxon - A&E. Le monde de Graham Coxon ne semble pas avoir beaucoup changé depuis que son groupe principal a (un peu) repris du service. A&E revient à une veine plus expérimentale/bizarre après quelques albums assez classiques. Probablement libérateur pour l’extrêmement talentueux Coxon, mais l’album reste assez inégal. Ceci dit, Coxon est un des quelques génies en activité actuellement. Et ça doit être étrange d’en avoir deux dans le même groupe.


51 Converge - All You Love You Leave Behind. Apparemment le meilleur groupe hardcore dans tout le monde entier, moi je trouve qu’ils lorgnent un peu trop vers le metalcore. Mais c’est une démonstration de force très efficace.


50 Blood Red Shoes - In Time To Voices. Un des albums les plus frustrants de l’année. On sent, on sait que le duo Laura Mary Carter/Steven Ansell peut aller plus loin, plus fort et devenir un grand groupe. Ici, ils ne sont que très bons. La prochaine fois?


49 The Shins - Port of Morrow. Pop indé intelligente, parfois dansante et fun, parfois intime et raffinée. Excellent de bout en bout, mais peut-être parfois trop détaché.


48 White Lung - Sorry. Vingt minutes intense de punk efficace, avec les proportions parfaites de violence, vitesse, mélodie et attitude. Parfait, en attendant l’éventuel et improbable retour des Distillers.


47 Cat Power - Sun. Sun est le premier album de matériel original de Chan Marshall, alias Cat Power, en six ans, et fait évoluer ses folk songs mélodiques dans une ambiance résolument électronique. Cela surprend, mais on s’y fait très vite, Marshall réussissant une fois de plus à créer un univers très personnel, que ce soit à l’aide d’une boîte à rythmes, d’un piano ou d’une guitare acoustique. Peu d’auteurs / compositeurs / interprètes peuvent s’en targuer.


46 POS - We Don’t Even Live Here. Kendrick Lamar et les gars d’Odd Future sont peut-être les grandes stars de l’année, mais personne n’incarne l’esprit hip-hop indé mieux que POS. Collaborations avec Justin Vernon (et son autotune), une vision politique bienvenue et une production inventive, si seulement le hip-hop mainstream pouvait s’en inspirer.


45 Mission of Burma - Unsound. Avec celui de Dinosaur Jr., c’est certainement le comeback le plus réussi de notre époque. Non seulement ils ont réussi à composer du nouveau matériel pour ne pas tourner avec les mêmes vieux morceaux (hi, Pixies!), mais en plus, leurs albums post-reformation dont ce fantastique Unsound sont déjà deux fois plus nombreux que ceux de leur première carrière. 2012 fut une année faste pour eux, car ils ont également ressorti leurs deux premiers albums (cultes!) ainsi qu’une double compile d’introduction. Dissonant, puissant, sans compromis (notamment en ce qui concerne la production), Unsound n’a rien à envier à l’album qui leur a donné un statut de quasi-légende (et le titre du second album de Pearl Jam, d’ailleurs).


44 Spiritualized - Sweet Heart Sweet Light. Le septième album de J Spaceman m’a rendu assez perplexe. Parfois transcendant, parfois au bord de l’auto-parodie, il semble avoir un pied de chaque côte de la frontière de l’acceptable, entre beaux morceaux grandioses (Hey Jane, Too Late) et prières trop longues voire carrément chiantes (les deux derniers). Un album de Spiritualized, quoi.


43 Grizzly Bear - Shields. Trois ans après Veckatimest, ces habitués des classements de fin d’année s’y retrouvent forcément encore, grâce à leur rock indé léger, aérien, intelligent et facilement complexe.


42 Titus Andronicus - Local Business. Punk indé à influences prog ou le contraire, TA ne fait rien comme les autres et choisit des thèmes cinglés dans des morceaux qui ne le sont pas moins, empruntant parfois au punk à la Ramones, parfois au hard FM à la je-ne-citerai-personne. New Jersey oblige, on a même un hymne. Pas toujours réussi, mais quand ça l’est, c’est fantastique.


41 Amanda Palmer - Theatre Is Evil. Avec les controverses, le Kickstarter à 1,1 million de $ et Neil Gaiman, on en avait oublié la musique. On avait tort. Theatre Is Evil est la BO d’un spectacle burlesque inexistant et cinglé. Trop long, un mix trop in your face, avec des synthés trop Cure et Amanda “Fucking” Palmer trop partout en même temps, Theatre Is Evil est fascinant et unique.


Trente de plus dans quelques jours!

dimanche 23 décembre 2012

Top albums 2012 : 100-71

Music Box 2012 1A défaut d'avoir écrit beaucoup cette année, je me rattrape avec le plus long top (commenté!) de fin d'année de l'histoire de Music Box, cent albums. La publication se fera en quatre étapes, avec pour commencer les trente derniers. Un très long playlist Spotify reprendra un extrait de chaque album ainsi que d'autres morceaux.


100 Bloc Party - Four. Après des mois de drama concernant leur séparation, la sortie du quatrième album de Bloc Party n’a finalement pas intéressé grand monde. Malheureusement, il n’est pas très bon, tentant maladroitement de récupérer la fougue du premier album en y ajoutant des grosses guitares qui ne leur vont pas du tout. Leur temps est écoulé.


99 Therapy? - A Brief Crack of Light. Juste parce qu’ils sont là depuis très longtemps, refusent d’être mauvais et encore plus de se répéter.


98 A Place To Bury Strangers - Worship. Une grande déception personnelle tant leur album précédent était percutant. Ici, on a la même chose en moins bien, en moins inspiré, en plus mou. Et ce n’est même pas une bonne pub pour l’atelier de pédales d’effets DIY d’Oliver Ackermann.


97 Django Django - s/t. On essaie de nous forcer à croire qu’il y a une sorte de mouvement de nouvelle pop/rock indé, mené par Alt-J et comprenant quelques seconds couteaux comme Egyptian Hip-Hop ou Django Django, probablement l’équivalent de Menswear dans les années 90.


96 Breton - Other People's Problems. Electro-math-rock claustro intrigant et intéressant.


95 Tribes - Baby. Vu qu’il faut inévitablement voir un peu partout les signes d’un retour de la Britpop, on sort de nulle part (enfin si, Camden, évidemment) un groupe à chansons de stade, qu’on qualifiera sans doute de post-Libertines et pré-Palma Violets. Pour l’originalité, on repassera, mais au moins ce ne sont pas les Vaccines.


94 Bad Brains - Into the Future. Pionniers du hardcore de DC ‘77, ils sont au moins autant reggae que punk. Trente-cinq ans après, la recette marche étonnamment toujours aussi bien (j’aime pas le reggae), surtout les voix stoned et psychocinglées de HR.


93 The Datsuns - Death Rattle Boogie. Parce qu’on les avait oublié, et que les néo-zélandais rockent toujours aussi fort qu’avant. Aucun génie, peu d’originalité, mais beaucoup de coeur et d’enthousiasme, alors que leurs rivaux de l’époque ne sont plus du tout au même endroit.


92 The Hives - Lex Hives. C’est un album des Hives. Il n’apporte rien, n’arrive pas à la cheville des premiers, mais cela suffit amplement pour le placer dans un top 100. Merci Randy Fitzsimmons d’écrire de bonnes chansons et de réussir à nous faire tomber dans les gimmicks à chaque fois.


91 Billy Talent - Dead Silence. Punk post-hardcore, rageux, efficace et ample,. même si un peu trop long. Merci d’être revenus parmi nous.


90 The Cast of Cheers - Family . Ne vous trompez pas, Bloc Party a juste changé de nom et s’est inspiré de Battles plutôt que de Soundgarden. Par contre, l’inspiration n’est pas toujours là non plus.


89 Lana Del Rey - Born To Die. Derrière les controverses et les coups marketing, on a une chanteuse qui s’est révélé, tout au début, touchante. Malheureusement, après Video Games/Blue Jeans, le reste est mauvais, médiocre et tellement plat qu’elle se sent obligée de raconter des conneries pour qu’on parle d’elle. Ce qui n’arrivera bientôt plus.


88 Soundgarden - King Animal. Personne n’en avait besoin, mais ils sont revenus quand même. Et bien que l’album de réunion n’arrive pas au niveau du modèle du genre (Dinosaur!), il est suffisamment décent pour ne pas être embarrassant, et compte tenu du passif du chanteur, c’était pas gagné.


87 Green Day - Uno/Dos/Tré. Exemple encyclopédique de quantité vs qualité. Les 14 meilleurs morceaux sur un simple album, et il aurait été bon, dans la première moitié de la disco du groupe. Mais là, on se retrouve avec trois albums tous trop longs, et souvent trop similaires. Uno est punkpoppesquement sympa, et au moins, on n’a que très peu de trucs prétentieux à la Jesus of Machinchose, mais on a dépassé l’indigestion.


86 The Smashing Pumpkins - Oceania. J’ai beaucoup de respect pour la vision intransigeante de Billy Corgan (et le fait qu’il est responsable d’au moins deux des meilleurs albums des 90s), mais c’est assez symptomatique de remarquer qu’on a accordé plus d’attention cette année aux ressorties de Pisces Iscariot et (surtout) de Mellon Collie and the Infinite Sadness. Ceci dit, Oceania est le meilleur album de Corgan depuis quelque temps, peut-être depuis Machina II. Mais cela ne veut pas dire grand chose...


85 Sleigh Bells - Reign of Terror. Tellement surévalué que même Pitchfork n’en parle plus. Il reste juste encore un peu de nouveauté et d’originalité pour qu’on lui laisse une chance.


84 Best Coast - The Only Place. Bethany Cosentino tente par tous les moyens de prouver qu’elle a plus d’un tour dans son sac, et elle y arrive de justesse. En virant alt-country.


83 Jessie Ware - Devotion. Chaque top de fin d’année se doit d’avoir son truc pop “différent”. Je ne trouve pas que Devotion soit vraiment extraordinaire, mais Wildest Moments = tube.


82 Alabama Shakes - Boys and Girls. De la soul music au plus pur sens du terme. Rock teinté de blues et porté par la voix fantastique de Brittany Howard.


81 Neil Young - Psychedelic Pill. Parce que Neil Young est le seul type de 67 ans capable d’appeler un album Psychedelic Pill et de mettre une grosse tablette d’ecstasy en pochette. Mais aussi parce qu’il comprend quelques excellents morceaux, notamment les 16 minutes de Ramada Inn ou de Walk Like a Giant. Il a toujours quelque chose à dire.


80 Passion Pit - Gossamer. L’équilibre entre pop, indé, hype mais pas trop hipster n’est pas facile à réaliser. Pourtant, Passion Pit l’a fait, dans un album pourtant un peu fatigant.


79 Sigur Rós - Valtari. Les islandais n’auront sans doute plus jamais la même aura qu’il y a quelques années, mais cela ne les empêche pas de sortir des albums d’une beauté subjugante.


78 Imperial Teen - Feel The Sound. Indie pop positive, harmonies vocales, chouettes chansons simples. Parfois, on n’a besoin de rien de plus.


77 Of Monsters and Men - My Head Is An Animal. Les comparaisons avec Arcade Fire sont assez justifiées, celles avec Mumford and Sons heureusement moins. Plus légers que leurs inspirations de Montréal, les islandais sortent un album aérien, positif et tout à fait recommandable, même si légèrement dérivatif.


76 The Gaslight Anthem - Handwritten. J’ai sérieusement lu qu’on les considérait comme le futur du rock ‘n roll. Si le futur du rock ‘n roll passe par Bruce Springsteen et faire croire aux gens que Hot Water Music n’a jamais existé, personellement, je ne suis pas d’accord. Heureusement, ce n’est sans doute pas leur intention du tout, ils sont trop occupés à faire sonner leur rock en col bleu le mieux possible, ce qui est tout à leur honneur.


75 Motion City Soundtrack - Go. Le fameux album de la maturité, mais qui n’est pas chiant pour autant, juste plus sérieux et maîtrisé. Frais, intelligent et agréable.


74 Glen Hansard - Rhythm and Repose. Après un Oscar et des tournées interminables (notamment en ouverture de dizaines de concerts d’Eddie Vedder), l’ex-busker dublinois sort son premier vrai album solo, qui reste en deçà de ses albums avec The Frames ou le duo mélancolique The Swell Season. Restent quelques perles parfois sublimes.


73 The K. - My Flesh Reveals Millions of Souls. Noise rock habité, puissant et très dynamique, frôlant parfois le hardcore contemporain. Pas une seule baisse d’intensité tout au long d’un premier album excellent en soi, et très prometteur.


72 Trailer Trash Tracys - Ester. Les groupes dream pop/shoegaze se comptent par dizaines cette année, et il leur faut un petit quelque chose en plus pour se faire remarquer. Dans le cas de TTT, c’est la voix sublime de Suzanne Aztoria, qui sonne intemporelle d’entrée de jeu.


71 Guided By Voices - Let's Go Eat The Factory/Class Clown Spots a UFO/The Bears for Lunch. Après la reformation du lineup dit classique, Robert Pollard reprend sa vitesse de croisière, trois albums cette année. Comme toujours, on aurait gagné à plus de contrôle, mais on retrouve encore quelques perles indiepunk toujours trop courtes, surtout sur le troisième album.

dimanche 25 novembre 2012

dimanche 23 septembre 2012

Wishlist 2012

WishlistQuatre chroniques depuis janvier, c'est un record... Pas envie de m'étaler sur les raisons pour lesquelles je n'écris plus, mais ce n'est pas spécialement délibéré. J'ai une liste d'albums sortis cette année sur lesquels j'ai envie d'écrire, et dans un monde parfait, j'écrirais sur tout ceci :


Ceremony, The Men, Disappears, Mark Lanegan, Three Trapped Tigers, Trailer Trash Tracys, First Aid, Unsane, Spiritualized, Graham Coxon, Jack White, Death Grips, Off!, My Bloody Valentine (reissues), Best Coast, Garbage, Hot Water Music, Beach House, Crocodiles, Sigur Ros, Gaz Coombes, The Hives, Japandroids, Futire of the Left, 2:54, Pariso, Silversun Pickups, Guided By Voices, Mission of Burma, Frank Ocean, Jeff The Brotherhood, Blur (21), Screaming Females, Heavy Blanket, Motion City Soundtrack, Smashing Pumpkins, A Place to Bury Strangers, Glen Hansard, Gaslight Anthem, Poliça, Black Light Burns, Bloc Party, Sucré, The Darkness, The XX, Dinosaur Jr, Sebadoh (EP), Everyone Everywhere, Bob Mould, Of Monsters and Men, The Vaccines, Alt-J, Raveonettes, Billy Talent, Green Day, Animal Collective, David Byrne & St Vincent, dEUS, Amanda Palmer. Et y en a sûrement encore d'autres. 2012 = année de folie.


Vu qu'apparemment (et cela me fait plaisir) j'ai toujours des visites ici de personnes qui cherchent des conseils d'écoute, en voilà un paquet. Et 2012 n'est pas fini, loin de là.


(et si vous voulez absolument une chronique, vous pouvez toujours demander :) )

vendredi 6 juillet 2012

Blur - Under the Westway / The Puritan



Les voilà enfin, les deux premiers morceaux de Blur depuis 2003 (si on ignore le sympathique mais anecdotique Fool’s Day). Enregistrés à l’occasion du concert de clôture des Jeux Olympiques de Londres, qui verra Blur tenir la tête d’affiche à Hyde Park devant, notamment, The Specials et New Order, ces deux morceaux vont forcément, faire couler pas mal d’encre, électronique ou pas.


Blur peut-il être aussi bon qu’avant? Doivent-ils se reformer indéfiniment pour un nouvel album ou au contraire, Damon Albarn doit-il se concentrer sur ses projets exotico-bizarres? Typiquement, on n’obtiendra aucune réponse immédiate : les deux morceaux se suffisent à eux-mêmes, et méritent chacun quelques mots...


D’abord, Under the Westway. Clairement la face A du single, il était connu depuis quelques mois, car Damon et Graham Coxon l’avaient déjà joué en concert la veille de leur apparition aux Brit Awards. Under the Westway est un morceau très anglais, très classique, tant au niveau du thème (le Westway est une célèbre section autoroutière dominant une partie de Londres) que le la composition, qui se rapproche des grandes balades d’Albarn, en plus discret.


Contrairement à ses heures de gloires passées (The Universal, To The End, This Is a Low), Damon ne cherche pas les grandes envolées lyriques : sa voix, qui a mûri, ne pourrait se le permettre. Cependant, il cherche à l’exploiter très intelligemment, en mettant en évidence la qualité de l’écriture du morceau, et une ravissante mélancolie qui ne pouvait venir que de lui.


Mention spéciale aux paroles, qui, après trois albums (Blur, 13 et Think Tank) thématiquement très différents, reviennent aux premières amours de Damon Albarn : sa ville de Londres. Le premier vers : “There were blue skies in my city today”. Pas “the” city, mais “my” city. Et contrairement à ce qu’on pouvait attendre d’une chanson sur Londres, le ciel est bleu et non gris. Albarn évoque ensuite quelques éléments de vie moderne londonienne, et termine avec une subtile référence à une autre chanson dédiée à sa métropole, London Calling.


Musicalement, Damon mène le morceau au piano, alors que Graham Coxon envoie quelques nappes de guitares atmosphériques pendant les couplets. La percussion de Dave Rowntree confère au morceau une qualité aérienne et intense qui sera à en point douter un temps fort (et potentiellement un énorme singalong) des concerts estivaux de Blur.


Enfin, comment ne pas craquer devant les backing vocals de Graham Coxon, peut-être pas ses plus émotionnels (Tender!), mais son “switch off the machines” discret est un des points forts d’un fantastique morceau, qui prouve que Damon Albarn, l’homme derrière Gorillaz, Mali Music, Doctor Dee, DRC Music, Rocketjuice and the Moon, et j’en passe, est peut-être le plus grand auteur-compositeur anglais depuis Paul McCartney.


Après un tel morceau, sa face B (ou seconde face A, selon le point de vue) est forcément plus discrète. Effectivement, mais elle ne doit pas pour autant être sous-évaluée. Après quelques écoutes, The Puritan est loin derrière Under the Westway. The Puritan est juste une chanson fun, avec une ligne de synthé presque embarrassante. Certes, mais après quelques écoutes, comme les meilleurs morceaux, elle se dévoile petit à petit, et c’est sans doute elle qui représente le mieux l’évolution du groupe.


Si Under the Westway aurait finalement pu être écrit et enregistré à n’importe quel moment depuis 1994 (à l’exception de la voix de Damon), The Puritan est clairement ancré en 2012. Structurellement, il n’est pas trop éloigné des morceaux un peu plus punky/bouncy de Blur, comme Coping ou Popscene. Mais alors qu’à l’époque, ils auraient probablement surchargé la production de cordes et (surtout) de cuivres. Ici, rien d’autre que deux guitares, une basse et cette boîte à rythmes marrante qu’Albarn a probablement trouvé aux puces de Portobello Road (enfin, c’est sans doute une app à 75 cents pour iPad, mais ne cassez pas mon rêve, merci).


The Puritan, donc, est un morceau bien enlevé qui perd le peu de prétention qu’il avait au départ au milieu du morceau, avec des “lalala” qui, eux aussi, passeront très bien à Hyde Park. Nettement moins sérieux que sa face A, il permet de constater que Blur a gardé un côté ludique bien sympathique. Et aussi un poil perversif : Damon en profite pour un peu cracher dans la soupe, en critiquant l’institutionnalisation de l’Angleterre contemporaine (six syllabes, “institutionalised”, Beady Eye ils ne font pas ça, des mots de six syllabes), notamment en ce qui concerne l’hypocrisie des … Jeux Olympiques! Mais on reste dans l’observation sociale typique Albarn période Modern Life is Rubbish/Parklife/The Great Escape, avec notamment l’importance de la TV et de la publicité dans le brouillage des prises de décision de chacun, au moyen, par exemple, de cette très jolie phrase “I’m falling into something that plays upon the metronome in your heart”.


Le morceau est donc conduit par cette ligne de synthé absolument pas sérieuse du tout, et il prend une tournure carrément bordélique quand Coxon balance des bonnes grosses doses de feedback sur le refrain. Si Under the Westway était le retour sérieux, The Puritan est la flipside fun, mais pas seulement.


Tout ça nous amène à une double conclusion. D’abord, oui, il y a une énorme place pour Blur dans le paysage musical contemporain. Pour la nostalgie, certainement : ils ont rempli Hyde Park sans difficulté. Mais ces deux nouveaux morceaux montrent que même si les carrières solo de Coxon et Albarn sont couronnées de succès, quand ils sont ensemble, avec Dave Rowntree et (quand même) Alex James, c’est encore autre chose, et c’est fantastique.


Blur reviendra dans l’actualité le dernier jour de juillet avec un énorme box set reprenant l’intégralité de leur discographie (faces B et albums) ainsi que des tonnes d’inédits (j’accepte les cadeaux et donations :) ) et sera donc à Hyde Park mi-août en clôture des Jeux Olympiques. Ce concert sera notamment précédé de quatre concerts d’échauffement, je vous parlerai de celui de Wolverhampton si tout se passe bien.



dimanche 15 avril 2012

Blood Red Shoes - In Time to Voices


Album numéro trois pour le duo Laura-Mary Carter et Steven Ansell, autre preuve qu’il faut impérativement avoir une couleur dans son nom si on veut faire du rock ‘n roll en duo. Carter et Ansell, qui viennent de Brighton, ont fait parler d’eux ces dernières années en alliant le minimalisme relatif des groupes basse/batterie à une puissance qui lorgnait vers l’altrock US, Sonic Youth, Nirvana, Fugazi, tout ça. Point de post-Britpop pour ces deux-là, dont les performances scéniques enflammées étaient assez bien retranscrites sur disque. In Time to Voices, sans renier complètement le passé, explose totalement le canevas dans lequel s’était peut-être enfermé Blood Red Shoes. C’est certainement leur album le moins excité, mais c’est aussi le plus riche, le plus varié, le plus complet.


Le morceau-titre qui entame l’album en est un parfait exemple. Aucune volonté manifeste d’engluer l’auditeur sous les décibels, malgré une notable influence shoegaze, mais plutôt une attention poussée vers l’écriture et le souci du détail : une batterie moins rentre-dedans, une voix plus douce (mais qui peut devenir sérieusement acide) et nettement plus assurée pour Laura-Mary. Lost Kids est quant à lui réminiscent d’une scène indé plutôt anglaise, Idlewild, Reuben, toutes ces bonnes choses maintenant éteintes.


Comme toujours chez Blood Red Shoes, les voix se partagent entre les deux membres, même s’il me semble (purement une impression, je précise) qu’Ansell est plus présent que Carter. Le single Cold les voit se partager le micro pour un morceau qui lui, me fait penser à une autre balise du rock indé, Melissa Auf der Maur. Trois morceaux, rien à jeter, et une entame d’album impressionnante non par son pur volume, mais par, simplement, son excellence.


BRS ne s’arrête pas là, et continue à prendre tout le monde à contre-pied : Two Dead Minutes est froid et fait penser aux Raveonettes, The Silence and the Drones est lancinant, mantrique et comprend même un final avec violons. L’album devient petit à petit plus lent, plus atmosphérique et dense et va même comprendre une ballade fantastique, Night Light, au refrain à tomber. Mais le contre-pied continue, et Je Me Perds les voit endosser le rôle d’un groupe de reprises d’Atari Teenage Riot (pas une mauvaise chose, je précise) avec Carter en parfaite Nic Endo.


Les influences sont reconnaissables, mais inspirées : leur talent de composition éclipse directement quelques réminiscences que l’on pourrait avoir (vous vous rappelez de Cooper Temple Clause?), et fait d’In Time to Voices leur meilleur album, mais aussi le moins évident, et le plus difficile. Ils ont mis la barre tellement haut que les quelques petits défauts ressortent d’autant plus, la différence entre un excellent album et un chef d’oeuvre, sans doute. Mais on a le temps, il arrivera prochainement, leur chef d’oeuvre.


lundi 19 mars 2012

Lana Del Rey - Born To Die


J'ai attendu. La montée du buzz, la sortie de l'album, la descente en flammes. Histoire de ne pas la faire King of Limbs, avec une impression immédiate de l'album forcément influencée par tout ce qui entoure la paire de lèvres la plus célèbre depuis Steven Tyler. Donc j'ai attendu jusque maintenant (oui, ça marche aussi pour excuser mon faible rythme de publication), parce que là, Lana, on n'en parle plus. On verra bien vite si le buzz est définitivement terminé, et on va s'attarder sur la seule chose qui est censée compter : sa musique.


On passera bien vite la vie antérieure de Del Rey en tant que Lizzy Grant ainsi que toute accusation de création diabolique de l'industrie du disque : on s'en fiche. Ce qui intéresse, c'est la qualité des morceaux, notamment savoir si Lana est capable de rééditer son premier single très marquant, Video Games/Blue Jeans. Guess what? Non. Mais alors, vraiment pas. Autant le dire tout de suite, sans trop de risque d'erreur, rien d'autre sur l'album ne dépasse ces deux morceaux, mélancoliques et mélodiques à souhait.


Le début de l'album est là pour en témoigner : Born to Die était censé être son premier hit vraiment produit, avec des cordes expansives et un clip, cette fois, pas cheap. Le morceau n'est pas spécialement mauvais, mais a totalement perdu le charme de son premier disque. Que dire alors de Off to the Races, où Lana tente de chanter avec plusieurs voix différentes, y compris une sorte de semi-rap auquel elle ne croit pas elle même. La chanson est excessivement irritante, les backing vocals du genre "on a enregistré à côté d'une radio qu'on a oublié d'éteindre" lassent très vite, et à ce moment-là, on se dit qu'à peine allumé, le néon cheap de l'étoile de Lana s'est déjà éteinte, probablement à cause d'une facture d'électricité impayée. Blue Jeans et Video Games suivent et relèvent évidemment le niveau, leur caractère amateur contrastant avec la production cliniquement froide des autres morceaux. Mais Video Games restera, qu'on le veuille ou non, un des morceaux emblématiques de cette décennie (mais bon, Friday aussi, je suppose).


Le reste de l'album se passe assez mal, surtout qu'il est trop long : 15 morceaux (dans sa version deluxe) aux rythmes quasi identiques et au relief inexistant, ça lasse très vite. On retiendra quand même ceux qui, finalement, ressemblent le plus à Video Games : des ballades sombres et mélancoliques, à l'atmosphère parfois lourde (Carmen) et aux mélodies passables (Dark Paradise). Mais pour deux ou cinq morceaux écoutables (Radio, bien qu'assez détestable, devrait être le prochain single), on a des trucs vaguement hip-hop lourds (Diet Mtn Dew), des choix de paroles douteux (National Anthem ou l'épouvantable Lolita) et une série de chansons quasi impossibles à distinguer les uns des autres (tout le reste).


Lana Del Rey ne méritait pas toutes les critiques qui se sont abattues sur elle suite à sa contre-performance de Saturday Night Live. Mais l'album, contrairement à son premier single, ne vaut malheureusement pas grand chose, et sonne probablement le glas de sa très courte carrière.




jeudi 15 mars 2012

Sleigh Bells - Reign of Terror

Ah, le futur du rock n' roll... Sleigh Bells a fait fort avec son premier album, Treats, un étrange mix entre hardcore et mélodies pop, le tout enveloppé dans une production extrême, qui donnait ses lettres de noblesse à la saturation style Loudness Wars. Malgré une certaine répétition, l'effet de surprise de l'album fonctionnait en sa faveur, et même si on était partagé sur les qualités intrinsèques du groupe, au moins, c'était différent. Ce qui est exactement le problème du second album, Reign of Terror.


Le guitariste, producteur et "cerveau" du duo, Derek Miller, a insisté sur la difficulté de création de l'album, notamment en évoquant des drames personnels, comme la perte de son père, ce qui lui fit dire que le titre de l'album devait être pris littéralement. Et il est vrai que thématiquement, l'album n'est pas très drôle. Seulement, tout ce que Miller et son associée, la chanteuse Alexis Krauss, veulent dire ou exprimer est enfoui dans la production étouffante de Reign of Terror, ou chaque millimètre de l'espace stéréophonique est capturé par une envie, un besoin de faire du bruit. Ce qui est, je le concède, un moyen d'expression, mais sans doute pas le plus efficace, surtout quand la même technique a déjà été utilisée deux ans auparavant.


Vous l'aurez compris, Reign of Terror, c'est Treats en plus fort, plus bruyant, plus extrême et plus saturé. Pour évacuer la pression, le premier morceau de l'album joue sur l'autodérision, avec Alexis Krauss jouant du "are you ready motherfuckers" comme si elle était Axl Rose arrivant sur scène deux heures en retard après avoir bouffé trois seaux du KFC. Bien qu'amusant quelques secondes, on finit par se demander si le morceau (Shred Guitars) est vraiment ironique. Les meilleurs morceaux de l'album (Born to Lose, End of the Line, Comeback Kid) allient la production pan dans ta gueule et la grosse guitare de Miller au chant de plus en plus RnB de Krauss, qui veut probablement devenir la Beyoncé de Pitchfork.


Parfois, cela fonctionne, mais la formule est tellement limitée qu'on se lasse très vite, et la seconde partie de l'album se passe péniblement, sans relief, en se demandant combien de fois il est possible de placer des claquements artificiels de mains et de doigts dans un album. Reign of Terror est probablement un "meilleur" album que Treats, mais comme (What's The Story) Morning Glory l'était par rapport à Definitely Maybe. Les morceaux sont plus aboutis, le groupe joue mieux (enfin, tout est relatif), mais on s'ennuie nettement plus. Ce relatif échec stylistique peut être considéré comme une sorte de désaveu des techniques de (sur)production actuelles, qui peuvent faire beaucoup mais qui ne remplaceront jamais ce qui fait un bon album : des bonnes chansons.

samedi 11 février 2012

Cloud Nothings - Attack on Memory

Dans dix mois, on compilera les meilleurs albums de 2012, les surprises, les déceptions. Si Attack on Memory n'est pas dans le top 10, alors 2012 aura été une année exceptionnelle. L'album précédent de Dylan Baldi, Cloud Nothings, était déjà dans pas mal de listes l'an dernier, mais cette fois, il a atteint un tout autre niveau. Cloud Nothings était frais, lo-fi, pop, charmant et efficace. Mais Baldi avait d'autres ambitions, qui dépassaient largement le cadre trop structuré de la pop song dite facile. Alors, il s'est entouré de trois musiciens (il jouait de tout sur ses anciens morceaux), a engagé Steve Albini pour enregistrer un son viscéral, brut et forcément sans artifice, et voici le résultat.


Baldi semble tellement obsédé par montrer son évolution que l'album commence par deux morceaux qui n'ont rien à voir avec ses précédentes productions. No Future/No Past est une ouverture absolument parfaite, rappelant la morosité lancinante de certains morceaux de Nirvana en se terminant par une explosion sonore rappelant... d'autres morceaux de Nirvana. Il reprendra d'ailleurs le nihilisme qui caractérisait cet autre génie lofi un peu plus loin, sur No Sentiment ("No nostalgia / No sentiment"). Mais Baldi est loin d'être un plagiaire, il ne fait que revendiquer ses infuences. Wasted Days semble plus direct, mais après environ trois minutes, un long pont instrumental rappelle à l'auditeur que Cloud Nothings veut maintenant être un vrai groupe qui fait des chansons taillées pour la scène et plus pour la chambre à coucher de Baldi. Baldi qui termine en gueulant "I thought / I Would / Be more / Than this" avec une conviction poignante qui montre qu'il croit en ce qu'il fait, que son coeur est clairement au bon endroit. Wasted Days est leur Whirring, en mieux encore : que de chemin parcouru depuis Hey Cool Kid.


Après cette démonstration de force, on pourrait presque en rester là. Et Cloud Nothings (on va arrêter de ne parler que de Baldi, Cloud Nothings est un groupe, maintenant) tient à ne pas en faire trop, ce qui est une preuve de sagesse : Attack on Memory ne dure que 8 morceaux et 33 minutes, malgré le fait que Wasted Days prend le quart de la durée à lui seul. Fall In permet à l'auditeur de (re)trouver ses repères, avec une production plus lofi (enfin, c'est Albini, ce n'est pas non plus très glossy), on pourrait presque se retrouver sur l'album précédent. Mais même si Baldi a prouvé qu'il était un multi-instrumentiste talentueux, avoir un vrai groupe derrière lui permet de s'exprimer comme il le souhaite, dans ce cas en version pop, mais un peu plus loin en version Strokes : Stay Useless reprend une partie de Hard to Explain mais le transforme en quelque chose de nettement plus puissant et sauvage.


L'album ne souffre d'aucun temps mort, d'aucune faiblesse. Sa face B reprend les mêmes ingrédients : un peu de mélodie, pas mal de puissance et de nervosité, et beaucoup de talent. Baldi réussit quelque chose de rare : montrer qu'il peut faire pas mal de choses (ce qui n'était pas certain au départ) sans se dissiper, qu'il peut écrire de vraies chansons tout en gardant l'énergie qui caractérisait ses premières productions, même si on peut éventuellement regretter le charme bricolé du passé. Mais l'aspect le plus impressionnant d'Attack on Memory, c'est que même s'il s'agit sans nul doute d'un des albums de 2012, on sait, on sent qu'il peut faire encore mieux, encore plus fort. Nous assistons actuellement à la montée en puissance de quelqu'un qui sera peut-être un des musiciens/compositeurs les plus talentueux de la décennie. Et pour un genre musical qui est mort une bonne centaine de fois ces dix dernières années, c'est extrêmement excitant et prometteur. No Future/No Past? No Way.

vendredi 27 janvier 2012

Playlist Spotify : Therapy?

Avant d'entamer les premières chroniques de l'année, voici une nouvelle playlist Spotify, cette fois dédiée à un seul groupe, actif depuis maintenant vingt-trois et qui n'a jamais sorti de mauvais album tout en évoluant/changeant de style quasiment à chaque fois : Therapy?


Leur treizième album, A Brief Crack of Light sort chez Blast Records le 6 février, et est précédé par le single Living in the Shadow of the Terrible Thing, qui occupe la vingt-sixième et dernière place de la playlist qui reprend les points forts de toute la carrière des nord-irlandais, de leurs débuts rave-metal (Innocent X, Nausea) au succès commercial (Stories, Diane, Screamager) avant l'expérimentation diverse et variée, sur chaque album, en fait.


Therapy? aura aussi usé quelques labels (et, heureusement, pas le contraire), ce qui fait que deux albums (et non des moindres) manquent à l'appel de Spotify. J'ai remplacé des morceaux choisis de Semi-Detached et de Suicide Pact - You First (pas assez, hélas) par des versions live présentes sur les albums Music Through a Cheap Transistor - The BBC Sessions et We're Here To the End.


26 morceaux, donc, et une sélection très subjective et assez rapide, j'aurais pu sans trop de problème en changer les deux tiers sans perdre en qualité.


Une dernière remarque : les albums de Therapy? se retrouvent, sur Spotify, chez Therapy et Therapy? Pas facile de s'y retrouver, sans compter que chez Therapy, on retrouve des tonnes de pistes new age à deux balles. Mais bon, on prend Spotify tel qu'il est.


Playlist : Music Box vs Spotify : Therapy? (2012)



PS : vous pouvez trouver d'autres playlists Spotify sur le profil de Music Box : des playlists similaires consacrées aux Manic Street Preachers et aux Foo Fighters, ainsi que des playlists trimestrielles pour 2010 et 2011.