mercredi 8 septembre 2010

Les Ardentes, Liège, 8 juillet 2010

Mise à jour : deux vidéos de Pavement au pied de l'article.


Cet article a d'abord été publié sur Visual Music, mi-juillet.


Les Ardentes, c'est un festival assez récent mais qui a déjà fait pas mal parler de lui en Belgique et ailleurs, et qui est facilement devenu un incontournable de la saison, entre le supermarché du rock conditionné Rock Werchter, les prétentieuses Francofolies de Spa et le légendairement sale (ou salement légendaire) Festival de Dour. Les Ardentes, c'est très clean, comme festival. On y mange les évidents hamburgers/frites, mais aussi toute une série de plats de cuisine du monde. On y boit des chopes, mais aussi du Get 27 et William Lawson. Quand on est habitué à la boue et aux bourrins des festivals classiques, cela surprend. L'affiche est à l'avenant : pas grand chose ne pourrait choquer le grand public, attiré par des têtes d'affiches bien sous toutes coutures, comme Ben Harper ou Charlotte Gainsbourg. Parce qu'à part le rock un peu plus dur, toujours absent, le festival bouffe à tous les râteliers : rap, techno, chanson, rock, pop, indie, un peu de tout, en somme, sans réel fil rouge ou recherche d'identité. Soit, ne faisons pas la fine bouche, pour une bonne raison : c'est la seule possibilité de voir Pavement en Belgique depuis leur reformation, si l'on excepte un concert à l'AB bruxelloise pour lequel il fallait tuer pour avoir une place.


Chaleur de plomb (non, sérieux, c'était le weekend le plus chaud de l'année) expliquant cela, je ne me suis pointé qu'en fin d'après-midi sur le site, mais à part des Plastiscines que j'aurais aimé voir entendre de près (je me suis rattrapé backstage, rassurez-vous), je ne pense pas avoir raté grand chose, tant l'affiche du premier jour était rassemblée en soirée. Petit tour dans la scène couverte, où un public clairsemé (on le verra plus tard, le public des Ardentes ne brille pas par sa clairvoyance) assistait à la prestation intense et mouvementée de Broken Social Scene. C'est là que j'ai eu la drôle d'idée de partir pour ne pas rater le début de Julian Casablancas. Que voulez-vous, je suis assez vieux pour me souvenir d'un certain album d'un certain groupe, et conserver quelques naïves illusions.


Le set de "JC" (rien que ça) a commencé avec un bon quart d'heure de retard, et surprend d'entrée : alors que son "autre" groupe est quand même assez stylé, ses musiciens ne ressemblent à rien, genre camionneur redneck, mauvais sosie de Fab Moretti et encore plus mauvais sosie de Zia des Dandy Warhols, sans ses légendaires attributs. Casablancas, quant à lui, arbore un t-shirt Ozzy, une veste en cuir rouge, un pantalon en velours tout aussi rouge et une mèche blonde. Grande classe. Heureusement, Jules s'est apparemment rendu compte que son album solo ne valait pas grand chose, et entame sur "Hard to Explain", carrément. Ce qui marche très bien, jusqu'à ce qu'il se mette, quand même, à jouer des extraits de "Phrazes for the Young", intercalés par un autre Strokes, "Automatic Stop". Et puis, c'est fini. Après 30 minutes, Casablancas se casse, histoire de forcer un rappel. On aurait du lui dire qu'à 19h30, en festival, devant un public "mitigé", ça se fait pas trop. Bon, c'était "The Modern Age", alors, on pardonne, mais le pire c'est qu'il refait ça juste après, il se barre, revient, marmonne, chante un truc pourri et repart pour de bon. Strokes = bien. Casablancas solo = pas bien. Mais Missy Elliott aura fait mieux en soirée, après avoir sorti de son chapeau les pires trucs du hip-hop live : retard, fin 30 minutes avant l'heure, "come on Brussels" à Liège, set DJ interminable, "guests", etc etc.


Cypress Hill était la véritable tête d'affiche du jour. En 2008, ils avaient retourné la seconde scène, et reviennent cette année sur le main stage, avec un nouvel album ("Rise Up") à défendre, et une horde de fans prêts à avaler chaque volute de fumée provenant de la scène (ils étaient aux Pays-Bas la veille...). Cypress live, c'est souvent carré et efficace. B-Real et Sen Dog au micro, le toujours fantastique Eric Bobo aux percus et un certain Julio G comme DJ, remplaçant Muggs dont on se demande s'il fait encore partie du groupe. Concert sans surprise, mais on n'en attendait pas non plus : hits à gogo, fumette, morceaux du dernier album qui tomberont vite à la trappe, et final sur "Rock Superstar". Tout le monde était content, et tout le monde se casse : soit vers la sortie, soit vers la seconde scène, où Missy Elliott commençait 30 minutes après. Tant mieux, ça fait de la place. De la place pour Pavement.


Parce que le public du festival, sans vouloir généraliser à outrance, s'en fiche pas mal de la (bonne) musique, en fait. Trois jours plus tard, il restait un millier de personnes (sur 16 000!) pour la clôture du festival, avec Public Image Limited, qui est quand même (avec Pavement) le groupe le plus culte que Les Ardentes pouvaient s'offrir. C'est donc devant une assistance très clairsemée (et de plus en plus au fur et à mesure des nonante minutes de concert, oui, je parle wallon) que Malkmus et compagnie ont montré une fois de plus qu'on pouvait (donner l'air de) s'en foutre royalement et être magique. Malkmus balance ses accords sans médiator du haut de sa grande carcasse, Spiral Stairs porte un béret, Steve West un chapeau Jupiler très camping, Mark Ibold occupe le centre de la scène et se balade de droite à gauche comme le bassiste le plus classieusement nonchalant de l'histoire du rock, et derrière, Bob Nastanovich fait n'importe quoi. De "Silence Kid" à "Here" en passant par "Stereo", "Date w/ Ikea", "Range Life", "Conduit for Sale", plusieurs interventions de Broken Social Scene, et une quinzaine d'autres morceaux qui auraient du être autant de hits dans un univers parallèle et utopique, les cinq branleurs californiens ont séduit ceux qui étaient restés, mais de toute façon, les absents ont toujours tort. J'étais là, et je ne l'oublierai pas de sitôt. Putain de groupe.


Mise à jour :


Voici deux vidéos amateur de la prestation de Pavement, d'abord Unfair/Kennel District (avec Calum de Broken Social Scene) puis le final Range Life, avec aussi des membres de BSS. Merci aux uploaders Youtube.





dimanche 5 septembre 2010

Flattez-moi!

Un jour, un lecteur m'écrit en me disant que je devrais être payé pour ce que je fais. C'est assez flatteur, je suppose, mais évidemment, la réalité est toute autre : à moins de se faire corrompre (et encore, ça marche beaucoup moins bien qu'avant) ou de truffer son site de pubs (même remarque), un bloggeur/chroniqueur ne touche pas le moindre sou, sauf si un généreux donateur décide de lui verser une obole.


Vous avez peut-être déjà eu envie de le faire, après avoir téléchargé (légalement ou pas) un mp3, ou un programme informatique, après avoir vu une vidéo ou simplement lu un article. On peut trouver des boutons Paypal un peu partout (j'en avais un sur l'ancienne version de Music Box, suite au message du lecteur en question), mais les frais demandés par Paypal sont tels que le don d'un petit montant coûterait deux fois plus cher au donateur. C'est en se basant sur ces principes que Flattr fut créé, il y a seulement quelques mois.


Le principe est simple, comme toutes les idées géniales. On verse un montant fixe mensuel (le paiement est évidemment sécurisé), qui peut-être aussi bas que 2€, et ensuite, à chaque fois qu'on voit quelque chose (article, musique, vidéo, software, etc, Flattr appelle tout cela "things") pour lequel on a envie de donner de l'argent, on clique sur le bouton, celui qui se trouve en haut à gauche de cet article, et aussi dans la barre latérale. À la fin du mois, Flattr divise le montant versé (moins 10% de frais de fonctionnement) par le nombre de clics, et verse le montant aux auteurs des "choses".


Exemple : vous versez 10€ par mois, Flattr prend 10%, il en reste donc 9 (les banques prennent quelque frais aussi lors du versement, mais on va faire simple). Vous cliquez sur cinq boutons lors du mois, chaque clic vaut donc 1,8€, qui est versé sur le compte Flattr de l'auteur de contenu, qui peut à son tour "flatter" quelque chose ou transférer l'argent acquis sur son compte en banque.


C'est donc une manière directe, simple et efficace de montrer son soutien à un auteur, soutien qui prend cette fois la forme d'argent, et non plus de retweet, share, ou autre like.


Flattr est à ses débuts, et il est assez intéressant de voir comment tout cela va évoluer, et si les internautes seront prêts à payer du véritable argent, sur base totalement volontaire, vu que le fait de ne pas "flatter" ne change pas le contenu disponible.


Personnellement, je trouve que c'est une excellente initiative, et je peux vous assurer que recevoir quelque chose, même si ce n'est que - littéralement - quelques cents fera extrêmement plaisir à un auteur de contenu, qui ne fait pas ça pour le fric, clairement, mais apprécierait certainement le geste. Je me suis inscrit hier, et j'ai cliqué trois fois : d'abord pour un article qui m'a fait découvrir le concept, ensuite pour l'auteur du plugin Wordpress que j'utilise, et enfin pour le lecteur audio que j'utilise depuis des années (et qui reste inégalé) Foobar 2000. Même si mes clics ne valent que 60 centimes, je suis certain que les auteurs apprécieront.


C'est pour cela que je vais, à partir de maintenant, ajouter un bouton Flattr sur mes posts, mais je répète : les donations se font sur base volontaire, après publication du contenu. En gros, cliquer sur le bouton veut dire que vous appréciez ce que je fais, au point de me donner un peu d'argent. Et une fois de plus, il n'y a pas de petit montant.


Alors, inscrivez-vous, c'est simple, sécurisé, et ne demande qu'un paiement de 2€ : si d'aventure l'idée ne vous intéresse pas, c'est tout ce que vous paierez, et vous pourrez récompenser les auteurs de contenu que vous aimez depuis que l'internet libre existe.


Mise à jour du 25 novembre : il est maintenant possible de flatter automatiquement, tous les mois, via un système d'abonnemement. Il suffit de flatter une première fois, et ensuite de cliquer sur le même bouton Flattr. Il est possible de s'abonner pour trois, six ou douze mois, et d'annuler les abonnements via le dashboard flattr.com


Mise à jour du 6 janvier : on peut maintenant aussi faire une donation d'un montant précis : le système Flattr divise toujours le montant mensuel par le nombre de clics, mais on peut dorénavant donner un montant fixe, choisi, qui sera soustrait du solde Flattr. Pour ce faire, il faut cliquer sur le bouton "donate" qui se trouve sur chaque profil Flattr, dont le mien.


Mise à jour du 28 avril : on peut maintenant utiliser Flattr sans nécessairement soi-même donner de l'argent, même si c'est bien entendu toujours possible. J'imagine que ce changement permettra au bouton Flattr d'être incorporé chez AddThis et les autres, et être nettement plus présent, probablement à un niveau juste en dessous de Facebook et Twitter, mais au dessus du reste. Enfin, à terme.


Je réécrirai cet article ultérieurement pour qu'il soit plus clair.


Gorillaz - Plastic Beach

Depuis leurs débuts, en 2000, Gorillaz est passé du statut de projet parallèle de Damon Albarn à celui de mégastar internationale, tout ça en trois albums. Mieux que ça : Gorillaz aura finalement connu plus de succès que Blur, ce qui et assez incroyable, quand on y pense. En dix ans, le "groupe" aura aussi évolué, vers une sorte d'electro-hip-pop ultra-produit parsemé d'apparitions d'invités célèbres, ce qui contraste pas mal avec l'aspect relativement amateur du premier album.


Plastic Beach est l'album de la consécration pour Gorillaz, celui qui les emmène dans leur première tournée mondiale, celui qui réussit à caser sur une même plaque Lou Reed, Snoop Dogg, Bobby Womack ou encore les deux Clash survivants. C'est aussi leur plus synthétique, leur moins organique, mais il reste tout à fait intéressant et recommandable, même si un peu long et inégal. Censé être un album concept vaguement écolo, Plastic Beach (les déchets, c'pas bien) commence par une intro symphonique suivie d'un Snoop Dogg en roue libre, sans grand génie, comme un peu tout ce qu'il fait depuis dix ans, en somme. Albarn s'est mis aux beats minimalistes, et il arrive parfois à émuler les Neptunes dans leur grande période, qui commence elle aussi à dater. On le comprend bien vite, Plastic Beach sera très varié, limite fourre tout : le morceau suivant allie flute, cordes orientales (d'un orchestre libanais) et les rappeurs grime UK Kano et Bashy. White Flag est assez représentatif du concept, un morceau qui commence tranquille avant de muter en bête technoïde puissante, Empire Ants fera la même chose un peu plus loin. Mais le coup de génie d'Albarn, c'est un refrain instrumental à la flute, vraiment très cool.


Sinon, ça part dans tous les sens, surtout la première moitié de l'album. On retrouve des trucs assez commerciaux, comme Rhinestone Eyes (quatrième morceau de l'album, et seulement première intervention vocale majeure d'Albarn), Stylo, où Bobby Womack sort de sa retraite pour un refrain très soul, ou encore l'hyperpop mais quand même vraiment très bon On Melancholy Hill. Mais Albarn sait qu'il a toute liberté pour ajouter des bizarreries fulgurantes, comme Superfast Jellyfish avec De La Soul et le Super Furry Animal Gruff Rhys, un Lou Reed égal à lui-même (pensez ce que vous voulez) ou un excellent Mos Def. Mark E. Smith, quant à lui, se demande sans doute encore ce qu'il fout là, mais ça, il le fait depuis 80 ans. La découverte, c'est peut-être le groupe électropop suédois Little Dragon, emmené par une chanteuse d'origine japonaise, Yukimi Nagano. Ils apparaissent sur deux des meilleurs morceaux, la ballade-Beatles-qui-devient-truc-electro-énorme Empire Ants et le tranquille To Binge, où Nagano chante un superbe duo avec Albarn.


Seulement, on ne peut pas s'empêcher de penser que c'est un peu trop. Trop long, trop synthétique, trop d'invités, et surtout, trop peu de personnalité. Comme évoqué plus haut, le morceau avec Mark E. Smith est franchement dispensable, mais ce n'est pas le pire. Albarn a réussi à réunir Paul Simonon et Mick Jones... et on ne les entend quasiment pas. De plus, le morceau en question est juste sympa, sans plus, et est finalement une grosse occasion gâchée. Enfin, l'album se termine avec deux morceaux dispensables, ce qui amplifie le sentiment de dilution d'un album qui aurait vraiment gagné à être plus concis.


Damon Albarn n'a pas raté grand chose dans sa carrière, et Plastic Beach est très loin d'être un mauvais album. Cependant, il semble qu'il pêche par un excès généralisé, même si le talent de songwriter d'Albarn réussit toujours à sauver chaque morceau de la médiocrité à laquelle il aurait du être promis. On dira donc que Gorillaz est la facette très grand publc d'Albarn, mais avec un twist toujours très intéressant. Et maintenant, que va-t'il faire? Blur? Mali Music 2? The Good, The Bad and The Queen? Un album solo? Quoiqu'il en soit, ce sera probablement passionnant.


En écoute sur Spotify : Gorillaz - Plastic Beach

mercredi 1 septembre 2010